‹ L'homme d'oraisonChapitre 188 sur 217 · I. CONSIDÉRATION · texte numérisé non relu

I. CONSIDÉRATION

Cette maxime est infiniment avantageuse pour nous , parce que, comme dit saint Cyprien, puisque toutes choses appartiennent à Dieu , celui qui a Dieu pour soi , ne manquera de rien, s'il ne manque lui-même à Dieu (1). Et d'ailleurs elle est indubitable , parce que c'est un des plus anciens dogmes de l'Église , reçu et approuvé par les conciles et parles saints Pères : « Car » notre Dieu n'abandonne pomt ceux qui sont justifiés » par sa grâce, s'ils ne l'abandonnent les premiers (2).

(1) Cùm Dei sint orania, habenti Deum nihil deerit , si Dec» ipse non desit. S. Cypr. lib. de oral. /font.

(2) Deus namrjue suâ grati.l j ustificatos non deserit , nisi priù al) cis deseratur. Conc. Trid. sess. 6. c. 11.

» C'est pourquoi tous doivent mettre et établir une » très-ferme confiance dans le secours du Seigneur, » qui achèvera et perfectionnera le bon ouvrage qu'il » a commencé , opérant le vouloir et le faire ; si ce n'est » qu'ils manquent eux-mêmes à sa grâce (1). » Que fautil faire , pour obtenir la persévérance et assurer voire salut ? 11 faut , dit saint Augustin , que vous ne vous retiriez point de celui qui ne se retire jamais. Il faut que vous ne l'abandonniez point, et vous ne serez point abandonné. Ne tombez point , il ne vous cachera point sa lumière : si vous tombez, il vous laissera dans les ténèbres ; mais si vous demeurez ferme , il sera toujours près de vous (2). Mais si vous ne vous êtes pas tenu debout , souvenez-vous d'où vous êtes tombé , et d'où vous a fait choir celui qui est tombé avant vous. Car il ne vous a pas abattu par force ni par impulsion ; mais par votre volonté , parce que vous l'avez bien voulu. Car si vous n'aviez point consenti au mal , vous seriez encore debout , et vous jouiriez de la clarté du jour (3). Ne dites point que vous n'avez pas reçu le don de la persévérance : car on peut vous répondre : 0 homme , vous eussiez persévéré , si vous eussiez voulu , dans ce que vous aviez appris et ce que vous aviez possédé (4). Prenez exemple sur le

(1) Tametsi in Dei auxilio firmissimam spem collocareet reponere omnes debent , Deus enim , nisi ipsi illius gratiae defuerint, sicut cœpitopus bonum , ità perficiet , operans velle et perficere. Conc. Trid. sess. 6. c. 13.

(2) Opus est ut non recédas ab eo qui nusquàm recedit. Opus est ut tu non deseras, et non desereris. Noli cadere,et non tibi occidet. Si tu feceris casum, ille tibi facit occasum. Si autem tu stas, praesens est tibi. S. Aug. tract. 1. in Joan.

(3) Sednon stelisti : recordare undè cecideris,undète dejecit, qui prior te ceeidit. Dejecit enim te , non vi , non impulsu , sed voluntate tuà. Si enim malo non consentires, stares, illuminatus maneres.

(4) Homo , in eo quod audieras , et tenueras , in eo perseverares, si velles. S. AugusU l. de correpL et grat. c. 7.

malheur du premier homme. S'il n'eût point quitté de son bon gré le secours qu'il avait reçu de Dieu , il eût toujours été bon ; mais il l'abandonna , et il fut abandonné (1). Il en est de même de tous ceux qui abandonnent la piété et la religion : Dieu n'est point la cause de leur changement , dit saint Prosper , mais leur mauvaise volonté. On ne les pousse pas pour les faire tomber dans le précipice , on ne les chasse pas dehors pour en faire des déserteurs (2). 11 ne faut nullement s'imaginer que ces misérables soient tombés dans un aussi grand désespoir par la volonté de Dieu ; puisque c'est lui , au contraire , qui soutient ceux qui tombent , et qui relève ceux qui sont brisés. Car personne ne se relève que par sa grâce ; personne ne s'établit dans le bien que par sa grâce. C'est donc son désir qu'on persévère dans l'amour de la justice , vu qu'avant qu'il ait été abandonné , il n'abandonne personne , et. qu'il convertit souvent plusieurs de ceux qui l'abandonnent^). Car s'il nous donne des remèdes pour nous guérir lorsque nous sommes malades , à combien plus forte raison nous donnera-t-il des préservatifs pour nous conserver en santé (4) ?

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