I. CONSIDÉRATION
Jésus est le seul médecin qui peut guérir les maladies spirituelles de notre âme. « Le verbe du Père éternel, » dit Clément d'Alexandrie , est le seul médecin sou- « verain des maladies du genre humain , et le saint » enchanteur des âmes malades (1).» La nature hu-
(l) Verbum paternum solusest humanarum aîgritudinum pa;onius medicus , et sanctus aegrotae animae incantator.
mairie a bien pu se blesser par son libre arbitre , dit saint Augustin; mais après s'être blessée, elle ne peut pas se guérir par son libre arbitre (1). La maladie est en notre pouvoir , mais la guérison ne l'est pas. Nous sommes assez malheureux pour la contracter tous seuls par notre libre arbitre; mais pour nous en délivrer , le libre arbitre sans le secours de Jésus-Christ ne suffit pas. Qu'étais-je, dit le même Père , si vous ne m'eussiez secouru ? A quel désespoir étais-je réduit, si vous ne m'eussiez guéri ?En quel abime étais-je tombé, si vous ne m'en eussiez tiré ? Certainement ma place était dangereuse et mortelle : j'avais besoin d'un médecin qui fût tout-puissant comme vous (3). Le serpent d'airain, que Moïse fit élever dans le désert, était en cela une excellente figure du Sauveur des âmes. Les serpents de feu qui attaquaient les Israélites , et dont la morsure était mortelle , marquaient le péché d'Adam , qui avait infecté toute la masse du genre humain, et la force du venin que l'ancien serpent lui avait inspiré. Le serpent d'airain, qui ressemblait aux autres , mais qui n'en avait pas le venin , représentait Jésus-Christ qui devait porter la ressemblance du péché; mais qui, étant infiniment éloigné du péché même, avait seul le pouvoir de le détruire. Les Israélites étaient tous guéris à la vue du serpent d'airain , qui était élevé en l'air , afin que tous les malades le pussent voir ; pour montrer que le grand médecin des âmes devait être élevé en croix, et exposé à la vue de tous les pécheurs, comme le seul destructeur du péché et de la mort. Car, comme dit le Sage , celui qui regardait le serpent, n'était pas guéri par ce qu'il voyait , mais par la puis- Ci) Idoneafuithumana natura per liberuinarbitrium vulnerarese,sed jam vulnerala,et saucia non est idonea per liberum arbitrium sanare se. S. Aug. serm. 13. de verbis Apost.
(2) Quid eram, nisi subvenires? Quam desperatus eram , nisi curares? Ubi jacebara, nisi advenires? Certè ingenli vunere periclitabar :sedillud vulnusmeum medicum omnipolenlem requitebat. Idem , in Psalm. 48. enarr. 2.
sance suprême de celui qui est le Sauveur de tous les hommes (1). C'est pourquoi Dieu ne voulut guérir son peuple que par un miracle de sa toute-puissance, pour faire voir qu'il n'y avait que la vertu du Tout-Puissant et du Saint des saints qui pût remédier à la malignité du péché, dont les plaies envenimées ne pouvaient être guéries qu'en les joignant avec son précieux sang, et en y appliquant sa chair étendue sur le bois, pour sécher la source du venin que le serpent séducteur du premier homme avait fait couler dans toute sa postérité(2). Tous les saints de l'ancien Testament, dit saint Grégoire , n'étaient que les serviteurs et les ministres de la sagesse incarnée , qu'elle envoya devant soii pour visiter ce grand malade , et le disposer à recevoir son médecin, comme autrefois Elisée envoya Giési; mais il n'y avait que cet excellent médecin qui pût rétablir la santé de son malade. Saint Augustin dit que c'est par la même raison que la loi de Moïse fut donnée au peuple d'Israël , non pour le guérir, mais pour l'aider à connaître son mal et à chercher son médecin. Elle fut donnée pour le secourir , mais non pas comme la grâce (3). La grâce nous est donnée pour nous guérir et pour nous rendre la vie. La loi de Moïse n'en avait pas le pouvoir. Si donc la loi qui leur fut donnée ne pouvait pas rendre la vie , pourquoi fut-elle donnée ? On vous la donna de cette sorte comme un secours, et un remède préservatif; de peur que vous ne crussiez
(1) Qui enira conversus est , non pcr hoc quod videbat , sanabalur, scd per te omnium Salvatorem.
