‹ L'homme d'oraison (volume 4)Chapitre 87 sur 201 · I. CONSIDÉRATION · texte numérisé non relu

I. CONSIDÉRATION

Première prérogative de Vhumilitè de Jésus-Christ, prise de la plénitude de ses vertus.

Je dis, en premier lieu, qu'il avait plus de grâce, et c'est la première prérogative de son humilité d'avoir été conçue dans la plénitude des vertus et de tous les dons de la grâce. Les biens du monde enflent ceux qui les possèdent, mais les dons de Dieu nous humilient. Un esprit solidement vertueux ne s'enfle point, pour se voir paré des dons de Dieu; et, tout couvert de

(I) Vide Urbanum IF. Pontif. in Ps. 50.

l'éclat de ses bienfaits, plus il reçoit de grâces, plus il s'abaisse, comme ces arbres fertiles, qui ne baissent jamais leurs branches plus bas que lorsqu'elles sont plus chargées dé fruits (1). L'orgueil, dit saint Nile, abbé , est une marque de la stérilité et de la pauvreté de l'âme (2). La créature de soi n'a rien que le néant , ce n'est qu'une pure capacité à recevoir les dons de Dieu. C'est pourquoi, quand il ne la remplit pas , ce n'est pas merveille qu'il y ait bien du vide et du vent; mais à mesure qu'il y verse ses grâces, il en bannit ce vide , et en fait sortir la vanité : ce qui a fait dire à Richard de Saint-Laurent , que la vraie humilité est celle qui nait de la plénitude des vertus (5). Or le Fils de Dieu avait la plénitude des vertus : il était plein de Dieu par excellence, il était Dieu-même ; la grâce était en lui, comme dans son chef; tous les dons du Saint-Esprit y étaientcomme dans leur source. Mous puisons, dit son bien-aimé Disciple, dans cette fontaine inépuisable: tout ce que nous avons vient de sa plénitude , et nous ne sommes riches que de ses profusions (4).

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