‹ L'homme d'oraisonChapitre 125 sur 217 · II. CONSIDÉRATION · texte numérisé non relu

II. CONSIDÉRATION

Comme la souveraine bonté et beauté de notre Dieu est l'objet de notre béatitude, dont la vue, l'amour et la jouissance nous rendent formellement bienheureux, et par suite nous tiennent lieu d'une souveraine récompense; de même la souveraine malice et difformité du péché est l'objet d'une souveraine misère, dont la vue , l'horreur et la tristesse rendent les réprouvés souverainement misérables , et leur tiennent lieu d'une peine souveraine, qui ne finira jamais (4). Car Dieu leur mettra continuellement devant les yeux la malice et la laideur de leurs crimes, dont ils ne pourront jamais perdre le souvenir actuel, qui les remplira d'une horrible confusion, d'un chagrin mortel, d'une tristesse et d'un désespoir éternels. Méchant que vous êtes, dit le Seigneur, vous avez cru que je vous ressemblerais : je vous accuserai, je vous confondrai, je vous montrerai vous-même à vous-même tel que vous êtes (5). Parce que vous vous êtes plu en vousmême, ne vous connaissant pas, vous déplairez à moi, et vous à vous-même: à moi, quand vous serez jugé; à vous, quand vous brûlerez dans les flammes. Vous

(1) Prima et maxima peccantium pœna, est peccâsse. Sceleris in scelere supplicium est. Senec. epist. 97. .

(2) Hanc secundse pcenae premunt atque sequuntur, timere semper , et expavescere , et securitati diffldere. Ibid.

(3) Sceleris in scelere supplicium est. Ibid.

(1) Vide Ruis. Disput. 43. de volant. Dei. Sect. 5. (5) Existimàsti , inique , quod ero tibi similis : arguam te , el statuam contra faciem tuam. -P*alni. 49.

voulez vous cacher en mettant vos crimes derrière le dos : vous vous tenez là , et vous ne vous voyez pas ; et moi, je ferai en sorte que vous vous verrez malgré vous. Je mettrai devant vous ce que vous avez mis derrière le dos : et alors vous verrez votre infâme laideur, non pour en effacer la tache, mais pour en souffrir la honte (1). Vous voyez qu'on ne peut rien ajouter à la confusion des pécheurs qui se souillent de crimes honteux , lorsqu'ils paraîtront comme un spectacle d'horreur et d'abomination aux yeux de Dieu, des anges, des hommes et d'eux-mêmes (2) : car dans cette grande multitude de spectateurs, il n'y a point d'œil qui soit plus fâcheux au pécheur que le sien propre; il n'y a point de regard qu'une conscience ténébreuse puisse moins et désire plus éviter. Les ténèbres ne se peuvent cacher à elles-mêmes; elles se voient, quoiqu'elles soient aveugles. Les œuvres de ténèbres les suivent, et personne ne s'en peut cacher, non pas même dans les ténèbres. Ce souvenir des choses passées est ce qu'on appelé le ver qui ne meurt point. Depuis que le péché l'a jeté, ou plutôt l'a fait naître au fond de l'âme , il s'y attache si fortement, qu'on ne l'en peut arracher. 11 ne cesse de ronger la conscience (3). Que si c'est un si grand tourment, même dès cette vie, où la pénitence nous peut servir de remède, que sera-ce dans les enfers, où le mal est irrémédiable?

(1) Quia le non videns placuisli tibi , displicehis mihi et tibi : mini, cùm judicaberis; tibi,cùm ardebis. Vis latere teipsum in dorsotuo? ibi es, non te vides, facio ut te videas. Quod post dorsnm posuisti, ante faciem ponam ; videbis fœditatem tuam, non nt corrigas ,sed uterubescas. S. August. ibld.

(2) Vides turpihus nihil déesse ad confusionem cùm proiluccn» tur spectaouluni Deo , angelis, hominilms, sibi ipsis. S. liera, l. 5. de Consid. sub fin.

(3) Hic est vermis qui non moritur , memoria practcritorum. Semel injeclus, vel potiùs innatus per pcccatum , hueret firmiter, ouoquàm deinceps evclloudus ; ncc cessât rodere conscieniiom.

320 l'homme d'or ai sou.

jour le samedi de la troisième semaine après l'épiphanie.

Page 1