III. CONSIOÉRA.TION
Quand on dit que les jugements de Dieu sont incompréhensibles, et qu'on n'en peut donner de raisons : ce n'est pas qu'il n'y en ait point. La conduite de Dieu n'est point aveugle : il fait tout avec poids, avec nom- Ci) Inscrutabilia sunt judicia Dei. S. Aug. c. 8. de dono per- %ev.
(2) Quarè illuiu, et quarè illum, quarè non illum, atque ihum ? Nolo à me quaeras. Homo sum : investigahiles sunt vise ejus. Idem S. Aug. serm» 7. de verb. Apost. propè fin.
(3) Hoc non dico , si quœris , quarè ? quia fateor me non invenire quid dicam.
(4) Si et hoc quaeris , quarè ? quia in hàc re sicut jusla est ira ejus., et magna misericordiaejus, ità inscrutabilia judicia eju».
bro , et avec mesure , par les règles d'une sagessa infinie. Et quand saint Paul dit : O homme, qui êles-vous, pour contester avec Dieu? ce n'est pas faute de raison , comme dit la glose ordinaire ; mais c'est pour faire rentrer l'homme en soi-même , par le souvenir de sa bassesse (1); c'est pour réprimer sa témérité: parce que, comme dit saint Augustin, l'ignorance qui se soumet â la foi vaut mieux qu'une science téméraire (2). C'est pour lui imposer silence, et lui dire : O homme , qui n'es que terre et que cendre , oses-tu contester avec Dieu? Garde donc un silence éternel , reconnais (a faiblesse, et ne sois pas si insolent que d'entrer en contestation avec Dieu, et lui demander raison de ce qu'il fait (3). C'est pour le faire tenir dans l'humilité , dit saint Prosper, et lui prescrire ies règles qu'il doit observer lorsqu'il médite sur les ordres secrets de la Providence , en sorte qu'il ne s'élève point contre Dieu par un orgueil présomptueux , et qu'il ne cesse point d'employer son industrie, par la crainte du danger (4). Quand il sera dans te ciel, dit saint Augustin , alors il verra clairement ce qui lui est inconnu on cette vie mortelle louchant le mystère de la prédestina tionà la grâce et à la gloire (5), et celte découverte sera le sujet de sa joie , de ses transports et de ses ravis-
(i) Hoc non ex inopiâ ralionis reddendue : sed hotninem ad se revocat. Idem. c. 8. debono persev. vers. med. Vide eumdcni l. de corrept. et grat. c. 8 . et tract. 53. in Joan.in med. et L despir. et lit. c. 34. in fine.
(2) Melior est fidelis ignorantia, quàm temeraria scienlia. S, Aug. serm. 22. deverbis Apost.
(3) O homo , qui terra cl cinis es, audes facere quaeslionem Deo ? ytterno igitur silenlio conticesce, elscito fragilitatem tunm , et Deo ne moveas quuestionem. .V. Hicronrm.ep. 150. a. Hebid. queest. 10. sub finem
i Ul neque contra Deum elevetur stipcroia , neque contra |>o ficulum cesset industria. S. Prosper. I. de voect. Cent, c, 1\. in fine.
(5) Tune non lalelnt quod nunc latet. S. Aug. in. SncAlrtd, C. 95.
Nou*î. Œui'. Xr. l\l
654 L'HOMMfi D'ORAISON.
sements. Mais pendant qu'il est ici bas, il faut qu'il se contente de soumettre sa raison aux simples raisons de la foi, et d'adorer les secrets jugements de Dieu sans les connaître (1). Que personne donc ne présume de sonder par une curieuse recherche le profond abîme de la prédestination, et des raisons par lesquelles Dieu prédestine ses élus. Il n'y a que la sagesse éternelle qui les connaisse d'une science certaine et sans erreur. Que s'il survient quelque doute, qui donne de Finquiétude, chacun doit s'affermir sur cette créance inébranlable, que les jugements de Dieu sont très-véritables et très-raisonnables, quoiqu'ils nous soient inconnus. Car le Sage nous avertit qu'on ne doit pas désirer de savoir ce qui surpasse la portée de nos esprits (2).
(1) Nemo igitur praedestinationis altitudinem , et prœdestinatorum causas curiosà perscrutatione prœsumat inquiiere , quœ in solà œternae sapientiae cognitione absque errore sunt posita. Quisque in dubio fateatur verissima , et ralionabilia esse Dei judicia, ijuamvis occulta. S. Laur. Justin, in fasciculo amoris.c. 17. post initium*
(2) Alliora le ne quœsieris. Eccli. 3.
flM DU TOME SKCORt»