II. CONSIDÉRATION
Ce procédé est fondé sur l'amour qu'il nous porte,
(1) Quod adjutorium si homo ilie per liberum non deseruisset arhitrium semper esset bonus : sed deseruit , et descrlus est. S. Aug. I. de correp. et gratid, c. il.
(2) Hi cùm à pietate deficiunt, non ex Dei opère , sed ex suà roluntate deficiunt : nec impelluntur ut cadant, nec ejiciuntur ut deseraot. S. Prosp. ad 16. object. Vincent.
(3) Ncmo enira nisi illius gratiâ erigitur : nemo nisi illius gratià stabilitur. Dei ergô voluntas est ut in bona voluntatc maneatur, qui et priusquàm deseratur, neminem deserit, et multos Éttertoret sttpi convertit. Idem, resp. ad 7. object Vincent.
(4/ Si enira medicinam exhibet , quà sanemur infîrmi , quanto I cam quà custodiamur sani ! S. Aug. in Ps. 7.
522 l'homme d'ormsoh.
et comme roi , et comme époux , et comme père. Il est juste, dit Aristote, que les rois aiment leurs sujets, et cet amour consiste à les protéger , à leur procurer une vie heureuse , et à leur faire de grands biens selon le mérite et la capacité de chacun. Cette loi est digne de la grandeur royale , mais surtout de celle du Roi des rois, qui, étant infiniment bon , ne peut abandonner ni oublier ceux qui le servent (1). 11 faudrait, dit un grand évêque , qu'il fût le plus cruel et le plus infidèle de tous les maîtres , s'il laissait sans secours celui qui combat pour son service. Car il ne se trouve point d'homme, pour cruel et déloyal qu'il puisse être, qui soit capable d'une telle perfidie et inhumanité (2). Craignez le Seigneur, vous tous qui êtes ses saints; car rien ne manque à ceux qui le craignent. Les anges du Seigneur se campent autour de ceux qui le craignent pour les mettre en sûreté. Le Seigneur tient ses yeux sur ceux qui le craignent, et sur ceux qui espèrent en sa miséricorde pour sauver leurs âmes de la mort (3). C'est le meilleur de tous ies maîtres, qui aime la justice : il n'abandonnera point ses amis , il les conservera éternellement (4)
C'est l'époux de leurs âmes. La raison veut qu'il en prenne un soin spécial. L'alliance qu'il contracte avec elles, doit être indissoluble de part et d'autre ; et elle l'est effectivement de sa part. Le divorce ne commence jamais par lui : Je ferai une alliance éternelle avec vous :
(1} Régis amicitia ad eos qui reguntur, consislit in excellentià beneficii. Confert enim in eos bénéficia qui ab ipso reguntur. Siquidem cùm sit bonus, curam ipsorum habet, ut benè sese ha béant. Lib. 8. Eth.c. 11.
(2) Innulioenim homtnum quaniumeamque infideli ac saevo, ista infidelitas atque crudelitas inveuUur. Guillel. Paris, de Sacram. Pœnit.c 3.
(3) Eoce oculi Dominï super metuentes eum : et in eis , qui sperant super- misericordià ejus, uteruat à morte animas eorum. Ps. 32. 18.
(4) Justi autem hœreditabunt terram : et inhabitalumt in seeulum seculi super eam. Ps. 36.29.
et je la garderai inviolablement de ma part ; parce que je suis juste et p'ein de miséricorde (1). Par quel divorce, dit le Fils de Dieu, parlant aux Juifs par Isaïe , ai-je répudié votre mère la synagogue? et quel est le créancier auquel je vous ai vendus? sachez que c'est a cause de vos péchés que vous avez été vendus, et que ce sont vos crimes qui m'ont fait répudier votre mère^ Car je suis venu vers vous, et je n'ai point trouve d'homme qui m'ait reçu; j'ai appelé, et personne ne m'a voulu écouter (2). Pensez-vous que ce soit par dureté que j'aie rejeté votre mère , la Jérusalem terrestre, et que je Paie répudiée, parce que je suis porté à la rigueur? ne voyez-vous pas bien, ce qui est vrai, que c'est plutôt elle qui m'a quitté par sa malice (3) ? car lorsque je lui disais : Cessez de faire le mal ; apprenez à faire le bien , elle n'a point voulu m'écouter , mais elle m'a tourné le dos (4). Et a6n que vous sachiez que ce n'est pas moi qui l'ai répudiée , mais qu'elle s'est retirée de sa propre volonté , après une infinité de bienfaits, je me suis fait homme pour la sauver (5). Pouvait-il faire davantage pour son épouse?
