VII. ATTRAIT D'AMOUR
Jésus souverainement aimable, comme médecin du genre humain.
Que Jésus-Christ est le Médecin universel de la nature malade; que sa charité est incomparable ; et qu'il ne tient pas à lui que tous les membres de ce grand corps ne guérissent.
Circuibat Jésus omnem Galilœam , sanans omnem languorem , et omnem infirmitatem in populo.
Jésus allait par toute la Galilée , guérissant toutes sortes de maladies et de langueurs. Matth. 4. 23.
i. considération.»
Jésus-Christ est le médecin de l'univers, ou, comme dit Clément Alexandrin, « le médecin de toutes les <> créatures (1). » Il ne tient pas à sa bonne volonté qu'il ne guérisse tous les malades , sans en excepter un seul : car c'est la fin de son envoi. Il est venu pour tous , et pour chacun en particulier. « Le mé- » decin est venu, comme dit saint Augustin, pour » contribuer tout ce qui est nécessaire de sa part , afin » de guérir le malade. S'il ne veut pas observer les
(1) Medicus universae créature. Clem. Alex. 1. Pœdag. c. 2. Origenes.i. A. contra Ceisum. luit.
» ordonnances du médecin, c'est lui-même qui se fait » mourir. Le Sauveur est venu dans le monde : à » quel dessein a-t-il été nommé Sauveur, sinon afin de » sauver le monde, et non pas pour le juger ? Vous ne » voulez pas être sauvé par lui : vous serez jugé par » vous-même (1). Le monde, avant sa venue, dit saint » Hilaire, était comme une grande ville, qu'une peste » contagieuse a changée en un grand hôpital rem- » pli d'autant de malades qu'il y a d'habitants. Le pé- » ché originel avait infecté tout le genre humain i » la désolation était universelle : le feu de la conçu- » piscence avait allumé un effroyable embrasement, » que personne ne pouvait éteindre. Le Saint-Esprit » donc , qui n'est qu'amour , entrant dans ce vaste «hôpital, et voyant que la contagion des vices s'é- » tendait partout, s'écrie: Qui fera sortir de Sion le » Sauveur d'Israël ? Car ni Moïse, ni Élie, ni Isaïe, » ni les prophètes , n'y avaient pu remédier. Il était » besoin d'un médecin qui , par le moyen de son » secours, pût tout d'un coup guérir tous les malades, » et bannir toutes les maladies (2). » Et comme il était de concert avec lui , n'ayant tous deux qu'un même cœur , il l'envoya aussitôt : et pour exécuter ce chantante dessein, il consacra sa sainte humanité d'une onction divine; afin qu'elle fût embaumée, et que sa miséricorde lui fût comme naturelle. C'est pourquoi nous ne pouvons pas douter qu'il n'étende sa bonne volonté sur tous les malades, sans aucune exception, puisque c'est la
(1) Quantum in medico est,sanare venit œgrotum. lpse se intelimit,qui praecepta medici observare non vult. Venit Salvator in mundum. Quarè Salvator dictus est, nisi utsalvetmundum , non ut judicet mundumPSalvarinon vis ab ipso? ex te judicaberis. S» Aug. tract. 12. in Joan.
(2) His igitur grassantihus malis,et toto orbe dominantibus, consciusspiritus ejus, qui solus opem ferre posset, exclamât : Quis dabit ex Sion salutare Israël ? Non enim Moyses dederat, non Elias, non Isaias, non Prophetse... opus erat Medico, qui unâ atque eâdem auxiliisuiope universacuraret. S. Hilarius ,in Psal.iZ.
fin de sa mission et de son onction sacrée, ainsi qu'il ïe témoigne lui-même par ces paroles pleines d'amour : L'esprit °du Seigneur s'est reposé sur moi, parce que le Seigneur m'a rempli de son onction. Il m'a envoyé annoncer sa parole à ceux qui sont doux, pour guérir ceux qui ont le cœur brisé , pour prêcher la grâce aux captifs , la liberté à ceux qui sont dans les chaînes ; pour publier l'année de réconciliation du Seigneur et le jour de la vengeance de notre Dieu, pour consoler tous ceux qui pleurent (1).
