‹ L'homme d'oraison (volume 4)Chapitre 33 sur 201 · I.ucerna peâibus mets Verbum tuiim · texte numérisé non relu

I.ucerna peâibus mets Verbum tuiim

Votre Vevbe est devant moi , comme un flambeau qui éclaire mes pas. Psal. 118.

Si vous voulez imiter parfaitement cet excellent original de toutes les vertus , vous devez l'avoir toujours présent, et ne le perdre jamais de vue. Souvenez-vous que vous allez à l'éternité , et que le Verbe incarné est tout ensemble votre chemin, votre terme, voire lumière, votre viatique et votre guide, qui marche devant vous et vous appelle à sa suite.

1. Regardez-le, premièrement, comme le chemin qui mène à la vie. Il ne s'est pas contenté de vous enseigner les voies du ciel , et de vous y ramener comme une brebis égarée, il s'est fait lui-même votre chemin, et vous a tracé de son sang les routes qu'il faut tenir pour aller à Dieu. Je suis, dit-il, la voie ; personne ne vient à mon Père que par moi ; et dans un antre endroit : Je suis la voie^ la vérité et la vie. S'il est la voie , tous les pas que vous faites hors de lui, sont des égarements et des détours; s'ii est la vérité , tous ces pas vous engageront dans Teneur; et. s'il est la vie , ils vous cou-

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duiront à la mort (1). Ne le quittez donc point, non pas même pour un moment, car il est unique ; et de quelque côté que vous tourniez la vue , vous n'en trouverez point d'autre. Ne craignez point le travail ni la fatigue; s'il est difficile au commencement, il vous paraîtra trèsagréable à mesure que vous avancerez. Ne vous lassez point de le suivre , car c'est le droit sentier, et le plus droit est aussi indubitablement le plus court; ne vous détournez ni à droite ni à gauche , car il y a précipice de part et d'autre (2).

IL Considérez-le, en second lieu , comme le terme où vous aspirez. Sa vie souffrante est votre voie ; sa vie glorieuse, votre but et votre fin. Vous ne pouvez être parfait , si vous n'êtes semblable à Jésus-Christ souffrant sur la terre ; et si vous ne ressemblez à Jésus- Christ régnant au ciel, vous ne pouvez être heureux. C'est pourquoi le Père Balthasar Alvarez avait raison de dire, qu'il estimait n'avoir rien fait dans la vie spirituelle , jusqu'à ce qu'il eût gravé dans son cœur Jésus-Christ crucifié. Entrez dans ce sentiment , et sachez qu'il n'y a rien de plus grand en cette vie , ni de plus glorieux, que de porter les marques et les livrées de notre Seigneur. Demandez-lui cette grâce , et le priez qu'il ne permette pas que ia mort vous surprenne avanl que d'avoir achevé son image.

III. Considérez-le, en troisième lieu, commela lumière qui vous éclaire durant le cours de votre voyage. Je sw/s, dit-il, la lumière du monde. Celui qui me fuit ne marche point dans les ténèbres , mais il aura la lumière de vie. Suivez-ledonc fidèlement, si vous désirez être éclairé de la lumière éternelle , et être entièrement délivré de l'aveuglement du cœur. Vous n'auriez jamais connu le prix de la pauvreté évangélique , la gloire des hu-

(t) Creatus est ut vias mini demonstraret seternas, quibus homo redire possit ad regnum Dei. S. Ambr. in Ps. 118. serm. 5.

(2) Hase est via, amhulate in eâ , et non declinetis, neque ad dexteram, neque ad sinistram. Idem* in Ps. 30. 20.

miliations, le bouheur des souffrances, le mérite et la beauté des vertus, s'il ne es eût couvertes de l'éclat de sa divinité ; jamais vous n'eussiez arraché de votre esprit ces opinions anticipées de la nature corrompue , qui donnent un si grand cours aux richesses, aux honneurs et aux délices du monde, s'il ne les eût méprisées ; jamais vous n'eussiez connu les volontés de Dieu, ni les obligations que vous avez de le servir et de vous rendre semblable à lui , si ce bien-aimé Fils, qui est dans le sein du Père, n'eût pris naissance dans le sein d'une mère vierge , pour vous rendre la Divinité sensible dans son humanité, et vous laisser dans sa vie un portrait visible de ses perfections invisibles.

