I. CONSIDÉRATION
Personne ne vient, s'il n'est attiré ; personne ne croit, personne n'espère, personne n'aime Dieu, personne Hé fait le bien, s'il n^st attiré : grande recommandation , grand éloge de la grâce, sans laquelle on ne peut rien faire pour le salut éternel (1). Celui que mon Père attire vient à moi. Personne ne peut venir, si mon Père ne l'attire (2). Grande faveur de Dieu, que personne
(I) Magna gnii.econimendalio: nemo vcriil nisi iraclus. S. Aug. tract. 2G. in Evang. Joan.
(2; Palcr 'l'ion» traxerit, rcoit id me.
ne peut mériter , puisque la première grâce et le premier attrait de Dieu prévient tous nos mérites. Mais pourquoi Jésus-Christ dit-il: Celui que mon Père attire, puisque c'est Jésus-Christ lui-même qui nous attire? S'il faut que nous soyons attirés , soyons-le par celui à qui une divine amante dit : Tirez-moi après vous : nous courrons à l'odeur de vos parfums (1). Nous le sommes en effet, mais cela n'empêche pas que nous ne soyons aussi attirés par le Père. Le Père attire , le Fils attire , le Père attire par son Fils. Quel est l'attrait du Père? son inspiration, sa voix et sa parole. Enseigner, c'est l'attrait de Dieu ; parler au cœur , c'est l'attrait de Dieu. Tous les sujets du royaume des cieux sont enseignés de Dieu. Voilà l'attrait de Dieu. Comment les enseigne-t-il? paf sa parole, par son Verbe (2). Si le Père enseigne celui qui entend son Verbe , informezvous qui est Jésus-Christ , vous saurez qu'il est son Verbe. Apprenez à être attiré au Fils par le Père; écoutez son Verbe , ouvrez votre cœur à sa parole (3). Ne vous mêlez point de juger qui est celui que Dieu attire ou qu'il n'attire pas; pourquoi Dieu tire celui-ci, et non pas celui-là; si vous ne voulez tomber dans l'erreur. Une fois pour toutes, écoutez et comprenez bien ce mot. N'êtes-vous point encore attiré , priez Dieu qu'il vous attire (4).
(1) Quid est autem : Pater quem traxerit, cùm ipsc Chris tua trahat ? si trahendi sumus, ab illo trahamur ,cui dicit queedam quae diligit : Trahe me post te: post odorem unguentorum tuorum curremus. S. Aug. tract. 26. in Evang. Joan.
(2) Omnes erunt docibilesDei, trahere Dei est. Omnis qui audivit à Pâtre, et didicit , venit ad me : trahere Dei est. lbid.
(3)Siillum docet Pater, qui audit Verbum ejus,quaere quid sit Christus , et invenies verbum ejus. Disce trahi ad Filium à Pâtre, doceat le Pater, audi verbum ejus. Ibid.
(4) Quem trahat, et quem non trahat ; quarè illum trahat, et illum non trahat , noli velle judicare , si non vis errare . Semel aecipe, et intellise. Non traheris : ora ut traharis. lbid.
IECTURES SPIRITUELLES. 275
H. CONSIDÉRATION
Ne pensez pas que Dieu vous attire malgré vous : l'esprit est attiré par amour (1). On peut entrer dans l'Église contre sa volonté, on peut être attiré à l'autel contre sa volonté , on peut recevoir le sacrement contre sa volonté; maison ne peut croire si on ne le veut, comme dit saint Augustin. Si l'on croyait de corps, cela pourrait se faire malgré nous; mais ce n'est pas de corps que l'on croit. Écoutez ce que dit l'Apôtre : On croit de cœur pour être justifié (2). La foi est un acte libre et volontaire par lequel on vient à Dieu. Car nous ne courons pas à Jésus-Christ en marchant , mais en croyant ; nous n'approchons pas de lui par le mouvement du corps, mais par le désir du cœur (3). Mais si je croîs de ma franche volonté , comment est-ce qu'on m'y attire ? C'est trop peu de dire que vous êtes volontairement attiré ; je dis que vous êtes attiré avec plaisir (4). Voyez de quelle manière le Père nous tire : il nous délecte en nous enseignant, et non pas en nous imposant nécessité. Voilà comment il nous attire (5). Croyez, et vous venez à lui ; aimez, et vous êtes attiré. Car on ne vient pas à celui qui est partout, en faisant des voyages de long cours, mais en aimant (6). Donnez-
(I) Noli te cogitarc invitum trahi : Irahilur animas et amore. S. Aug. tract. 26. in Evang. Joan.
(2, Intrarequisquam Ecclesiam potcst nolens, accederc ad aitare potest nolens, accipcre potest sacramcntum nolens , credere non potest nisi volcns. Si corpore crederetur, fieret in nolcntil)us : sed non corpore crcditur. Apostolum audi dicenlem : Corde creditur ad jastitiam. Ibid.
(3) Non enim ad Christura ambulando currimus , scd crcdcndo ; nec motu corporis,sed voluntale cordis acccdinaus. Ibid.
(4) Quomodô volunlate credo , si trahor ? Parùm est voluntale , etiam voluptatc traheris. Ibid.
(5) Videte quotnodô trahit Pater: docendo delcctat , non Qdcet- •:talem imponendo. Eccc quomodo trahit.
a* £vc le, et venis ; ama, et iraheri*. Ne arbitrais islam asper: j
276 l'homme d'ora.ison.
moi un homme qui aime Dieu, il sait bien ce que je dis. Donnez-moi un homme de désirs, qui vive comme un étranger dans le désert , qui ait faim et soif de la justice, et qui soupire après la source de la vie éternelle; s'il est tel, il comprend parfaitement ce que j'avance. Mais si je parle à un homme froid, qui ne sent point la chaleur de ce feu divin , il ne m'entend point du tout (1). Le pain du ciel perd-il sa saveur, parce qu'il ne le goûte pas? nullement. Il est toujours infiniment délicieux à ceux qui aiment ; et c'est cette douceur de la grâce qui fait une puissante impression sur leurs cœurs. Car s'il est permis à un poète de dire que chacun est attiré par son plaisir, il ne dit pas que c'est la nécessité qui l'attire, mais le plaisir; non l'obligation, mais la délectation (2). A combien plus forte raison devons-nous dire qu'un homme est attiré à Jésus- Christ par le plaisir qu'il trouve dans la vérité , dans la béatitude, dans la justice, dans la vie éternelle, puisque Jésus-Christ est tout cela ensemble (3).