II. CONSIDÉRATION
Secondement, cette glorieuse impuissance > qui met le Fils de Dieu hors des atteintes du péché, lui était due en qualité de compréhenseur. Car comme il était
(1) vEgrotare non potest salus, infirmari non novit vil tus, nescit saturitas esurire, via nequit errare, sapientia non mutatur, lita non morilur, lumen non exslinguitur , nec verilas depravalur, nescit trislari leelitia, Deilas non potest superari. Proptereà utiquè, etiam Christi humanitas sine peccatopermansit, quia sain in uni ta te personœ Divinilas accepit, quee naturaliler peccaie non poluit : homo ergô Christus, quoniam peccata non lia- Imil piopria, portare dignatus est aliéna. S. Fulgent. t. 3. ad Trasim. c. 38.
106 l'homme d'orajson.
bienheureux par le privilège de sa naissance , aussi il était impeccable par la lumière de la gloire , parce que son âme était tellement unie à sa dernière fin, qu'elle ne pouvait rien foire qui l'en détournât. Une âme qui est parvenue à la jouissance du souverain bien , y est si étroitement unie , qu'elle ne peut plus s'en séparer. Elle sent des charmes trop puissants , pour s'en éloigner, et ainsi le péché ne peut plus y trouver d'entrée (1). La béatitude qu'elle possède comprend deux choses, qui ne peuvent compatir avec la moindre tache du vice , à savoir , la claire vue de Dieu et son amour. Qui voit Dieu clairement, et qui connaît sa grandeur , ne peut ni le mépriser ni le délaisser. Celui qui l'offense , dit saint Jean , ne l'a point vu et ne le connaît point. Dieu est un si grand bien, que personne ne peut le perdre, s'il n'est malheureusement trompé (2). Car le mépriser, et savoir ce qu'il mérite; lui préférer la créature , qui n'est qu'un néant , et savoir ce qu'il vaut, c'est chose impossible. D'ailleurs l'amour, qui naît de la claire vue de cette souveraine beauté , est si nécessaire , que l'amené peut s'en dégager; et si pur , qu'il ne peut rien souffrir qui puisse déplaire aux yeux de Dieu. Que si cela est véritable au regard de tous les bienheureux, que sera-ce de Jésus- Christ , qui est le roi de la gloire et le soleil du paradis ? On dit que le soleil visible fut formé partie de la première lumière que Dieu créa au commencement du monde ; partie de Pélément du feu , qu'il créa ensuite. Cette opinion est incertaine ; mais il est certain que Jésus-Christ est un soleil tout resplendissant de la lumière de gloire , et tout rouge du feu de la divine charité ,par conséquent impeccable. Mon bion-aimê est blanc et vermeil (3). Regardez-le de toutes parts ; con-
\f) Secundùm quod fuit comprehensor, mens ejus est totaliter conjuncta fini, ut agcre non posset, nisi secundùm ordinem ad finem. D. Thom. in 3. dis t. 12. q. a. 1.
(2) Deus, quem nemo amittit nisi deceptus. 5. Aug.
(3) Dileclus meus candidus et rubicundus. Cant. 5. 1.
sidérez tout ce qui est autour de lui , il est tout feu et toute lumière > vous n'y trouverez ni froid ni ombre* N'en cherchez point dans ses yeux, ils sont brillants comme la flamme (1); ni dans son visage, il est aussi lumineux que îe jour (2) ; ni dans ses mains, il y porte les étoiles (3) ; ni dans tout son corps , il est revêtu de lumière (4). Au reste, s'il est tout éclatant de lumière , il est aussi tout rouge de sang et de feu; mais d'un sang virginal , qui ne peut nourrir que des flammes pures et innocenles; mais d'un feu du Saint Esprit, qui est l'amour subsistant; d'un feu de la Divinité, qui est l'amour par essence ; d'un feu de la charité, qui est l'amour par excellence. C'est donc en vain que vous cherchez de l'ombre dans les rayons de ce soleil; de la glace , dans celle fournaise ; des serpents, dans ce buisson ardent; du poison, dans celte {erre bénite; du plomb, dans cet or très-fin ; des pailles, dans ce cristal ; des taches , dans ce miroir sans macule. Mon bienaimé est tout blanc d'innocence, et tout embrasé d'amour (5). h est absolument impeccable.