Si l'on ne peut mieux juger de l'amour que par les œuvres, que n'a pas fait Jésus-Christ pour contenter le désir qu'il avait de guérir le genre humain ! A-t-on jamais vu un médecin se charger des ulcères de son malade , pour lui rendre la santé ? Cela est inouï parmi les hommes : mais le Fils de Dieu l'a fait. Vous savez aussi bien que moi, dit saiat Augustin, que notre Sauveur Jésus-Christ est le médecin de notre salut éternel, et qu'il a pris sur soi les faiblesses de notre nature , de peur que nos maladies ne fussent éternelles et irrémédiables (2). Il a pris véritablement nos langueurs sur lui, dit lsaïe, et il s'est chargé lui-même de nos douleurs (3). Nous nous étions tous égarés comme des brebis errantes : chacun s'était détourné pour suivre sa propre coie , et le Seigneur l'a chargé de l'iniquité de nous lous (4). Cassiodore dit qu'il y a une certaine monta-
(1) Spiritus Domini super me, eo quôd unxerit Dominus me: ad annuntiandum mansuetis misit me, utmedercr coatritis corde , et preedicarem captivis indulgentiam , et clausis apertionem : utpraedicarem annura placabilem Domino, et diem ullionisDco nostro : utconsolarer omnes lugentes. 1s. 61. t.
(2) Benc nobiscum novit sanclitas vestra Domioum nostrumet Salvatorem Medicura nostne salutis esse, et salutis œtemœ;et ad hoc suscepisse infirmitalcmnaluraenostrœ,ne sempiternaesset infirmitas nobtra. S. Aug. serm. 18. de verbis Domini.
(3) Verè languores nostroa iyse tttttt, et dolores nostros ipse portavit. 1s . 53. 4.
(4) Onmes nosquasi oves erravimus , uniuquisaue in viam suam
gne qu'il appelle la montagne du lait, dont les herbes médicinales donnent une si grande vertu au lait des animaux , que les malades qui en prennent , recouvrent en peu de temps leurs forces et leur première Vigueur. Et néanmoins les troupeaux qui le donnent Sont toujours maigres et languissants. On dirait qu'en guérissant les hommes, ils contractent leurs maladies,fet souffrent les mêmes langueurs dont ils les délivrent (1). Voilà un crayon de ce qui se passe sur le Calvaire. Le sang de ce divin Agneau, qui ôte les péchés du monde, répandu sur celte montagne, guérit tous les malades qui s'en appliquent la vertu : au lieu qu'il attira sur lui leurs maladies et leurs langueurs. Il a été blessé pour nos iniquités; il a été brisé pour nos péchés ; le châtiment qui nous a procuré la paix est tombé sur lui , et nous avons été guéris par le sang qui est sorti de ses plaies (2). C'est un effet miraculeux de son amour, que nous ne pouvons assez reconnaître. Jésus-Christ est venu prendre sur lui nos langueurs et nous communiquer ses vertus : chercher les choses humaines, et nous donner les divines; recevoir des injures, et nous rendre des honneurs ; supporter des ennuis , et nous redonner la santé. Car le médecin qui ne compatit pas à son malade, ne sait pas comme il le faut guérir : et s'il n'est malade avec Jui , il ne lui peut rendre la santé (3). Aimable Jésus, vous êtes donc
declinavit : et posuit Dominus in eo iniquitatem omnium nostrûm. Js. 53. 6.
(1) Haec itaque armenta in tàm abundantipabuloexhausta videre miraculum est, ut humor ille lacteus non prjestet origini suae,quicorpora mortalium probatur laesa reficere, miroque modo herbis animantia non proficiunt , undè hominum membra pinguescunt. Exiles per dumeta discurrunt , tenues videntur et instar ejus cui medentur sustinent passiones. Ex Cassiod. I. 11. epist
(2) Vulneratus est propter iniquitates nostras; attritus est prûpter scelera noslra: disciplina pacis nostrae super eum , etlivore ejus sanati sumus. Is. 53. 5.
