‹ L'homme d'oraison (volume 4)Chapitre 32 sur 201 · IV. CONSIDÉRATION · texte numérisé non relu

IV. CONSIDÉRATION

Eh! qui n'estimerait cette confusion, se souvenant que Jésus-Christ a fait gloire, selon le témoignage de l'Apôtre , d'être l'objet de la malédiction des hommes, pour nous délivrer de la malédiction de Dieu (2)? si le Verbe incarné tient à honneur de souffrir pour des pécheurs, s'il se glorifie de la croix, s'il en fait des triomphes, comme de la chose du monde la plus honorable, pourquoi ne ferons-nous pas aussi gloire, nous qui sommes ses esclaves, d'êlre humiliés et méprisés pour le service de notre maître? faut-il s'étonner si les saints triomphent au milieu des souffrances , et si l'Apôtre défend à son cœur, qui était si généreux, de se glorifier d'aucune chose , sinon de la croix de son maître (3)? 11 pouvait, dit saint Augustin, se glorifier en la sagesse de Jésus-Christ, et se vanter d'être le disciple du plus éclairé de tous les hommes, et il ne se fût pas trompé. Il pouvait se glorifier en sa grandeur et en son pouvoir,, sans faire tort à !a vérité ; mais sans s'arrêter à ces magnifiques titres qui lui pouvaient apparemment donner plus d'éclat, il s'aitache à la croix, qui est l'instrument de sa mort. Où les sages du monde ont coutume de rougir, l'apôtre trouve une féconde source d'honneur et un trésor inestimable de gloire. Que celui, dit-il, qui se veut donner de la gloire; ne la cherche qu'en son maître , mais de quel maître parle-t-il?de Jésus-Christ crucifié. Toute la ma-

(1) Malcdlcent illi , et tu bénéfices.

(2) Christus nos redemit de maledicto legis, factus pro nobis malediclmn. Galal» 3. 13.

(3) Mihi au le m absit gloriari nisi in cruce Domini nostriJetti Christi. Gai. 6.

jesté et la grandeur du Fils est dans l'humilité de la croix; son pouvoir, dans la faiblesse; la vie même, dans sa mort. Si vous prétendez à celle-là, ne méprisez pas celle-ci , n'en soyez point honteux , portez-la glorieusement à la vue de tout le monde, c'est pour cela qu'on vous l'a mise sur le front, qui est le lieu où la honte fait de plus fortes impressions (1). Par conséquent, s'il arrive qu'en suivant voire cher maître, et imitant les actions de sa vie, vous en receviez du mépris , rendez-lui de très-humbles actions de grâces d'une faveur si signalée, et dites avec une sainte allégresse ces belles paroles de saint Jérôme : Je rends grâces à mon Sauveur de m'avoir jugé digne de la haine et du mépris des hommes (2). Regardez les souffrances et les opprobres, ainsi que faisait saint Laurent, comme la porte du ciel que Jésus-Christ vous ouvre, pour vous donner entrée à la gloire éternelle; tenez pour certain que celui qui ne craint point de perdre son honneur pour la gloire de Dieu , ne doit point craindre la perte de son salut. Si je ne rougis point de suivre mon maître , mon salut est en assurance, dit excellemment Tertullien (3). Il y a engagé sa parole , lorsqu'il a déclaré bienheureux

(1) Poterat Apostolus gloriari insapientià Christi, et verùm diceret : poterat in potestate, et verum diceret. Sed dixit in Cruce. Uni erubuit philosophus, ibi apostolus thesaurum reperit. Ut qui gloriatur in Domino glorietur ; quo Domino? Christo crucifixo. Ubi humilitas, ibi Majestas ; ubi infirmitas , ibi potestas ; ubi mors, ibi vita. Si vis ad illam venire, noliista contemnere, noli crubescere, ideô.in fronle tanquàm in sedepudoris signum crucis accepisti. S. Àug. serm. 16. de verbis Apostoli. Vide eumdem in Psai. 14J et Ps. 54. et conc. 2. in Ps. 36. et P. Hier, épis t. ad Latam , de instil. fitiœ.

(2) Gratias ago Deo meo, quôd dignus sum quem oderit mun dus. S. Hier. ep. ad Asellam.

(S) Salvus sum, sinon coofundar de Domino meo. Tertul. I. de earne Chris ti, c. 5.

celui qui ne se scandalise point de sa croix (1). INous sommes chrétiens, dit saint Augustin, et, en cette qualité, nous appartenons à Jésus-Christ; nous portons sa marque sur le front, et nous n'en rougissons point, pourvu que nous la portions encore dans le cœur, Quelle est la marque de Jésus-Christ P son humilité. Les Mages l'ont reconnu par l'étoile, et ce signe qui le donnait à connaître, est tout-à-fait divin et admirable. Et toutefois il n'a pas voulu que cette marque parût sur le front des fidèles, mais sa croix. II a voulu tirer sa gloire de son humiliation, et relever les humbles par où il s'est lui-même abaissé (2). Lions-nous donc à la croix, et mettons toute notre sagesse et notre gloire à suivre Jésus-Christ crucifié. A. moins de cela, nous ne ferons jamais rien de considérable pour le service de Dieu ni pour notre salut. Les respects humains nous seront un éternel obstacle, et le vent de la vanité nous fera plier comme des roseaux au gré de l'opinion des hommes. C'est pourquoi gagnons cela sur notre esprit, qu'il n'y a rien de bas dans les humiliations que le Fils de Dieu a embrassées; franchissons courageusement ce mauvais pas , faisons-nous une large ouverture aux actions héroïques. Laissons ces sages mondains se traîner sur la terre, et descendre dans les enfers avec leur folié sagesse , et qu'ils ne nous empêchent point d'aspirer à l'éternité par la folie de la croix. Que ces prudents du siècle, dit saint Paulin, se glorifient de leur sagesse et de leur félicité imaginaire; je me contente de ma pauvreté, et je fais gloire d'être fou de la folie de mon maître, qui est plus glorieuse que toute la sagesse des hommes (3).

i) Beatus qui non fuerit scandalizatus in me. Tract. 3. in Joan.

(2) Noluit stellam esse in fronte fidelium signum suum, sed crucem suam. Undè humiliatus, indè gloriticalus. Inde erexit numiles, quo humiliatus ipse descendit.

(3) Si.ni habeanl sapientiam, sibi i'elicilatem suam : ne-bis ino» piatn nosuam, ut pulant , etstultitiam nostrant reli«<iuant«

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