‹ L'homme d'oraisonChapitre 192 sur 217 · III. CONSIDÉRATION · texte numérisé non relu

III. CONSIDÉRATION

Veillez et priez. Il faut veiller sur nos défauts et sui les maladies de notre âme, afin d'y apporter du re~ mède ; et ne nous étonner pas si le mal est opiniâtre, car il n'y a point d'habitude si forte et si enracinée que la persévérance n'emporte. Quelque ascendant qu'ait pris sur vous l'esprit d'orgueil , par exemple , ou de colère, ou d'envie, ou de quelque autre passion déréglée , ne quittez point votre place ; l'assiduité que

(1) Ignis eorum non exstinguetur : et vermis eorum non morietur. Luc. 16.

(2) Domine , ut videam. Luc. 18. 41.

vous apporterez à y remédier, arrêtera à la fin le cours des plus grands vices (1). L'inconstance perd tout, le relâchement d'un jour ruinera le travail de plusieurs mois , le changement même des remèdes est dangereux. Le fréquent changement des remèdes , dit saint Bernard , renverse la complexion naturelle , et fait mourir le malade (2).

Il faut veiller sur nos bonnes œuvres et sur nos pratiques de vertu, nous gardant de les quitter par légèreté, ou de les changer par indiscrétion, comme font ceux qui , par une ferveur inconsidérée ou par humeur et par caprice, veulent tout entreprendre et n'achèvent jamais rien (3). Tantôt ils se retirent pour un temps dans la solitude, et puis ils se répandent au-dehors comme un torrent qui charrie beaucoup de terre. Tantôt ils s'accablent de jeûnes, de veilles et de mortifications excessives ; et puis ils prennent une vie molle et délicate, et deviennent si amoureux de leurs corps, qu'on ne les peut contenter, quelque traitement qu'on leur fasse ; tantôt ils prennent un livre spirituel avec avidité, et puis ils s'en dégoûtent aussitôt; tantôt ils prennent une méthode de méditer, puis ils s'appliquent à une autre; tantôt ils veulent de l'emploi, et puis incontinent ils s'ennuient : semblables à ceux qui démolissent durant la nuit ce qu'ils ont bâti durant le jour, ou bien à un voyageur qui n'a pas plus tôt pris un chemin, qu'il le quitte pour en prendre un autre, et, marchant toujours sans repos, n'arrive jamais à son terme, parce que son égaremen.

(1) Si spiritus potestatem habentis ascenderit super te , locum tuura ne riimiseris; quia curatio faciet cessare pcccata maxima. <Eccli. 10.

(2) Remédia crebrô rautala naturam disturbant ,acgrura exterminant. S. Bernard.

(3) Levés sunt et inconstantes, qui circumferuntur omni venta doctrinae, quibus quod paulô autè placuit nunc displicel , et quod nunc eligunt,post pa".Iulùm reprobant. S. Bern. serm. 5. de Assum.pt.

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recommence toujours (1). C'est pourquoi Cassien dit très-sagement : Il est utile et convenable à chacun de s'efforcer avec toute l'affection et la diligence possible de parvenir au plus tôt à la perfection de l'œuvre qu'il a entreprise selon le dessein qu'il en a formé , ou selon la grâce qu'il en a reçue ; et que, louant et admirant les vertus des autres, il ne se départe point pour cela de la profession qu'il a choisie, sachant bien ce que dit l'Apôtre , que l'Église ne fart qu'un corps, mais que ce corps est composé de plusieurs membres, dont chacun a ses fonctions et ses perfections différentes , selon la grâce qui nous a été donnée (2). Le soin que nous apporterons de notre part pour nous affermir dans le service de Dieu , et arrêter notre inconstance, sera une excellente disposition pour obtenir par nos prières la persévérance finale, qui dépend absolument de la miséricorde divine. C'est pourquoi ce n'est pas assez de veiller , il faut encore prier. Veillez et priez; car, si le Seigneur ne garde la ville , c'est en vain que veille celui qui la garde (3). Il faut donc recourir à la prière, et il n'y a rien que nous devions demander plus souvent que la persévérance , et que Dieu désire plus de nous donner ; puisque le Sauveur du monde l'a enfermée dans toutes les demandes de l'Oraison dominicale , comme remarque saint Augustin, et que les justes ne demandent presque autre chose, lorsqu'ils la récitent tous les jours (4). Car lorsqu'ils disent : Que votre nom soit

(1) Sicut qui aliquô tendit, citô perveniet, si unam viam certain tenuerit j si rnultas aggreditur, errât , nec laboris finem facit, quia error finem non habet.

(2) Unicuique utile atque conveniens est , ut secundùm propo- «itum quod elegit, sive gratiam quam accepit, suramo studio ac diligentià ad operis arrepti perfectionem pervenire festinet, etaliorum quidem iaudans admiransque virtutes, nequaquàm à suâquam elegit professione discedat. Cassian.^Joll. 14. c. 5.

(3) Nisi Dominus custodieril civitatem , frustra vigilat qui custodit eam. Ps. 126. 2.

(4) Anvero quisquara eorum est , qui non sibi poscat à Deo

sanctifié, ils demandent la persévérance dans la sainteté qu'ils ont déjà reçue ; et lorsqu'ils ajoutent : Que votre royaume arrive , ils demandent la persévérance finale, sans laquelle personne n'entre dans la gloire. Lorsqu'ils passent à la troisième demande : Votre volonté soit faite sur la terre comme au ciel, ils demandent une persévérance si ferme et si inébranlable dans l'accomplissement de la volonté de Dieu, qu'elle égale celle du ciel. Lorsqu'ils disent : Donnez-nous aujourd'hui notre pain de tous les jours, ils demandent une si fidèle persévérance dans la grâce et dans la charité, qu'ils ne commettent jamais rien qui mérite qu'on les retranche du corps de Jésus-Christ. Enfin lorsqu'ils disent: Ne nous induisez point dans la tentation, mais délivrez-nous du mal, ils demandent une si généreuse persévérance dans le combat contre leurs ennemis invisibles, qu'ils ne succombent jamais à la tentation; et véritablement ils ont raison. Car qui a jamais pu être destiné à la vie éternelle , sinon par le don de la persévérance (1) ? Et comment pouvons-nous obtenir un don si précieux, sinon par la prière que nous a apprise celui qui seul nous l'a mérité , et qui seul nous le peut donner (2) ?

ut perseverel in eo, cum ipsà oratione qurc Dominica nuncupatur, quia eamdem Dominus docuit , quando oratur à sanctis, nihil penè aliud quàm perseveranlia posci intelligatur. S. Aug. de dono per&ever. c. 2.

(1) Quis enim in aetcrnam vilam potuit ordinari, nisi perseverantise dono ?

(2) Qui polens est conservare vos sine peccato, et constituer* ante conspectum gloriaesu» immaculatosin exsultatione. Ep. Ju* dœ. 76. 24.

pour le vendredi de la sixième semaine après l'épiphanie.

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