‹ L'homme d'oraisonChapitre 173 sur 217 · I. CONSIDÉRATION · texte numérisé non relu

I. CONSIDÉRATION

Il y a cette différence entre l'endurcissement des pécheurs qui vivent encore ici-bas , et celui des réprouvés qui sont déjà dans les enfers , que ceux-ci ne peuvent plus absolument se convertir, parce qu'ils sont privés de tout secours et de toute grâce ; mais ceuxlà ne sont pas encore dans un total abandon , il leur reste toujours quelque ressource et quelque moyen de salut , dont ils peuvent se servir pour rentrer en grâce avec Dieu. Cette vérité est fondée premièrement sur la bonté de Dieu , qui ne veut pas que personne périsse, mais que tous retournent à lui par la pénitence (1). Il faut poser ce principe que Dieu veut

(1) Noleus aliquos perire , sed oranes ad pcenitenliam reverti. 2. Peir. 3. 9.

tellement que tous les hommes se sauvent , qu'il ne soustrait sa grâce à personne (1). Dieu, dit saint Prosper, n'ôte à personne le moyen de se corriger; il est si bon, qu'il ne dépouille personne du pouvoir de faire le bien (2). L'enfer est plein de la colère de Dieu ; on y punit tous les crimes, on n'y pardonne rien. Mais la terre est pleine de sa miséricorde , parce qu'on propose â tous la rémission des péchés (3). Car il ne faut désespérer de personne , pendant que la patience de Dieu amène les pécheurs à la pénitence, et qu'il n'enlève pas l'impie de cette vie; lui qui ne veut point qu'il meure, mais qu'il retourne et qu'il vive. II est aujourd'hui païen : que savez-vous si demain il ne sera pas chrétien? C'est aujourd'hui un juif infidèle : que direz-vous s'il croit demain en Jésus-Christ? Aujourd'hui c'est un hérétique, et si demain il suit la vérité catholique? C'est aujourd'hui un schismatique, demain ne peut-il pas embrasser la paix de l'Église catholique ? Que direz-vous si tous ceux que vous taxez de quelque erreur que ce soit , et que vous condamnez comme des hommes dont le salut est tout-à-fait désespéré, font pénitence avant la fin de cette vie, et trouvent la vraie vie dans l'autre monde (4) ?

(1) Staluendum est quôd Dcus adeô vultomnes homioes salvos fieri , utnemini quantumlibet sceleratogratiam suam sublrahat. Concil. Cotoniense in Ench. c. de Sacram. Pœnit.

(2) Nemini Deus correetionisadimit viam, nec quemquam boni possibilitate dispoliat. S. Prosper. lib. Fespons. ad obj. Vincent, c. 15. 2. Pelr. 3. 9.

(3) Plena est (erra misericordiâ Dornini , quia omnibus est data remissio peccatorum. S. Amb.serm. 8. inPsal. 118.

(4) De nullo enim <iesperan<ium est , quandiù patientia Dei ad pœnitentiam adducit : nec de bâc vilâ rapit impium qui non mortem vult impii , tanlùm ut revcrlahir , et vivat. l'agami est hodiè, undc scis ulrùm sit futurus craslino christianus ? Judfeus infidelis est hodiè : quid, si crascrcdat in Christum ? Huere liais est hodiè : quid, si cras soqualur calholicam veritatem ? Schismatitui esl hodiè : quid, si cras amplcctatur calholicam paccm ? Quid,

Noubt. Œuv. XV. U\

il. CONSIDÉRATION.

Secondement cette vérité est fondée sur les mérites de Jésus-Christ, qui s'est donné lui-même , pour être le prix et la rédemption de tous (1). C'est par là, dit un des plus excellents disciples de saint Augustin, qu'il parait combien Dieu aime les hommes , et avec quelle sincérité il veut que tous se sauvent , pourvu que leur malice n'y mette point d'obstacle ; puisque le médiateur qu'il a mis entre lui et nous , a souffert la mort pour la rédemption de tous. Et par conséquent ceux qui ne sont pas sauvés, n'ont pas sujet de se plaindre de Dieu , ni de leur médiateur; mais d'eux-mêmes qui n'ont voulu recevoir ni la rédemption que le médiateur leur a donnée, ni le salut que Dieu leur a offert (2). Bien loin de se plaindre de sa bonté, il n'y a point de pécheur si endurci qui ne puisse et ne doive y mettre sa confiance , et qui ne soit obligé de l'aimer et de l'adorer comme son Sauveur. Car les préceptes de la foi, de l'espérance et de la charité s'étendent à tous; et il dit lui-même qu'il est venu répandre le feu de la charité sur la terre. Que désiré-je, ajoute-