IV. Regardez-le, en quatrième lieu, comme votre Viatique, et soyez persuadé que la méditation de sa vie doit être la plus ordinaire nourriture de votre âme, comme elle est la plus solide et la plus délicieuse. Vous tirerez plus de force et de douceur de son exemple, que de celui de tous les sainls, et qui aurait l'esprit de Dieu y trouverait la manne cachée. Car c'est le pain des anges , qui fait goûter à l'âme , si elle est bien disposée, toutes les délices du ciei. Faites-en vous-même l'essai , reposez-vous comme l'Epouse à l'ombre de ce bel arbre , goûtez la douceur de ses fruits ; toutes les vertus y ont un goût divin , qui vous fera bientôt perdre le goût de tous les biens périssables, et vous direz avec saint Augustin :« Faites, je vous prie, mon Seigneur, » que toutes choses deviennent amères à mon esprit, » et qu'il ne trouve de goût ni de plaisir qu'en vous » seul. Car vous êles une douceur inestimable, où les » choses du monde les plus âpres et les plus fâcheuses » perdent toute leur amertume (1). »

(1) Sapit aruantibus ut araor, firmis ut medicina, ilineranlibus ut cornes et terminus, pauperibus ut rex dives et thésaurus, esurientibusut paier-ïaniiliâs. S.Eern. in Cant. — Obsecro, Domine, ut omnia mihi amarescant, et tu solus dulcis appareas animée, quia tu es duleedo ineestimabilis per quam omnia dulcorantar» £• Aug. Sol. c. 22.

V. Enfin, regardez-le comme votre chef et votre guide qui s'offre à vous pour vous conduire dans son royaume, et vous associer à la gloire de ses conquêtes.Fressez votre cœur rfe se rendre à iui, pour le suivre partout pas à pas , et n'oubliez rien de ce qui peut vous engager on vous affermir dans la résolution que vous devez prendre de l'imiter. Ramassez, en un mot, tous les motifs que nous avons déduits jusqu'ici, pour faire une plus forte impression sur votre esprit : l'honneur et la bienséance vous y obligent absolument, car vous êtes son vassal et son sujet, et il est votre chef et votre roi. C'est un grand honneur au sujet d'accompagner le roi, et il lui serait honteux et infâme de fuir le péril où le prince va tout le premier, et où il ne va que pour le bien et l'intérêt de son vassal. Quel sentiment devez-vous donc avoir , vous qui faites gloire d'être serviteur de Jésus- Christ, lorsque vous le voyez aller à la croix et marcher par le chemin des souffrances pour vous sauver? Ne rougirez-vous point d'être dans les délices pendant qu'il est dans les douleurs? Quand il vous défendrait ue le suivre, il n'y a que ce seul point où il vous fût, pour ainsi dire, permis de ne pas lui obéir. Comment pouvez- vous donc vous excuser de lui tenir compagnie, lorsqu'il vous y convie et qu'il vous en sollicite ? Vous devez le faire indispensablement , si vous ne voulez être ingrat, et rendre tous ses travaux inutiles. Car il est mort dans les souffrances comme il y avait vécu, afin de vous donner exemple et de vous encourager à marcher sur ses pas, comme dit le chef des apôtres (1). S'il n'eût été question que de vous racheter , l'ouvrage de votre réparation ne demandait pas tant de peines, de fatigues et de voyages , une goutte de son sang était un prix suffisant pour votre rançon ; mais i! a

(1) Vivit Dominus,et vivitdominus meus rex , quoniam in (JuoCumque loco fueris, domine mi rex, sive in morte, sive in vità , Iftl erit servus tuns. 2. Reg. 15. — Christus passus est pro uobis4 vobis relintjuens excmplum ut sequamini vestigia ejus.

