III. CONSIDÉRATION
Ce merveilleux concert de l'attrait divin et de la liberté de l'homme est un secret qui est connu de peu de personnes. Si je vous propose cette question , dit saint Augustin, savoir comment Dieu le Père attire
moleslamque violentiam : dulcis est, suavis est , ipsa suavitas te trahit. Ubi credis , ibi venis. Ad illum enim qui ubique est , amando venitur , non navigando. S. Aug. serm. 2. de verbis Apost.
(1) Da amantem, et sentit quod dico. Da desiderantem , da esur'ientem , da'in islàsolitudine peregrinantem atque sitienlem, et fontem œternae patrise suspirantem, da talem, et scit quid dicam. Si autem frigido loquor, nescit quid loquor. Ibid.
(2) Trahit sua quemque voluptas . non nécessitas , sed voluptas ; non obligatio, sed delectatio.
(3)Quantô fortiùs nos dicere debemus trahi hominem ad Chris- .iim, qui delectatur veritate, delectatur beatitudine, delectatur ustitià, delectatur sempiteraâ vità, quod totum Christus est»
les hommes à son Fils , les laissant toujours dans leur libre arbitre, peut-être aurez-vous peine à la résoudre. Car comment attire-t-il , s'il laisse à chacun !a liberté de choisir ce qu'il voudra ? et néanmoins l'un et l'autre est véritable : mais peu de personnes peuvent pénétrer ceci parla force de leur esprit (1). Combien d'ennemis de Jésus-Christ sont tous les jours attirés tout d'un coup à lui par un secret ressort de la grâce de Dieu (2) ! Quand je dis qu'ils sont attirés , si je n'ava^ pris ce motderÉvangile , que ne dirait-on pas contre moi ? mais c'est Jésus-Christ lui-même qui parle ainsi : Personne ne peut venir à moi , si mon Père qui m'a envoyé ne l'attire. Il ne dit pas : Si mon Père ne le conduit , par où nous puissions entendre en quelque façon que la volonté de l'homme a la prévention sur la grâce; mais le mot ^'attraction montre qu'elle ne la peut pas avoir. Car si la volonté précède la grâce , comment est-ce que la grâce l'attire? Qui est-ce qui est attiré à vouloir , s'il voulait déjà avant que d'être attiré ? et néanmoins personne ne vient s'il ne veut. 11 est donc attiré à vouloir avec des ressorts admirables par celui qui sait opérer intérieurement dans le cœur des hommes ,non afin qu'ils croient contre leur volonté, ce qui est impossible; mais afin qu'ils veuillent croire ce qu'ils ne voulaient pas auparavant (3).
(1) Si libi proponam quaestionem , quomodô Deus Pater atlrahat ad Filium homines, quos in libero dimisit arbitrio, forlassis eam riiflicilè soluturus es. Quomodô enim atlrahit , si dimittit, ut quis quod voluerit eligat f Et lamen utiumque verum est, sed intellectu hoc penelrare pauci valent. S. Aug. lib. 2. contra lit' feras Petiliani Donatistœ. c. 84.
'uàm multi inimici Christi quotidiè subito Dei occulta gratiâ irahmitur ad Cbriftan ! S. Aug. I. 2. ad Bonifac. contra duat fpist. Pelaglanorum.
(3) Quis trahitur , si j.im volcbat ? et tamen nemo venit, nisi »elit. Trahilur ergornins DOdlf ni Ttlit , ab il lo qui novit inliis In ipsis hominumcordilnisopurari , non uthomines, quod Seri non potcst, uolentcs crcdanl , sed ut volentcs ex nolcntibus fianl.
Comment cela? ne soyons pas si téméraires que de le vouloir sonder. Qui peut connaître les pensées de Dieu, et qui est jamais entré dans son conseil ? Mais si nous avons l'honneur de participer à sa grâce, n'en soyons pas ingrats jusqu'à ce point de nous attribuer ce que nous avons reçu (1).
(t) Quid habes quoi! non acccpisti ? it Cor. $, ?,