*i isti , quos in quocumque génère erroris notas, et tanquàm desperalissimos damnas, antequàm finiant istam vitam, agantpœnitentiain et inveniant veram vitam in fuluro ? S. Aug. de verbis Dom.serm. 11. c. 13. Semper ejusgratia nostra corda visitât, sed si cor immundum offenderit, illico recedit : rursùsque Deus misericordiâ tactus cogit eam ad nos peccatores invisendos venire. Nequit enim penitùs nos gratia deserere. A propriâ enim ipsius beniguitate eô adigitur , ut omnium nostrûni misereatur. S. Ephrem. serrn. 1. de compunct.

(1) Qui dédit redemptionem semetipsum pro omnibus, testimononium temporibussuis. 1. Tim. 2.6.

(2) Et idée qui non salvantur , non est quôd de Deo , vel de mediatore possint conqueri, sed de seipsis , qui nec redemptionem quam mediator dédit , nec salulem quam Deus obtulit , voluerunt. s. Anselm. in illum locum.

t-il, sinon qu'il brûle? Ce commandement est commun à tous. Tous y sont obligés; et s'ils y manquent, on n'admet point d'excuse (l);car il les a tous aimés, jusqu'à donner sa vie pour tous. Chacun peut dire avec saint Paul : II m'a aimé, et s'est livré à la mort pour moi (2). Ce qui montre, comme dit saint Chrysostome, que chacun lui en est autant obligé, et lui en doit être aussi reconnaissant , que s'il n'était mort que pour lui. Car il n'eût pas refusé de s'exposer à une mort si cruelle pour un seul : tant il est vrai qu'il aime chaque particulier de la même manière que tout l'univers ensemble (3). Et ne pensez pas que cela ne regarde que les élus, puisque, comme dit saint Prosper, le sang de Jésus-Christ est la rançon de tout le monde, et que personne n'en est exclu, sinon ceux qui, se plaisant dans leur captivité , n'ont point voulu être rachetés, ou qui sont retournés dans la même servitude , après en avoir été délivrés (4). Le Fils de Dieu en est-il moins leur Sauveur? nullement. II a payé leur rançon ; mais ils n'en ont point voulu profiter. Il a été la victime, non d'une partie du monde, ni pour un petit espace de temps ; mais une victime universelle de tous les siècles, de tous les peuples et de toutes les parties du monde (5). Mais les peuples, dit

(1) Hoc nempè commune maadatura est : hoc est quod exigitur ab universis. Nec ulla , si déesse contigerit, admiltitur excusatio. S, Bem. in Nat. S. Joann. Bapt. ctrcà init.

(2) Qui dilexitme, et tradidit semetipsum pro me. Galat. 2.

(3) Neque enim recusalurus erat,vel ob unum tantam cxhibere dispeosalionem, adeo singulum quemque homincm pari charitatis modo diligit, quo diligit orbem universum. S. Chrytost. ad Galat. 2.

(4) Cùm sanguis Domini nostri pretium totius mundi ait à quo pretio extranei sunt , qui aut dclectati caplivitalc, rcdimi noluerunt, aut post redcmptionem ad eamdem sunlservilutem rcversi. S. Prosper. ad capit. Gallo. sent. 9.

(6) S, Greg. Naz. oral. 2. in Pasclia. in Med.

saint Augustin , méprisant par orgueil l'humilité d'uiv Dieu, ont crucifié leur Sauveur, et en ont fait leur juge, qui les a condamnés (1). Il est donc mort pour eux, puisqu'il est leur Sauveur et leur Rédempteur; et s'il est mort pour eux , il leur a procuré les moyens nécessaires pour le salut, et il n'a pas tenu à lui qu'ils n'aient été sauvés. S'ils se sont perdus, c'est leur faute (2).

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