‹ L'homme d'oraisonChapitre 101 sur 217 · IV. CONSIDÉRATION · texte numérisé non relu

IV. CONSIDÉRATION

Quelqu'un me dira : Nous n'agissons donc point, mais on nous pousse. Je réponds : Et que vous agissez et qu'on vous pousse ; et que vous faites le bien quand

Si substraxerit se cooperatio Dei, et adjutorium Dei , spiritus meus facit hoc, etsi cum labore, etsi cum aliquâ difficullate potest, tamen implere potest. Serm. 13. de verbis Apost. c. il.

(1) Remis quidem pervenimus, sed cum aliquo labore. 0,si ventum habeamus, facile pervenimus. Ibid.

(2) Non sic est adjutorium Dei , non sic est adjutorium Christi, non sic est adjutorium Spiritus sancti. Prorsùs si defuerit, nihil boni agere poteris Agis quidem illo non adjuvante, libéra voluntate,sed malè. Ad hoc idonea est voluntas tua, quse vocatur libéra , et malè agendo fit damnabilis ancilla. Ibid*

(3) Sine me nihil potestis facere. Joan. 15. 5.

(4) Non enim volentis, neque currentis, sed miserentis est Dei. Rom. 9. 15.

le bon esprit vous pousse (1). Car l'esprit de Dieu qui vous pousse aide ceux qui agissent. Ce mot d'aide vous montre que vous faites aussi vous-même quelque chose (2). Voyez ce que vous dites et ce que vous confessez lorsque vous faites cette prière : Aidez-moi, Seigneur , et ne me délaissez pas. Vous appelez Dieu à votre aide et vous invoquez son secours. Or on n'aide personne s'il ne fait rien, et s'il n'agit point lui-même (3). c>? vous n'opériez rien, il ne coopérerait pas (4) : car Dieu ne bâtit pas son temple de vous autres, comme si vous étiez des pierres inanimées qui n'ont point de mouvement, que les ouvriers lèvent et posent en leur place. Il n'en va pas ainsi des pierres vivantes, telles que vous êtes, vous qui entrez aussi dans la structure du temple de Dieu. Vous êtes conduits, mais c'est à vous à courir : vous êtes conduits, mais c'est à vous à suivre (5).

Ne faites donc pas le bien pour en tirer de la gloire , mais pour la rendre à celui qui vous donne le pouvoir de le faire : car de vous-même vous ne pouvez faire que le mal, c'est de Dieu que vous tenez le pouvoir de faire le bien (6). Cependant, chose étrange! les pé-

(1) Dicit mihi aliquis : Ergô agimur, non agimus. Respondeo : Imôetagis, et ageris :et tune benè agis, si àbono agaris. S.Aug. serm. 13. de verbis Apost, e, 11.

(2) Spiritus enim Dei qui te agit, agentibus adjutor est. Ipsum nomen adjuloris prœscribit tibi , quia et lu ipse aliquid agis.

(3) Adjutorem uliquè invocas Deum : nemo adjuvatur , si ab illo nihil agatur. Ibid.

(4) Si non esses operator, ille non esset cooperalor. Ibid.

(5) Neque enim templum suum sic de vobis ir '• fic-at Deus quasi de lapidibusqui non babent motum suum : levanlur, ab strucloribussuis ponuntur. Non sic sunt lapides vivi : et vos lanquàm lapides vivi coaedificamini in templum Dei. Ducimini, sed currite vos : ducimini , sed sequimini. Idem , c. 12.

(6) Noli ergo ad laudem tuam operari quod bonum agis : sed ad laudem illius , à quo habcs ut bonum agas. Abs te habes mile agere : à Deo habes benè agere. & Aug. tract. 3. in epist. 1. Joan.

cheurs se font accroire tout le contraire. Ils s'attribuent le bien qu'ils opèrent, et ils veulent rejeter sur Dieu le mal qu'ils font (1). Aveugle, que faites-vous? vous mettez Dieu au-dessous, et vous prenez le dessus. Ce n'est pas vous élever, mais plutôt vous précipiter; car il a toujours le dessus (2). Dites donc, si vous voulez dire la vérité : C'est moi qui fais le mal, c*est lui qui fait le bien : le bien que je fais vient de lui, le mal que je fait vient demot, Cet aveu sincère, cette humble confession, affermit le cœur, et fait le fondement de la dilection (3).

(1) Quod faciunt benè , volunt sibi tribuere : si malè faciunt, Deum volunt accusare. S. Aug. tract. 3. inepist. 1. Joan.

(2) Fraecipitaris, non elevaris; ille enim semper sursùm est.

(3) Ista confessio firmat cor et facit dilectionis fundamentuou Ibid.

pour le samedi de la seconde semaine après l'épiphanie.

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