‹ L'homme d'oraisonChapitre 147 sur 217 · II. CONSIDÉRATION · texte numérisé non relu

II. CONSIDÉRATION

Ce que saint Chrysostome dit de la bonté de pieu et de sa charité , il le faut dire aussi de sa libéralité. Car s'il n'avait égard qu'à sa magnificence, et au désir qu'il a de se communiquer, il n'aurait pas donné à son Fils un si petit nombre d'élus. Comme ce cher Fils est mort pour tous, son Père les aurait tous donnés à ses mérites et à ses prières; mais si sa mort profite à si peu d'élus, en comparaison du grand nombre des réprouvés, cela ne vient pas du défaut de sa libéralité , c'est notre faute; c'est que nous méprisons ses dons, et que nous nous rendons indignes de recevoir ses bienfaits. Pourquoi pensez-vous que les réprouvés sont privés des récompenses éternelles du ciel? parce, dit saint Grégoire, qu'ils les ont méprisées par leur libre arbitre, lorsqu'ils les pouvaient mériter (2). C'est pourquoi le Docteur subtil laissant libre à chacun de tenir

(1) Non enim nostris ex laboribus vel rectè factishoc suppetit; sed ex charitate Christi : neque ex charitate solùm, sed etiam ex virtute nostrà. Nam si id à solà charitate penderet ,salvari omnes oporteret. Sin autem solà ex virtute nostrà , supervacaneus fuisset adventus Ulius, et quœcumque ab eo administrata. Verùm neque ex solà charitate , neque solà ex virtute nostrà illud accidit, sed ex utroque. S. Chrysost. hem. 1. in Ep. ad Ephes. ad il/a verba : Qui prœdestinavit nos in adoptionem filiorum.

(2) ïdeirco nequaquàm cœlestis patnae prœmia œterna percipiunt , quia ea nunc dum promereri poterant , ex libero arbitrio contempserunt. S. Gresor. I. 33. Moral, c. 20.

la prédestination avant tous les mérites, ajoute ces deux conditions. La première, pourvu qu'il sauve la liberté divine, et qu'il Pexempte d'injustice (l).Car cela, dit-il, est difficile, et presque impossible dans cette opinion; parce qu'elle impose à Dieu une nécessité antécédente de faire en sorte que ceux qu'il n'a pas élus, ne soient jamais sauvés , quelque bien qu'ils fassent; ce qui est, sans doute, très-dur, répugnant à la liberté, et à la justice de Dieu (2). La seconde est qu'il évite d'autres inconvénients qui choquent la libéralité de Dieu, dans le choix qu'il fait de ses élus (3). On pourrait encore ajouter d'autres inconvénients trèsconsidérables , qui se suivent de la réprobation négative , que ceux qui suivent ce sentiment sont obligés d'admettre, comme l'impossibilité de se perdre, qu'elle promet aux prédestinés, quelque mal qu'ils puissent commettre , ce qui favorise ouvertement le libertinage , et , tout au contraire , l'impossibilité de se sauver , où elle engage tous ceux que Dieu ne veut pas mettre au nombre de ses élus. Car enfin s'il Je faisait avant leurs démérites prévus, ce serait un empêchement à leur salut, qu'ils ne pourraient pas éviter, parce qu'il serait antécédent, et qu'il ne dépendrait point de leur liberté. Ce qui les jetterait dans le désespoir , et leur donnerait de l'horreur de la vertu et de Dieu môme.

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