‹ L'homme d'oraisonChapitre 11 sur 217 · ad Simplicium. quœst · texte numérisé non relu

ad Simplicium. quœst

Augustin, blâmant leur résistance criminelle et leur incrédulité , dit qu'ils ne s'ajustent point à la grâce (1) ; que la grâce occulte et secrète , par laquelle ils sont attirés à la foi, n'opère point en eux, et n'a point son effet (2) ; qu'ils sont si stériles , qu'on a peine à trouver quelque chose en eux , par où on les puisse porter à la foi, ou bien à la pratique des bonnes œuvres, ou à l'espérance de la vie future , ou au désir d'être délivrés de la captivité de cette mortalité (3) ; qu'ils sont semblables à leurs idoles : qu'ils ont des yeux , et ne voient point; qu'ils ont des oreilles, et n'entendent point; qu'ils ont des narines, et ne sentent point la bonne odeur de Jésus-Christ (4) : parce qu'ils ferment les yeux, comme dit l'Écriture sainte, et que leur malice les aveugle (5); et enfin que ne trouvant aucun fruit en eux, on est contraint de détourner le visage, et de dire : Ils ne goûtent rien, ils ne comprennent rien encore ; parce, qu'ils interprètent sinistrement, et rebutent tout ce qu'on leur dit (6).

C'est par la même raison que le concile de Trente déclare « qu'encore que Jésus-Christ soit mort pour tous, » néanmoins tous ne reçoivent pas le bénéfice de sa » mort, mais ceux-là seulement auxquels le mérite dé

(1) Non contemperari adjutorio gratise. S.August., queest. 5. super Deut.

(2) OccultamDeigratiam, quà trahuntur ad fidem, nonoperari in illis. S. Aug. in Psal. 87.

(3) Quandôillos videmus, et tara stériles invenimus, ut difficile nobis appareat in eis aliquid , undè duci possint ad fidem reo tam, vel adbona opéra, veladspera futuriseculi, vel ad concupiscentiam liberationisàcaplivitale mortalitatis./de/n^7i Ps.i56.

(4) Aures habent, et non audiunt ; nares habent, et non odorantur : non sentiuntillum odorem. Christi bonus odor sumus, etc.

(5) Excaecavit illos malitia eorum. Idem, in Ps. 134.

(6) Sed quia nullum fructum in eis invenimus, avertimus ab eis iaciem, etdicimus : Adhuc isti non sapiunt, non capiunt; quia quidquid illis dixeris , sinistrum et adversum habent. Idem, in Psal, 636.

» sa Passion est communiq ié (1).» Car il faut remarquer, pour bien entendre la doctrine des Pères et de l'Église, qu'il y a plusieurs bénéfices et plusieurs grâces que Jésus-Christ nous a mérités par sa mort : grâce de vocation à la foi , grâce de justification, grâce de persévérance finale, et d'élection à la gloire. La grâce de la vocation à la foi est offerte à tout le monde ; c'est un bénéfice commun à tous les adultes , et les saints Pères n'en exceptent aucun : multi vocati ; mais la grâce de la justification ne Test pas , non plus que la grâce de la persévérance finale, et de l'élection à la gloire; parce que la plupart s'en rendent indignes par leurs péchés et par leur impénitence. Or le concile de Trente ne parle ici que du bénéfice de la justification, pour lequel il dit que « l'Apôtre nous exhorte à » rendre de continuelles actions de grâces à Dieu le » Père , qui nous a rendus dignes de participer au sort , » et à l'héritage des Saints dans la lumière , et qui nous » a retirés de la puissance des ténèbres , et nous a » transférés dans le royaume de son Fils bien-aimé, » par lequel nous sommes rachetés et nous avons la ï> rémission des péchés (2). »

De même quand saint Augustin dit que « la nature est commune à tous, et que la grâce ne l'est pas (3) , » il ne parle en ce lieu-là que delà grâce de l'adoption , par laquelle Jésus-Christ nous met au nombre de ses ouailles et de son peuple; grâce qu'il distingue par là d'avec la nature, c'est-à-dire, d'avec le bénéfice de

(1) Veriim, etsi il le pro omnibus mortuus est , non omnestamcn mortisejus beneficium recipiunt,sed eis duntaxat quibusmeriium passionisejus communicatur. Concil. Trid.sess. 6. c. 3.

(2) Pro hoc benefîcio Aposlolus gratias nos semper agere hortalur Patri , qui dignos nos feoit in partcm sortis sanctorum in luminc, et eripuit de potestate tencbrarum iranslulitque in regnum ûlii (lilectionissu* ; in quo habcmus rckniptionem , et remissip ncm peccatorum. Conc. Trid. sess. 6. cap.

(3) Aug. serm. ll.de verb. Apott. c. 4, 5.

la création, par lequel Dieu nous a faits hommes , sans que nous l'eussions mérité (1).

Et quand en un autre endroit il assure que « les

» païens n'ont point la grâce de Dieu par Jésus-

» Christ (2),» il est évident qu'il ne parle que de la

/race de Dieu , par laquelle saint Paul dit que ce corps

mortel sera revêtu de l'immortalité (3). Car c'est pour

expliquer ces paroles qu'il s'adresse à saint Paul, et

lui demande pourquoi il dit qu'il sera délivré du corps

de cette mort, parla grâce de Jésus-Christ, vu que

les païens qui n'ont point cette grâce de Dieu par

Jésus-Christ, seront délivrés de leurs corps le dernier

jour de leur vie. Puis il répond en la personne du

grand Apôtre: « Je sais bien ce que je dis. Vous m'al-

» léguez que les païens seront aussi délivrés du corps

» de cette mort, parce que le dernier jour de cette vie

» viendra , auquel ils seront délivrés pour un temps

» de ce corps mortel; mais je vous dis aussi qu'un jour

» viendra que tous ceux qui sont dans les sépulcres

» entendront sa voix (c'est-à-dire , la voix du Fils

» de Dieu), et ceux qui auront fait de bonnes œuvres,

» sortiront du tombeau pour ressusciter à la vie. Voilà

» ceux qui seront délivrés du corps de cette mort. Mais

» ceux qui auront fait de mauvaises œuvres , en sorti-

» ront pour ressusciter à leur condamnation. Les voilà

» donc retournés au corps de cette mort. Le corps

> de cette mort retournera à l'impie , qui n'en sera

» plus jamais délivré.»

0 impies! ô infidèles! n'attendez pas au jour du jugement à écouter la voix de Jésus-Christ. Il vous appelle pendant le cours de cette vie à la pénitence , qui

(1) Excepta illàcommuni gralià naturœ , quà homines facti sumus,haec est major gratia, quà facti sumus populus ejus. etovei pascuœ ejus per JesumChristumDominum nostrum.

(2) S.Aug.serm. 5. deverb. Apostoli,c. 11.

(3) Quis me liberabit de corpore mortis hujus ? Gratia Dei per Jcsum Christum Dominum nostrum. Rom. 7.

est le trône de sa miséricorde : il ne tiendra qu'à vou? d'y trouver la rémission de vos péchés; mais si voufc mourez dans votre infidélité et dans vo?Te impiété la grâce de Dieu par Jésus -Christ ne sera plus pour vous. II vous appellera au trône de sa justice , où vous serez condamnés à des peines éternelles , sans appel et sans ressource.

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