V. CONSIDÉRATION
C'est la première conclusion que nous devons tirer de tout ce que nous venons de dire : savoir , que toute
(1) Est autem operae pretium agnoscere electionem agendorum semper in nostrà potestate esse, actionem verô plerùmque quodam providentiae modo praepediri. S. Damasc. 2. fidei, c. 26. s ub fine m.
(2) Non est in homine via ejus quam habet ex Deo : neque viri est ut corrigat viam suam quam habet ex seipso. Viam ergè suam non habet ipse, nec vitam suam corrigit , nisi cum reclitudine cordis donum gratise spirilualis acceperit. S. Fulg. I. de Incarnat, et grat. c. 20. post med. Videetiam /. 1. ad Monimuiriy c. 28.
(3) Sine me nihil potestis facere. Joan. 15. 5.
(4; Non ideô de hàc re solis votis agendum est, ut non subînferatur ad benè vivendum etiam nostrae efficacia voluntatis. Adjutor enim noster dicitur : nec adjuvari potest , nisi qui aliquid spontè conatur. S. August. I. 2. de peccat. merit. et remiss.
noire justification vient de Jésus-Christ; mais que nous ne la recevons pas comme en dormant, ni demeurant oisifs, sans vouloir rien faire de notre part. Tenons donc, mes frères, cette justification , si nous l'avons ( il parle de celle de Jésus-Christ, et non pas de la loi) ; augmentons-la , si nous en avons encore peu , et tâchons de parvenir à la perfection , lorsque nous serons arrivés au lieu où l'on dit : 0 mort, où est ta victoire? Tout cela vient de Dieu; mais il ne nous vient pas comme en dormant, ou comme si nous ne voulions rien faire. Vous n'aurez point dans vous la justice de Dieu sans votre volonté. La volonté est de vous ; la justice, de Dieu. La justice de Dieu peut subsister sans votre volonté ; mais elle ne peut être dans vous que par votre volonté. On vous a montré ce que vous devez faire (1), La loi dit : Ne faites pas ceci , ne faites pas cela ; faites ceci et cela. On vous l'a fait entendre , on vous l'a commandé, on vous Ta déclaré : si vous avez de l'esprit , vous avez compris ce que vous devez faire : recourez à la prière , afin que vous le fassiez , si vous connaissez la force de la résurrection de Jésus-Christ (2). Il a été livré pour nos péchés, il est ressuscité pour notre justification , c'est-à-dire , pour nous rendre justes.
(1) Hanc ergôjustificationem, fratres mei, et habeamus in quantum habemus , et augeamus in quantum minores sumus, et perficiamus, cùm illuc venerimus , ubi dicetur : Ubi est, mors , Victoria tua ? Totum exDeo; non tamen quasi dormientes, non quasi ut non conemur, non quasi ut non velimus. Sine voluntate lui non erit in te justilia Dei : voluntas quidem non est nisi tua , justitia non est nisi Dei. Esse potest justilia Dei sine voluntate tuà : sed in te esse non potest , nisi per voluntatem luam. Demonstralum est quid agere debeas. S. Aug. serm. 15. de verb. Apost. circà médium , et ad illa verba: Ut inveniat in illo non habens meam justitiam quae ex lege est ; sed eam quae est per fidern Chrisli.
(2) Jussit lex : Non facias illud , non ilhni : Tac hoc atque illud : demonslralum est libi , jussum est tibi , apertum est libi : si tibi est cor, intellexisti quid facias : roga ut Uciai , si cognoscis virtutem resurrectionis Chrisli. Ib'ul.