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choisi une vifc laborieuse pour vous servir de modèle , et il a voulu faire par amour ce que vous étiez obligés de faire par devoir, afin de vous faciliter la pratique des vertus et vous animer à la perfection. Si bien que toutes les actions de sa vie sont autant de semonces amoureuses qu'il vous fait pour vous attirer à lui , et vous dire d'une voix secrète et intérieure : Suivezwioi(l), ne rendez pas ma passion inutile, ne méprisez pas le modèle que je vous présente , qui m'a coûté tant de sang et de sueurs. Je ne vous demande point d'autre service ni d'autres marques de votre reconnaissance, sinon que vous soyez saint comme moi, et que vous me mettiez comme un cachet sur votre cœur et sur vos bras , afin que votre vie ne soit qu'une expression de la mienne. Il le faut nécessairement, et si vous ne le faites , vous montrez que vous ne l'aimez pas; car nous imitons avec plaisir ceux que nous aimons avec ardeur. Et partant si vous n'aimez comme lui la pauvreté, l'humilité, l'obéissance, la pureté, qui sont ses plus chères délices , c'est en vain que vous vous vantez de l'aimer,c'est en vain que vous prétendez qu'il vous aime. Étant aussi humble qu'il l'est, pourrait -il vous aimer, si vous êtes fier et orgueilleux ? étant si patient et si débonnaire , pourrait-il souffrir vos emportements et vos saillies? étant si amoureux de l'innocence, pourrait-il voir de bon œi! la malice et le dérèglement de votre cœur? La ressemblance est la cause de l'amour : il faut que vous tâchiez de l'imiter, si vous voulez qu'il vous aime. 11 le faut, si vous voulez le contenter, et lui donner la satisfaction qu'il attend de vous. Car il chérit tellement ses amis, qu'il ne veut être avec eux qn'une même chose. Pour cela il a institué le sacrement d'amour en forme de viande qui s'incorpore en celui qui la prend, afin de s'unir corporeliement à nous , et n'être qu'un , en quelque façon, en unité de substance. Pour cela il nous a don- Ci) Seqnere me*

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né le Saint-Esprit afin de n'être qu'un avec nous en unité d'esprit et de vertu ; mais pour rendre cette union parfaite, il veut qu'elle passe jusqu'aux œuvres , par la conformité de nos actions avec les siennes , et de notre vie avec celle qu'il a menée sur la terre. Car l'unité parfaite consiste à n'être qu'un en unité de substance, de puissance et d'opération. Et c'est la demande qu'il fit la veille de sa passion , que ses élus ne fussent qu'un avec lui, et comme il n'est qu'un avec son Père d'une unité consommée et accomplie : même substance , même puissance , même opération: Afin qu'ils me fassent plus qu'un (t). C'est à cette union que vous devez aspirer , si vous voulez lui plaire et contribuer de votre part à l'accomplissement de ses désirs. Vous le devez encore , si vous désirez plaire au Père éternel, qui vous l'ordonne, et au Saint-Esprit , qui vous y pousse. Le Père éternel vous déclare que c'est son Fils bien-aimé , en qui il a mis ses complaisances; qu'il ne voit rien de bon œil, s'il n'a du rapport à ce cher Fils, qui est son image parfaite et l'original de tous les élus; qu'il veut que vous l'écoutiez (2), et que vous appreniez de sa doctrine et de ses mœurs, ce que vous devez faire pour être parfait. Le Saint-Esprit ne vous inspire rien autre chose : il ne travaille que sur cet original , lui qui est auteur de toute sainteté ; son dessein est d'en faire autant de copies qu'il fait de saints , et jamais vous ne serez du nombre, que vous n'ayez reçu tous les traits qu'il veut imprimer en votre âme. Il y va de sa gloire de conserver dans le monde le souvenir de ce chefd'œuvre d'amour, qu'il a formé avec tant de soin , et il ne le peut mieux faire qu'en renouvelant son image dans tous les prédestinés , qui viendront jusqu'à la fin des siècles , et ne faisant de leur vie qu'une conU-

(1) Ut sint consummati in unum.

(2) Hic est Filius meus dilectu» in <juo mini benè complacui t jpsum audite.

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nuation de la sienne. Il y va de la gloire du Fils de Dieu, parce que nous faisons voir par le zèle que nous apportonsà le suivra, que nous restimons infiniment ; comme, au contraire , la lâcheté des chrétiens et le désordre de leur vie sont une espèce de reproche qui lui cause du honneur. Il y va de votre perfection : car toute la sainteté du christianisme consiste à l'imiter ; et, comme il est souverainement parfait, ou, pour mieux dire, comme il est la perfection même , vous vous rendez d'autant plus pariait, que vous lui ressemblez davantage.il y va même de votre salut, car c'est la marque des prédestinés; et quand vous serez jugé au moment de la mort on ne vous demandera pas si vous avez été riche, puissant, honoré et employé avec estime ; mais plutôt si vous avez été humble comme Jésus, zélé pour la gloire de Dieu , ardent à la conquête des âmes , infatigable au service du prochain et à l'exercice des bonnes œuvres comme Jésus.

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