‹ L'homme d'oraison (volume 4)Chapitre 88 sur 201 · II. CONSIDÉRATION · texte numérisé non relu

II. CONSIDÉRATION

Seconde prérogative de l'humilité de Jésus-Christ, prise de la plénitude de ses lumières.

Secondement, ii avait plus de lumières. Son humilité avait cette excellente prérogative, d'être conçue dans l'esprit d'un Dieu , et couronnée de tous les rayons de sa gloire. La science bumaâ&e en/le l'esprit, comme

(!) Dévolus aoimus infulis beneficiorum crescit adobsequium, augetur ad gratiara , non ad airogantiam prosilit , non ad su» perbiam pertumescit. S. C/irysot. serm. 142.

(2) Superbia sterilitatis ac paupertatis animée indicium e& S. Nil. or. de superbia.

(3) Hœc est verissima humilitas, quae nascilut- de plenitudine yirlulum. llich. à S. Laurent, iib.t. de laud. f'irgin. c. 3.

(4j Depleoiludine ejus omnes acceplmus. Joan. 1.16.

dit l'Apôtre, mais la sagesse céleste l'abaisse et l'humilie. L'humilité est fille de la vérité ; elle nait de deux connrissances sublimes, à savoir : celle de la grandeur de Dieu; et de la bassesse de la créature. Celui qui connaît Dieu ne peut pas être superbe : car où est-ce que l'orgueil pourrait se cacher devant lui? celui qui ne le connaît pas, ne peut être vraiment humble ; car s'il ne sait que Dieu est tout, il ne peut se tenir comme un néant devant lui. C'est pourquoi saint Grégoire dit que plus les saints entrent dans l'abîme des grandeurs de Dieu, plus ils connaissent leur néant (1); et c'est ce qui les humilie et les remplit d'une sainte confusion , à l'exemple des séraphins, qui se couvrent le visage de leurs ailes, se voyant devant Dieu plus petits que des moucherons. Or, à vrai dire, il n'y a que Jésus-Christ qui connaisse parfaitement Dieu; toute la connaissance que nous en avons vient de lui : Personne ne connaîi le Père, sinon le Fils, et celui à qui le Fils en veut donner la connaissance (2) ; et derechef: Jamais personne n'a vu Dieu; nous n'en savons que ce que le Fils unique, qui est danslesein du Père, nous en a appris (3). D'ailleurs il n'y a que lui qui connaisse parfaitement le néant de notre être, parce qu'il est allé jusqu'au fond , se faisant le dernier de tous les hommes (4) ; et il n'y a que lui qui connaisse parfaitement le néant de nos péchés, et qui sache exactement ce qu'ils pèsent, parce qu'il en a porté toute la peine et essuyé toute la honte. C'est pourquoi il avait raison de dire, parla bouche du Prophète, qu'il était l'homme qui connaissait sa pauvreté (5); car jamais personne rte l'a mieux

(1) Sancli quantô magis Divinitalis interna prospiciunt, tant© magis se nihil esse cognoscunt. S. Gregor. L 18. Mor. c. 33,

(2) Nerao novit Patrem nisi Filius, et cui voluerit Filius rêvelare. Matth. 11. 27.

(3) Deum nemo vidit unquàm : Unigenitus, qui est in sinu Fuis, ipse enarravit nobis. Joan. 1.18.

(4) Novissimum virorum. Is. 53.

(5) Ego vir videos paupertalem mearn. Thren. 3, 1.

connue que lui. Il connaissait mieux que tout autre le néant de la créature, et la distance qui la sépare de Dieu, parce qu'il enfermait ces deux extrémités en sa personne, regardant son humanité comme un point au bout d'une ligne infinie (1) , dit le Docteur Angélique. Il connaissait mieux que tous le néant du péché, parce qu'il était la caution de tous les pécheurs , et la victime universelle du monde, chargée de toutes les iniquités de la terre, qui lui pesaient tellement, qu'il ne pouvait s'en oublier un seul moment (2). Et c'est ce que nous devrions faire, à son imitation ; nous ne devrions jamais oublier Dieu; jamais nous ne devrions oublier nos crimes. La vraie humilité , ou plutôt l'homme véritablement humble, a toujours deux yeux ouverts, l'un pour contempler la majesté de Dieu, qui le fait trembler de respect, l'autre pour considérer son néant et son péché , qui le font rougir de confusion. Saint Grégoire dit qu'il en doit avoir quatre, comme ces animaux mystiques d'Ézéchiel , l'œil de l'aigle, l'œil de l'homme, l'œil du lion et l'œil du bœuf : celui de l'aigle, pour envisager Dieu avec une vive foi et une profonde révérence; celui de l'homme , pour voir le prochain d'une vue d'amour, de condescendance et de douceur; celui du lion, pour voir le monde d'une vue d'indignation et de mépris; celui du bœuf, pour se connaître lui-même, et se regarder comme une vile poussière, comme une terre stérile, qui ne porte que des épines, si elle n'est cultivée avec un travail infa« ti gable,

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