(3) Chritus enim venit susciper* infirmitales nostras, et suas
véritablement le médecin des âmes par excellence : car il n'y a que vous qui soyez venu dans le monde pour guérir tous les hommes, en prenant effectivement toutes leurs maladies. Quelque ardent que soit le zèle des âmes que vous avez jamais inspiré aux plus grands saints, ce n'est qu'une étincelle de ce grand feu qui vous dévore : ils peuvent bien dire qu'ils sont malades avec les malades. Qui est faible , que je ne sois moi-même affaibli? qui fait un scandale, que je n'en sois brûlé (1) ? Mais la douleur qu'ils sentent lorsque quelqu'un refuse le remède qu'ils lui présentent, comparée avec la vôtre, n'est qu'une goutte d'eau salée en comparaison de la mer.
Il semble qu'on ne peut rien ajouter à ce que nous venons de dire , pour faire voir la bonne volonté de notre céleste médecin, et son admirable charité envers tous les hommes. Mais saint Augustin remarque encore deux circonstances qu'il ne faut pas omettre. La première est que le remède qu'il leur a préparc, étant si précieux , néanmoins ils le méprisent pour la plupart. « Un grand malade, dit saint Augustin, est étendu sur » toute la terre, depuis l'Orient jusqu'à FOccident. Pour » guérir ce grand malade , il descend du ciel un mé- » decin tout-puissant ; il s'humilie jusqu'à prendre une » chair passible et mortelle , comme pour s'appro- » cher du lit du malade : et là il lui ordonne un remède » infaillible, à savoir, son propre sang, qui est d'un » prix infini , et le malade le méprise. Ceux qui lui » obéissent sont guéris, et néanmoins on n'en tient » compte (2). »
nobis conferre virtutes ; humana quaerere ; praestare divina ; accipere injurias; referre sanitales : quia medicus qui non fert infirmitatem, curare nescil, et qui non fuerilcum infirmo infirmants, infirmo non potest conferre sanitatem. S. Ckrysolog. serm. 50.
(1) Quisinfirmatur, et ego non inlirmor ? Quis scandalizatur, et ego non uror ? 2. Cor. 1 1 . 29.
(2; Jacet toto orbe tcrrarum ah Oriente usque ad Occidcntera grandis œgrotus : ad sanandura grandem œgrolum descendit om
La seconde est que , nonobstant un si indigne mépris, ce charitable médecin ne se rebute point : il n'abandonne point son malade ; il a pitié de sa faiblesse. Il sait bien qu'il se peut tout seul causer la mort , mais qu'il ne peut pas se guérir tout seul ; qu'il a besoin de secours, et que le remède qu'il lui a préparé est assez puissant pour opérer ce qui est impossible au malade par sa propre faute (1). C'est pourquoi il le présente à tous ; et il n'y en a pas un à qui il ne dise, comme au Paralytique de l'Évangile : foulez-vous être guéri (2)? 11 n'attend pas qu'on le lui demande, il l'offre lui-même, et le donne gratuitement : et bien loin d'en exiger le prix , il promet une éternelle récompense à celui qui le reçoit. Nul n'en est privé que celui qui le refuse (3). On ne peut rien ajouter à cette bonté. Qui est l'homme qui dise à son malade : Souffrez que je vous guérisse, et je vous récompenserai ? Certainement il fait très-bien d'en user ainsi ; car il sait bien qu'il est riche , et que le malade qu'il visite est pauvre. C'est pourquoi il le guérit lorsqu'il est malade, et , après l'avoir guéri, il lui donne la récompense: et ce qu'il lui donne, c'est lui-même. Le Sauveur est le secours du malade languissant ; le Sauveur est la récompense du malade qu'il a guéri (4). 0 pauvre malade , écoutez ce que vous
nipotens medicus , humiliavit se usque ad mortalem carnem , tanquàm usque ad lectum aegrotantis : dat salutis praecepta , contemnitur:qui audiunt , liberantur; contemnilur. S. Aug.serm. 59. de verb. Domini.
(1) Medicina poterit , quod vitio non potest. S. Aug. I. de naturâ et grat. c. 43. Vidée. 13. et 18.
(2) Vissanus fieri? Joan. 5. 6.
(3) Me di( it (Pelagius) : Voluntate non est, quod nalura potest; ego dico : Voluntate quidem non est homo justus quod natura potest, sed medicina poterit quod vitio non potest. S. Aug. I. de naturâet grat.c. 43. Vide. c. 13. et 17.