Vous êtes son ouvrage, non-seulement parce que vous êtes homme, mais encore parce que vous êtes juste. Comme homme , il vous a créé sans vous ; mais comme juste, il ne vous justifie pas sans vous (1). Plusieurs diront, au jour du jugement : Seigneur , n'avons-nous pas prophétisé en votre nom P Mais il ne leur servira de rien d'avoir fait des miracles : il faut de bonnes œuvres, dit saint Hilaire : les miracles sont de Dieu; les bonnes œuvres de nous, avec sa grâce. Il faut donc contribuer du nôtre, pour mériter l'éternité bienheu reuse : il faut donner du propre , aimant le bien , fuyant le mal, et obéissant aux préceptes célestes de toute l'étendue de notre affection (2). Car, comme dit saint Paulin, quel gré nous saura-t-on d'être seulement fidèles , en donnant des biens qui ne nous appartiennent pas, si nous ne nous servons du nôtre, c'est-à-dire, du libre arbitre de notre volonté (3). Notre amour est un bien qui est à nous : donnons-le à Jésus-Christ , nous avons payé nos dettes (4). On n'exige de nous que ce qui est à nous et ce qui est notre bien ; on ne demande , sinon que nous fassions , que nous aimions et estimions en nous ce qui est notre propre bien , comme Dieu l'aime et l'approuve en nous , afin que nous lui soyons semblables en aimant le bien, et le pratiquant (5). C'est pour cela que le libre arbitre a
(t) Qui ergô fecit te sine te, non justificat te sine te. Ergô fecit nescientera , justificat volentem. Ibid.
(2) De nostro igitur est beata illaaeternitaspromerenda , praestandumque est aliquid ex proprio, ut bonuni velimus , etmalum vitemus. Totoque affectu praeceptis cœlestibus obteraperemus. S» Hilar. in Mattlu c. 7. ad hœc verba : Nonne in nomine tuo prophetavimus ?
(3) Quae nobis est gratia,si in alieno tantùm fidèles fuerimus , nisi de proprio serviamus voluntatis , id est , de libero arbitrio? S. Paulin, ep.1* ad Sever.
(4) Res potestatis nostrae , noster est affectus : hune Domino ioipendamus, et solvimus. Idem. ep. 4. in fine.
(5) Non exigitur à nobisnisi quod nostrum est , et quod bonum
été donné à tout âge et à toute personne capable de raison. Si vous voulez être parfait, dit notre Seigneur, je ne vous contrains point, je n'use point d'un empire absolu ; je vous propose le prix, je vous montre la récompense. C'est à vous à choisirai vous voulez être couronné dans le combat (1).
La seconde conclusion que nous devons tirer, regarde l'obligation que nous avons à la singulière bonté de Jésus-Christ, qui a bien voulu faire par sa grâce, dit saint Grégoire de Nazianze , que ses dons soient nos mérites , et que nous ayons quelque droit à la vertu qu'il nous fait pratiquer (2). Car c'est parla providence de Jésus-Christ, qui opère tout en nous ,que nous faisons des œuvres divines (3). Il faut que ce bon pasteur nous cherche le premier. Jamais, dit saint Fulgence, la brebis égarée ne voudrait revenir, s'il ne la prévenait, et ne la portait sur ses épaules. Elle ne peut chercher son pasteur , avant qu'il la cherche ; mais elle est prévenue, afin qu'elle le cherche. Au reste le pasteur la chercherait en vain, si, étant cherchée, elle ne pouvait aussi chercher le pasteur; mais la bonté du pasteur qui la cherche, lui inspire aussi la volonté de le chercher pendant qu'elle est ici-bas. Or il la cherche afin qu'elle le cherche elle-même , quand il l'éclairé afin qu'elle
oostrum est : tantùm ut faciamus , approbemus , et diligamus in nobis , sicut et Deus diligit , et approbat bonum nostrum in nobis, ut ei similes simus diligendo et faciendo bona. Hugo Victoria. I. 1. de Sacram. p. 3. c. 23. in. med.
(1) In hoc omui aetati omnique personae libertas arbitrii relicta est. Si vis, inquit, esse perfectus , non cogo, non impero, sed propono palmam, osteodo praemia. Tuum est eligere, si velis in agone atque certamine coronari. S. Hieron.ep. 8. ad Demelr. circà med.