(1) Sponsabo te mihi insempiternum : et sponsabo te mihi in jusiitià et judicio, et in misericordiâ et miserationibus. Ose. 2.
(2) Quis est hic liber repudiimatris vestrœ quo dimisi eam?aut quis est creditor meus, cui vendidi vos ? ecce iniquitatibus vestris vendili estis , et in sceleribus veslris dimisi matrem vestram. Quia veni , et non erat vir : vocavi , et non crat qui audiret. Is .
fS) Putatis meâ durilia matrem vestram terrenam Jérusalem cs.e projectam, et quod ego mentis rigidae dederim ei libellai» repud.i, et non potiùs, quod verum est, intelligitis illam suo à me viliorecessisse.
J Oicente enim me ad cam : Quiescile inique agere ; d.snie bonum facere,audire me noluit; sed vertit conlrà me scapulam
lentem.
:, Utautemsciatis non à me repudiatam esse matrem ?es- Iram, sed voluntatc proprià recessisse, post multa bénéficia humanum corpus assumpsi.
Peut-on voir un plus fidèle époux? Mais peut on voii un meilleur père ?
Qui est l'homme d'entre vous, dit notre Seigneur, qu donne une pierre à son fils, lorsqu'il lui demande d\ pain: ou, s'il lui demande du poisson, lui donnera-t-il un serpent? Si donc étant méchants comme vous êtes, vous savez bien donner de bonnes choses à vos enfants , combien plus forte raisonvotre Père céleste, qui estla bonté in finie, donnera-t-il les vrais biens à ceux qui les lui demandent (1). Quand un de ses enfants lui dira avec un amoureuse confiance : Mon Père, ne m'abandonnez point; donnez -moi le pain de vie, qui est la force du cœur de l'homme juste, et l'appui de sa persévérance ; pensez-vous qu'il le rebute, et qu'il le laisse mourir de faim ? Sion a dedans sa douleur : Le Seigneur m'a abandonnée, le Seigneur m'a mise en oubli (2). Que répond ce bon père à une plainte si déraisonnable ? Une mère peut-elle oublier son enfant, et n'avoir point compassion du fils qu'elle a porté dans ses entrailles? Mais quand elle l'oublierait, pour moi, je ne vous oublierai jamais- Je vous porte gravée dans mes mains : vos murailles sont sans cesse devant mes yeux. On vous portera à la mamelle, et on vous caressera sur les genoux. Comme une mère caresse son petit enfant, ainsi je vous consolerai (3). 0 bonté incompréhensible ! ô cœur plus tendre que celui des mères ! pourriez-vous bien manquer au besoin à vos enfants? Justes, persévérez dans le service de Dieu , ne vous lassez point de souffrir
(1) Aut quisestexvobishomo, quem si petierit filius suus panem, numquid lapidera porriget ei ? Aut si piscem petierit, numquid serpentem porriget ei ? Si ergô vos, cùm silis mali, nos. tis bona data dare filiis vestris , quantô magis Pater vester , qui incœlisest,dabit bona petentibus se! Matth. 7.9, 10, 11.
(2) Dixit Sion : Dereliquit me Dominus, et Dominus oblitus est met. fs.49. 14.
(3) Quomodo sicui mater blandiatur , ità ego consolabor vo» 1s . 66. 13,
LECTURES SPIRITUELLES. 52ô
pom' son honneur : il vous traite comme ses enfants», il n'a garde de vous abandonner : son secours ne vous manquera jamais dans vos besoins (1).