‹ L'homme d'oraisonChapitre 170 sur 217 · IV. CONSIDÉRATION · texte numérisé non relu

IV. CONSIDÉRATION

ïl en est de même de ce qui suit la justification : l'Écriture-Sainte s'en explique de la même manière que de ce qui la précède.

Elle nous dit que c'est Dieu qui nous donne des yeux qui voient, et des oreilles qui entendent (5). Mais

(1) Si fuerintpeccatavestrautcoccinum, quasi nix dealbabun-

tur. Is. 1.

(2) Utvoluntashumanamisericordiœ prœvenientis auxili^ suffulta , et interiori quodam et occulto secretioris inspirations at flatu contacta sese convertatin Deuua. Conc. Senon.c. 15.

(3) Si converteris , convertam le , et ante faciem meam stabis : et si separaveris pretiosum avili, quasi os meum eris. Jerem. 15

(4) Pœnitemini igitur,et convertimini , ut deleantur peccata vestra. Act. 3. 19.

(5) Aurem audientem , et oculum videntem, Dominus feci utrumque. Prov. 20.

elte nous dit aussi qu'il ne les donne qu'à ceux qui veulent voir et qui veulent ouïr. Écoutez, Voyez. Appliquez un collyre sur vos y eux, a fin devoir clair. Écoutez , fille du Prince, et ouvrez les yeux (1).

Elle nous dit que la sagesse est un don de Dieu. Le Seigneur donne la sagesse; la prudence et la science sortent de sa bouche (2). Mais elle dit aussi qu'il y faut coopérer. Travaillez à acquérir la sagesse; appliquezvous à acquérir la prudence. N'abandonnez point la sagesse, et elle vous gardera; aimez-la, et elle vous conservera. Fâchez d'acquérir la sagesse. Faites état d'acquérir la prudence , quand vous devriez y employer tout ce que vous pouvez posséder (3).

Elle nous dit que le commencement des bonnes pensées vient de Dieu. Nousne sommes pas capables de former de nous-mêmes uneboniK pensée comme de nous-mêmes ; mais notre capacité vient de Dieu (4). Elle nous dit aussi que le fruit des bonnes pensées et le consentement que nous leur donnons , dépend de nous , et que nous les devons entretenir. Pensez continuellement à ce que Dieu vous commande (5). Pensez à Dieu dans toutes vos voies, et il conduira lui-même vos pas (6).

Elle nous dit que c'est Dieu qui gouverne notre langue , et qui nous fait parler avec sagesse et avec

(1) Audite. Videte. Collyrio inunge oculos tuos, ut videas. Audi, ftlia,etYi<le. Prou. 18. et 4. I. et 5. 7. Mattfu 18. 11. Apoc. 3. et Ps. 44. 12.

(2) Dominusdat sapienthm, et ex ore ejus prudentia et scienlia. Prov. 2.

(3) Posside sapicntiam, posside prudentiam. Ne dimitlas eam, et conservabit te. Principium sapientise : Posside sapientiam , et in omni possessione tuâ ?cquire prudentiam. Prov. 4. lbid.v. 6. 7.

(4) Non sumus sufflcientes cogitarc aliquid à nohis '•uasi ex oobis : scd sufflcientia nostra ex Deo est. 2. Cor. :,.

(5) Quae prœcipit libi Deus, illa cogita lemper. BcclL 3.22,

(6) In omnibus viis luis cogita illum , et ipM dirige! gressu» tuos. Prou, 3,

succès. C'est à l'homme à préparer son âme> et à penser à ce qu'il doit dire; mais c'est au Seigneur a gouverner sa langue , et répandre sa grâce sur ses lèvres (1). J'ouvrirai votre bouche , et je vous enseignerai ce que vous devez dire (2). Mais elle dit aussi que le bon effet de nos parolest qui dépend de Dieu seul, comme de la cause qui le produit , ne laisse pas de dépendre encore de notre libre arbitre : parce que nous pouvons y apporter, avec la grâce divine, les dispositions nécessaires ; nous pouvons l'impétrer par nos prières , et nous pourrions Pempêcher par notre silence, si nous voulions (3). Le cœur du sage instruit sa bouche , et l'esprit qui l'anime rendra sesparoles plus agréables (4).

Elle nous dit que la voie de l'homme n'est pas en son pouvoir , qu'il n'est pas le maître de ses actions , quant à l'exécution ; qu'il ne dépend pas de lui de les faire réussir , qu'il n'en peut connaître le succès, que c'est à Dieu à dresser ses pas et à les conduire à une heureuse fin (5). Mais elle nous dit aussi que l'homme sage conduit ses pas (6) ; que c'est à lui à conduire ses pas par des voies droites , de peur qu'il ne s'égare (7) ; qu'il doit préparer la voie du Seigneur , et redresser dans la solitude les sentiers de notre Dieu (8),

(1) Hominis est animam prœparare, et Domini gubernare linguam. Prou. 16.