(2) Ut nostra quoque aliquà ex parte sit virtus. S. Grag. ISaz in A polo g.
(3) Divine pro virili parte perficimus Jesu Chnsii providentiel quiomnia operatur in nobis. S. Diony. de div. nomtntb. c. 11. in medio.
478 L'HOMME D'ORAJSON.
croie (1). Jésus, le roi des siècles, opérant le salut du monde au milieu de la terre, a partagé les dons qu'il a faits aux hommes en mérites et en récompenses : en sorte que ceux qu'il nous fait durant la vie présente, deviennent nos mérites par nos souffrances volontaires; et ceux qu'il nous doit faire dans la vie future, nous les attendons de sa bonté comme un bien qu'il nous a promis gratuitement, et même nous les lui de» mandons comme une dette, suivant ce que dit l'Apôtre : A présent étant affranchis de la domination du péché et devenus esclaves de Dieu, vous avez pour fruit votre sanctification, et pour fin la vie éternelle (2). Nous savons, dit saint Jean, que lorsque Jésus-Christ se montrera dans sa gloire, nous serons semblables â lui, parce que nous le verrons tel qu'il est ( voilà la récompense qu'il donne à nos mérites ) , et quiconque a cette espérance en lui , se purifie comme lui-même est pur ( voilà le mérite qu'il laisse à notre libre arbitre ). Voyez , dit saint Augustin , comme il n'ôte point le libre arbitre , en disant qu'Use purifie. Qui est-ce qui nous purifie, sinon Dieu ? Mais Dieu ne vous purifie pas si vous ne le voulez (3). Vous vous purifiez donc, parce
(1) Pastorem suum quaerere non potest priusquàm ab eo quœratur, sed à quaerente praevenitur ut quaerat. Pastor aulem eam frustra quaereret , si quaerere ipsa pastorem quaesita non posset : sed hic ei quaerentis booitas pastoris donat , ut etiam ipsa quserendi pastoris habeat voluntatem. Quaeritur aulem ut quaerat, quando illuminatur ut credat. S. Fulg. lib. de Incar. Chr. et grat. c, 22. à medio.
(2) Rex noster ante secula, cùm operatus est salutem in medio terrae, dona sua quae dédit bominibus , in mérita divisit et praemia, ut praesentia per liberam passionem nostra intérim fièrent mérita , et futura per gratuitam sponsionem exspectaremus, imô expeteremus ut débita. Quae utraque Paulus commemorans : Habetis , inquit, fructum vestrum in sanctificationeni ; finem. verô vitamaeternam. S. Dernardus , /. de grat, et lib. arbit ante finem»
(3} Videte, quemadmodùm non abstulit liberum arbitrium,ul
que vous unissez à Dieu votre volonté. Vous vous purifiez , dis-je , non de vous-même , mais par la grâce de celui qui vient habiter en vous. Néanmoins parce que vous y faites quelque chose, il est raisonnable de vous en attribuer quelque chose , afin que vous disiez : Seigneur, aidez-moi, ne m'abandonnez pas. Si vous dites: Aidez- moi ,vous faites donc quelque chose? car si vous ne faites rien, comment vous aide-t-il (1)?
diceret, castificat semetipsum. Quis nos castificat, nisi Deus? Sed Deus te nolentem non castificat. S. Aug. tract. 4. in ep. Joan. post init.
(1) Ergô quôd adjungis voluntatem tuam Deo , castificas teipsum : castificas te non de te, sed de illo qui venit ut habitet in te;tamen quia agis ibi aliquid, ideô et tibi aliquid tribuendum est.Ideô autem tibi tribuendum est, ut dicas: Adjutor meus eslo, ne derelinquas me. Si dicis : Adjutor meus esto, aliquid agit; Dam si nibil agis, quomodo illo adjuvat ?