III. CONSlDÉIWTLONi
Jésus-Christ est mort ignominieusement tur la croix pour nous enseigner l'humilité.
Voilà le terme de ses humiliations et le centre où il aspirait à tous les moments de sa vie , et il ne faut pas s'étonner s'il redoublait ses abaissements, à proportion qu'ils'en approchait. Le mouvementnaturel esl plus
rapideà mesure qu'il est plus près de son centre. Or le mouvement de l'humilité était naturel au Fils de Dieu. 11 n'était né que pour mourir, il n'était donc ne que pour s'anéantir et s'humilier jusqu'à la mort de la croix. L'humiliation est un mouvement violent a IV mour-propre; voilà pourquoi il est rare de voir des hommes, qui sont naturellement si amoureux d'euxmêmes, véritablement humbles, parce que l'effort que nous faisons pour le devenir , se ralentit arment. Il est vrai que l'humilité est le port de toutes les vertus : l'humilité est le terme, le repos, le port salutaire de toutes les vertus, dit l'empereur Manuel (2); mais ce port est si éloigné , et il y a tant de mers a passer et tant d'écueils à éviter, et tant de flots à combattre, qu'il y en a peu qui y arrivent. C'est le terme de no re course et lelieu de notre repoj. Apprenez de moi que je sms doux et humble de cœur, et vous trouverez le repos de vos dmes(3). Mais il est si haut, et notre cœur est s.
,1) Quanta humililatis valus est, propter quam solam veraciter edocendam, is qui sine «slimatione magnusest , usque acl passions mortis faclus est parvus ! Vide S. Greg. h 3i. Mor. c 18 Ç Greg. I. 4. epUU 36. ad Joan. Episc. Constant.
' (2)'Hnniililas virtulum terminus et requies, et porlus salutans. Orat. 7. Manuel, imp.
(3) Discite à me quia mitis sum et humilis corde, et invenielis rcauiçïïi animabus vestris. Mat th. 11. 29.
pesant > il a des ailes si faibles, qu'il perd souvent les résolutions généreuses qu'il avait prises. Il fait bien quelques efforts pour y atteindre , mais il retombe bientôt par une faiblesse honteuse (1). Il n'y a que l'esprit de la grâce qui puisse nous porter jusque là, et c'est à juste titre que Cassen appelle l'humilité lé don de Jésus- Christ par excellence (2): don magnifique véritable* ment, parce qu'en nous donnant l'humilité s il nous donne le plus beau joyau de sa couronne , avec lequel nous pouvons aisément acquérir le trésor de la grâce et de la gloire. Dans tous les ornements de ce souverain pontife, dit saint Bernard , il n'y a point de joyau plus précieux que celui-ci : car, autant qu'il est élevé au-dessus de tous par son excellence, autant il relève par son humilité l'éclat de sa propre grandeur (3); don qui lui est particulier, parce qu'il n'appartient qu'à lui de nous imprimer l'amour de cette vertu. Il fallait qu'il descendît du ciel pour nous l'apprendre, pour nous découvrir ce trésor , pour nous enseigner ce secret sentier du paradis , pour nous montrer la source de cette eau salutaire de l'humiliation du cœur, qui ne présume rien de lui-même , qui ne s'en fait point accroire, qui se défie de ses forces, et qui craint plus l'honneur et l'estime des hommes, qu'il ne le désire. Cette eau salutaire , dit saint Augustin, ne se trouve point dans les sources delà morale profane; ce chemin n'a point été connu des philosophes, c'est de Jésus- Christ que nous le tenons, nous en sommes obligés à celui qui, étant infiniment grand, s'est fait infiniment petit pour nous l'apprendre (4). Car, en effet, dit ce
(1) Alla est superbis humilitas, etsi ad eam aliquandô conscendere conenlur, illico relabuntur. Bich. à S. Vict. inCant. c. 14.
(2) DoTRim propriumatque magaificum Salvatoris. Cass. coll. 15. c. 7.
(3) Nulla splendidior gemma , in omni prsecipuè ornatu Summi Pcntificis : quô enim celsior caeleris, eo humilitale apparet illustrior et seipso. S, Cern»de consider. ad Eugenium l. 2.
(4) Via humilitatis hujus aliundè non manat ôà Christo ve*
Père, que nous a-t-il appris en s'humiliant jusqu'à la mort ? que nous a-t-il enseigné en payant ce qu'il ne devait pas pour acquitter nos dettes? cjue nous a-t-il appris en se soumettant au baptême; lui qui n'avait contracté aucune tache du péché , et en embrassant la croix, lui qui n'en avait point mérité la peine Pet enfir. que nous a-t-il recommandé autre chose , soit par ses paroles, ou par son exempie, sinon l'humilité ? Apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur (1). Eh! Seigneur, est-ce là que se réduisent tous les trésors de votre sagesse? je pensais que vous m'apprendriez tous les secrets et les ressorts cachés de votre providence, la dispensation de vos grâces, les profonds abîmes de vos jugements: j'espérais que vous m'enseigneriez à faire des miracles, à remplir le monde de prodiges et de merveilles; et vous ne m'enseignez rien de tout cela, mais seulement à être doux et humble de cœur. Est-ce donct une chose de si grande importance , ou si difficile à pratiquer,, que d'être véritablement humble, qu'à moins de vous faire le plus petit de tous, vous qui êtes si grand, nous ne le puissions apprendre/* Oui, certes , car c'est de là que dépend le bonheur de notre vie et le repos de notre esprit , qui ne sera jamais calmé qu'il n'ait désenflé cette tumeur, qui fait qu'il s'estime grand et heureux, lorsqu'il est en effet ma< lade devant vous (2). Mais qui peut le guérir , Seigneur, si votre humilité ne le peut pas ? Eh ! si nous n'apprenons cette leçon d'un tel maître , qui nous l'apprendra? Si votre exemple ne nous y porte, qui nous y portera ?
nit. Haec via ab illo est qui, cùm esset altus, humilis venit. S. Aug* in Ps. 31.
(i) Discite à me quiamitis sum et humilis corde. Matth. 11.29. / (2) Huccine reducti sunt omnes thesauri sapientite absconditi in te, ut hoc pro magno discamus à te, quoniam mitis es et humilis corde ? Ità ne magnum est esse paryum, ut nisi à te, qui tùm magnuses, fieret , disci omniuo non posset ? Ità piano. Non *oim invenitur requies animae, nisi inquieto tumore digesto, qui> magna sibi crat, quandô tibi sana non eraU S* Aug> ibids