(2) Ego aperiam os tu uni , et instruam te quae debeas loqui. Exod. 4.

(3) Tribue sermonem compositum in ore meo in conspectu leo* nis , et transfer cor illius. Esth. 14.

(4) Cor sapientis erudiet os ejus, et labiis ejus addet gratiam. Prou. 16.

(5) Scio, Domine , quia non est hominis via ejus , neque viri est utambulet,et dirigatgressus suos. Jerem. 10. A Domino diriguntur gressus viri, quis autem hominum inlelligere potest viam suam? Prou. 20. 24.

(6) Vir prudens dirigil gressus suos. Prou. 15.

(7) Gressus reclos facite semitis veslris, ut non claudicans quîi erret. Hebr. 12. 13.

(8) Parate viam Domini : rectas facite in solitudine semitas Dei oostri. 1s. 20. 3.

et enfin, qu'il est en sa liberté de conduire son âme, et dresser les mouvements de son cœur vers la sagesse (1), Y a-t-il de la contradiction dans ces paroles , si contraires en apparence? nullement. La voie de l'homme ne dépend pas de lui, quant à l'exécution de ses bonnes résolutions , parce qu'il en peut être empêché malgré lui : mais l'élection dépend de nous, supposé le secours divin , avec lequel nous pouvons choisir la voie droite, et former de louables desseins (2). Ne m'alléguez point, dit Némésius, ces paroles du prophète Jérémie : Les voies de l'homme ne sont point en son pouvoir (3). Ne dites point : Comment l'homme serait-il maître de lui môme ?sa voie est hors de son pouvoir ; les pensées des hommes sont vaines , nous ne pouvons pas les mettre en exécution. Ce raisonnement est fautif et sujet à l'illusion. 11 est vrai qu'il ne dépend pas de nous d'être riches , ou d'avoir de la santé , ou de faire fortune, ou de disposer des choses dont l'événement dépend de la providence divine; mais il est en notre pouvoir de nous porter aux actions de la vertu ou du vice : nos élections, nos mouvements intérieurs, et toutes les choses que nous pouvons également faire ou ne pas faire , dépendent de notre libre arbitre (4). Il faut donc bien distinguer l'exécution d'avec l'élection , et reconnaître , avec saint Damascène , que l'é-

(1) Antmam meam direxi ad illam. Eccli. ullim. cap.

(2) Non est iohoraine via ejus quanlùm ad exsecutionem electionum in quibus homo impediri potest , velit , nolit. Electiones autem ipsae sunt in nobis supposito divino auxilio. S. Thom. 1p. q. 83. a. 1. ad 4.

(3) Non sunt in homine vise ejus. Jerem. 10. 23.

(4) Non enim ut divites simus aut pauperes , aut perpetuôsani... aut eorum quotum exitus à providenliA penriet , nostra potestas est, sed actionum ail virlulem et vitium , et electionum , et moluum , et quorum aequè etiam opposila agerc possumus. Mêmes, libro de naturâ hominis, c. 40. in mcd.; aliàs de Philos. I. 7. c. 2. citaturà sancto Thom. sub nomine Gregorii Nyss. g, 24. de verit. a. 1. ad I.

lection des choses qu'on projette de faire , est toujours en notre pouvoir ; mais que l'exécution est souvent empêchée par quelque ressort de la Providence (1). Quand je dis que l'élection est toujours en notre pouvoir, je présuppose le secours de la grâce , sans lequel nous ne pouvons ni vouloir , ni faire le bien. C'est ce que veut dire saint Fulgence par ces paroles : La voie que l'homme tient de Dieu , n'est pas en son pouvoir , et il ne dépend pas de l'homme de corriger sa voie qu'il tient de soi-même. 11 n'a donc pas sa voie en son pouvoir , et il ne corrige point sa vie , s'il ne reçoit avec la droiture du cœur le don de la grâce spirituelle (2) , sans laquelle il ne peut rien tout seul (3). Mais il ne s'ensuit pas pour cela qu'il ne soit besoin d'employer que des vœux , sans y ajouter, pour bien vivre , l'efficace de notre volonté. Car Dieu est appelé notre aide , et personne n^ peut être aidé s'il ne s'efforce lui-même de faire quelque chose de son propre mouvement (4).

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