‹ L'homme d'oraisonChapitre 146 sur 217 · I. CONSIDÉRATION · texte numérisé non relu

I. CONSIDÉRATION

Je ne vois pas qu'il y ait raison de douter, que Dieu n'ait pu dans son éternité prédestiner ses élus en vue de leurs mérites , les joignant aux mérites de son Fils comme à la cause principale de la prédestination de tous les saints. Car si les mérites de Jésus-Christ

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ont été effectivement la cause méritoire de leur élection et prédestination à la gloire, comme nous l'avons montré, pourquoi Dieu ne pouvait-il pas, s'il eût voulu y joindre encore leurs propres mérites, tel faire des uns et des autres le motif total de son décret, aussi bien que de l'exécution? Or s'il Ta ,pu,, certes il faut dire qu'il l'a voulu; parce qu'il est plus glorieux à sa bonté, à sa justice et à sa sagesse d'en avoir usé de la sorte.

Sa bonté y parait avec plus d'éclat, vu qu'il est bien plus aisé de justifier par là cette sincère volonté qu'il a de sauver tous les hommes. Car s'il avait prédestiné seulement un certain nombre d'élus et laissé tous les autres, avant que de prévoir leurs mérites ou démérites, comme disent quelques-uns, je ne sais comment on pourrait accorder ces deux volontés : Je veux sauver tous les hommes , et je ne veux pas sauver tous les hommes ; ni celles-ci : Je veux bien sauver tous les hommes d'une volonté inefficace, mais je ne veux pas les sauver d'une volonté efficace ; je veux les sauver d'une volonté qui ne les sauve pas, mais je ne veux pas les sauver d'une volonté qui les sauve en effet. J'ai peine à trouver en cela de la sincérité. J'accorde bien ces deux volontés en Dieu , je veux sauver tous les hommes , pourvu qu'ils coopèrent à la grâce de mon Fils; et je ne veux pas sauver ceux qui n'y coopéreront pas. Il n'y a rien en cela qui choque sa bonté. La première volonté est un acte d'amour, qui est sincère et sans feintise. La seconde est un acte de justice. La première regarde le mérite, la seconde a égard au démérite. Mais avant que d'avoir égard au mérite ni au démérite , dire : Je veux prédestiner ceux* ci, et je ne veux pas prédestiner ceux-là, qui est ce qu'on appelle réprobation négative , et untr suite nécessaire de la prédestination avant tous les mérites: c'est ce qui semble entièrement opposé à la volonté sincère de sauver tous les hommes, qui est si digne, do la bonté de Dieu et de la douceur de sa providence.

C'est pourquoi saint Chrysostome a dit excellemment, que si notre prédestination ne dépendait que de la charité de Jésus-Christ, il faudrait que nous fussions tous sauvés ; et que si elle ne dépendait que de notre vertu, il n'eût point fallu qu'il vînt au monde , ni qu'il fît tout ce qu'il a fait pour nous ; mais qu'elle ne dépend pas de notre seule vertu , ni de sa seule charité , mais de toutes les deux ensemble (1).

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