(4) Nihil ad hanc benevolentiamaddi potest. Quis est, qui dicat: Sanem te , et do tibi mercedem ? Optimè fecit. Sciebat enim se di- Vitem ad pauperem venisse : et sanat œgrolos , et sanatis donat, Ht non aliud quàm seipsum donat. Salvator estaJjutoiium langui-
i ce divin médecin: Foulez-vous être guéri (1)? Il ne ;nt qu'à vous : si vous voulez , vous le serez ; et si >us ne l'êtes pas, c'est votre faute. On ne vous impute is à péché ce que vous ignorez contre votre volonté; ais ce que vous négligez d'apprendre. On ne vous àme point de ce que vous ne vous aidez pas d'un embre blessé , mais de ce que vous méprisez celui qui veut guérir. Ce sont là vos propres péchés (2). Vouz-vous être guéri P il vous guérira , n'en doutez point ; lais il faut que vous le vouliez : il demande votre msentement; il guérit quelque malade que ce soit; îais il ne le guérit pas malgré lui. Or quel plus grand onheur vous peut arriver, que d'avoir votre santé ans la disposition de votre volonté, de même que si ous aviez votre vie dans la main (3) ! On vous dit donc : » homme, qui que vous soyez, Jésus-Christ est votre sait (4). Admirez la bonté et l'amour singulier qu'il a our vous; car encore qu'il se répande généralement sur aus , il vous embrasse pourtant , et vous chérit uniquement, et se donne à vous pour être votre salut et le reaède de tous vos maux. 0 le grand don ! ô le rare et dmirable bien ! Bien merveilleux et ravissant , qui est ommun à tous, et tout à chacun ; qui préside à tous , X remplit un chacun ; qui est présent partout , veillant ur tout, et qui pourvoit à un seul avec le même soin
li,ipseSalvatorest prœmium sanati. S. Aug.serm. 13. de veriis Apost.
(1) Vis sanus fieri ? Juan. 5. 6.
(2) Non tibi iraputatur ad culpam quôd invitus ignoras, sed juôd negligis quœrere quod ignoras : neque illud quôd vulnerata ttiembra non colligis , sed quôd volentem sanare contemnis. Ista tua propria peccata sunt. S. Aug. 1.3. de lib. arb. c. 19. et l. de nat.et grat. c. 67.
(3) Sanabit te : opus est ut velis. Sanat oraninô ille quemlibet languidum; sed non sanat invitum. Quid autem te beatius , quàm ut lanquàmin manu tuà vitam,sio habeas in voluntale sanltatem tuara ? S. Aug. in. Psal. 102.
(4) Ergôhoc tibi dicitur : Omnishomo, salus tua Chrislus esU v
qu'à tous (1). Certes, quand je pense à ses miséiîcordes envers moi , il me semble , s'il m'est permis de le dire, qu'il n'a point d'autre affaire dans le monde quJ de pourvoir à mon salut. Je le vois aussi occupé à mi garde et à ma conduite, que s'il avait oublié touU autre chose, et qu'il ne voulût s'appliquer qu'à moij Il se tient toujours près de moi, toujours prêt à un secourir. Où que je me tourne, il ne m'abandonna point ; où que je sois , il ne s'éloigne point ; quoi qu< je fasse, il m'assiste toujours également (2). Mon àme| bénis le Seigneur, et puisqu'il ne t'oublie point, n'oublie jamais aussi les grâces que tu reçois de lui. C'esl lui qui te pardonne toutes tes offenses; c'est lui qui guérit toutes tes langueurs \ c'est lui qui rachète ta vie de la mort ; et enfin c'est lui qui te couronne de sa miséricorde et de ses bontés.
(1) Verè pulchrum et mirificum bonum , quod commune es omnium, et totum singulorum ; cunctis prsesidens , singulos im plens; ubique praesens; omnium curam gerens, et tamen singulii quasi omnibus providens.
(2) Certè mihi videtur, cùm ejus miserationes circà me attendu , quod si fas estdicere, quodammodo nihil agat Deus, nisi u mese saluti provideat,elità totum ad meam custodiam occupaiura video , quasi omnium oblitus sit , et mihi soli vacare vclit. Se sem« per praesentem exhibet , semper paratum se offert , quocumquj vertero, non me deserit; ubicumque fuero, non recedit; quid« quid egero , pariter assis tife Ilueo à S. VicU