PCÏ7R LE HUITIÈME DIMANCHE D* APRÈS LA PENTECOTE
De la parfaite innocence de Jésus-Christ.
Que Jésus-Christ est naturellement impeccable 9 et que cet émïnent degré d'innocence n'appartient uniquement qu'à
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Taîis enim decebat ut nobis esset pontifex, sanctus , innocenSyimpoltutus ySegregalus à peccatoribusy et excelsior cœlis factus.
\\ était bien raisonnable que nous eussions un pontife tel que celui-ci, saint, innocent, pur et sans tâche, séparé des pécheurs, et plus élevé que les cieux. Hebr. 7. 26.
Le premier trait de sainteté que l'esprit de Jésus imprime dans notre âme pour y former son image , est celui de son admirable innocence, qui est un miroir très-clair et très-net, où nous devons incessamment nous regarder, afin d'y reconnaître nos défauts, et d'en effacer les taches.
Saint Paul, admirant la sainteté du sacerdoce de Jésus-Christ, dit que la loi ancienne établissait pour sacrificateurs des hommes sujets à plusieurs infirmités ; mais que Dieu nous a donné pour notre souverain Pontife son propre Fils, qu'il appelle d'un beau nom: Un Fils éternellement saint et parfait (1). Sur quoi les Pères enseignent que le Fils de Dieu est éternellement parfait, et consommé en trois choses: à savoir, dans
(1) Lex enim homines constituit sacerdotes, infirmitatem habentes : sermo autem jurisjurandi, qui post legem est , Filium in œternum perfectum. Hebr. 7.
sa dignité, qui est immuable (t); dans sa gloire, qui est immortelle (2); et dans sa sainteté, qui est inviolable (3). Cette sainteté , qui le rend incapable du moindre défaut, lui était due par droit de naissance , soit qu'on le considère comme voyageur , ou comme compréhenseur, ou comme Dieu. Ce sont les trois sources d'où saint Thomas tire son impeccabilité.
Premièrkment , elle lui était due en qualité de voyageur, parce qu'il était notre chef, qui nous devait conduire , comme dit ce saint docteur , par le droit chemin de l'éternité. Or il faut qu'en chaque genre la première règle soit infaillible, parce que, si elle était défectueuse , le désordre s'étendrait à tout ce qui se règle sur elle. De là vient que Jésus Christ eut une si grande plénitude de grâce , qu'il n'était nullement capable de pécher , même en tant que voyageur , parce que cette plénitude ôtait à sa liberté le défaut que toutes les créatures libres ont de pouvoir se tourner au mal : de même que la forme des cieux les rend incorruptibles, en remplissant toute la capacité de la matière, et lui ôtant le pouvoir d'en recevoir d'autres. Et c'est , par ce même principe, que les apôîres, qui étaient plus unis à sa personne sacrée, furent confirmés on grâce et affranchis, non pas, à la vérité de tout péché véniel, ce qui ne fut accordé qu'à la bienheureuse Vierge , mais de la tyannie du péché mortel , de laquelle ils furent mis à couvert par une protection spéciale (4).
(1) Tu es sacerdos in seternum. Hebr. 7.
(2) Ipsigloria, et nunc, et in diem œlernitatis. 2. Petr, 3. 18-
(3) Justus es , Domine, qui est et qui eras sanctus. Apoc. 16. 5.
(4) Potest enim considerari ut viator, vel ut comprehensor et ut Deus. Ut viator, quidem dux erat dirigens nos secnndùm viam reclam. In quolibet autem génère , oportet primam regulam
Ajoutez à cela que le Fils de Dieu , considéré comme voyageur , devait foire office de rédempteuret de San veur , en tirant les hommes du péché , et leur méritant la grâce d'adoption , qui les fait enfants de Dieu : or, pour leurmériterle pardon de leurs péchés etla grâce sanctifiante , il ne lui fallait rien moins qu'une sainteté infinie et incréée, vu que les théologiens tiennent constamment qu'une pure créature, qui n'a qu'un mérite fini et créé, n'en peut faire transport à un autre. II fallait donc qu'il fût impeccable, parce que le propre effet de la sainteté incréée est de rendre son sujet incapable d'aucun défaut. Il était convenable, dit saint Paul, que ce souverain Pontife, qui devait expier nos crimes par le sacrifice de sa vie et nous réconcilier avec Dieu, fût saint, innocent et sans tache, séparé des pécheurs, c'est-à-dire impeccable, selon les Pères, parce que, pour détruire le péché, il feu* être hors de ses prises, et personne ne peut mériter le pardon de tous ses crimes, sinon celui qui n'en peut commettre aucun (1). Car il me semble que, pour mériter ce pardon général de tous les péchés du monde, il ne faut pas moins de sainteté que pour le donner. Or saint Fulgence assure qu'il n'y a que Dieu seul qui puisse pardonner les péchés, parce qu'il n'y a que lui qui ne peut pécher (2). Je puis donc aussi dire du Rédempteur, qu'il n'y a que lui qui peut porter nos iniquités , parce qu'il n'y a que lui qui n'y
torqueri non posse, quia aliàs esset error in omnibus quœ ad , ipsam regulantur, etc. D. Thom. in 3. dist. 12 g. 2. a. 1. et infrài— Illa vertibilitasin Christo perficiturpergratiœ plenitudinem , sicut potentia materiae lerminaturper actum formœ totam potentialitatem materiae tollcntis, ut patet in cœlo.
(l)Taliscnim decebat ut nobis esset pontifex, sanctus, innocons, impollulus, segregatus à peccatoribus. Hebr. 7.
(2) Proptereàsolus polest donare indulgentiam, quia solusadmittere non polest culpam : ideô sohisest vulneratorum medieus, quia divina natura nunquàm in se recipit vulnus. S. Fulç- *• ad Trasimund. c. 11.
peut point succomber. L'impeccabilité est donc attachée à son office , et j'ose dire qu'il ne serait point sauveur, s'il pouvait être pécheur. C'est, à mon avis, ce que veut dire le même Père par ces excellentes paroles : « La santé ne peut être malade, la force ne peut être » infirme , la satiété ne peut avoir faim , la voix ne peut » se fourvoyer , la sagesse ne peut varier, la vie ne peut » mourir, ni la lumière s'obscurcir, ni la vérité se » pervertir, ni la joie devenir triste ; en un mot, Dieu » ne peut être vaincu : delà, vient que l'humanité de » Jésus-Christ est demeurée sans péché, parce que la » Divinité, qui est naturellement impeccable , l'a prise » en unité de personne. C'est pourquoi Jésus-Christ » en tant qu'homme a daigné se charger des péchés » d'autrui , parce qu'il n'en avait aucun qui lui fût » propre (1). » 0 doux Agneau, qui enlevez !es iniquités du monde , je vous remercie d'avoir bien voulu porter les miennes. 0 que mon salut vous a coûté de peines ! ô que le prix est grand, que vous avez donné pour mes péchés ! ne permettez pas que je le rende inutile. Soyez mon Sauveur, soyez mon chef, soyez le méde cin de mes infirmités , et le guide fidèle de mon éter nité bienheureuse.