(2) Vulneri sanè tam putrido, et antiojuarum cicatricum fœlori non inveniebalur medicamentum sufliciens,nisi unguento sanguinishujusplaga vêtus liniretur, et malagmale carnis in cruce exlensœ siccarentur venena, quae calcaneo , et omni posteritati cjus serpens ille seductor antiquus infuderat. S. Cypr. creditus scrm. de Passione.
(3) Ipsain adjiiloriiim data cst,sed non sicut gratia. S. Auç. scrm. 13. de verbis Apostoli. Vide tract. 3. UiJoan.
ifô l'homme d'oraison.
être sain (1). On la donna , afin que l'homme , qui avait| perdu la connaissance de soi-même et de ses misères , s< trouvât à dessein , non de guérir son mal , mais de cherj cher son médecin (2). Et qui est ce médecin , sinon celui qui a dit : Ceux qui sont sains n'ont pas besoin d< médecin, mais ceux qui sont malades (3) ? 11 n'y ena poinj d'autre dans la terre , ni dans le ciel. Les anges , Ûi\ Origène , eussent bien voulu secourir les hommes ; mais ils voyaient que le mal était plus fort que leurs remè« des. C'est pourquoi ils se réjouirent à la venue de ce médecin tout-puissant, et chantèrent ce divin cantique J Gloire à Dieu au plus haut des cieux (4). Joignez-vous àl eux, et bénissez celui qui seul vous peut délivrer de tous| vos maux ; dites-lui : Guérissez -moi , et je, serai guéri ; sauvez-moi 9 Seigneur , et je serai sauvé ; car vous êtes toute ma joie et le sujet de mes louanges (5).
Qui que vous soyez, vous devez recourir à lui avec une parfaite confiance. Il ne tiendra pas à lui, ni à la ïbrce de ses remèdes, que vous ne soyez guéri : il n'a pas moins de pouvoir que de bonté. « Nous avons un » grand médecin et un grand remède, dit saint Ambroi- » se (6).» Qui est notre médecin ? notre Seigneur Jésus- » Christ, dit saint Augustin. Qui est notre Seigneur Jésus- Ci) Siergdnon est datalex, quœposset vivificare , quarè data est ? Quia etiam sic in adjutorium data est , ne te sanum putares. S. Aug. in locosupràcltato.
(2) Data est, ut se inveniret homo : ut non raorbus sanaretur, sedul prœvaricatione morbocrescentemedicus qusereretur. Ibid.
(3) Et quis est iste medicus, nisi qui dixit: Non est opus sanis medicus , sed malè habenlibus?
(4) Origen. homil. 13. inLucam.
(5) Sana me , Domine, et sanabor : salvum me fac , et salvus ero : quoniam laus mea tu es. Jerem 17. 14.
(6) Magnus medicus noster . et magna ejus medicina. S. Amb. /. de Eliâ.c. 20. Jerem. 17.
Christ ? celui qui, étant invisible par sa propre gran- » deur, s'est rendu visible par sa bonté à ceux-mêmes qui l'ont crucifié. Celui quia été pris, souffleté, » fustigé, couvert de crachats , couronné d'épines , attaché à la croix , mis à mort , percé d'une lance , détaché de la croix, et enfermé dans le tombeau. » Celui— là même qui est notre Seigneur Jésus-Christ; » celui-là, dis-je , selon tout ce qui est en soi , est aussi » le médecin de nos plaies (1). » Il a guéri vos plaies au lieu même où il a long-temps souffert les siennes ; et il vous a sauvé de la mort éternelle , là même où il a bien voulu mourir d'une mort temporelle , et où effectivement il est mort. N'est-ce pas en lui que la mort a été éteinte ? 0 quelle mort , qui a détruit la mort (2) ! Que si ce qui était en lui passible et mortel , a eu tant de force , que doit-on juger de ce qui était impassible et immortel ? « Quoi ! pensez-vous, dit Ar- » nobe , qu'il fût seulement homme mortel comme a nous ? Était-ce donc un homme seulement comme » nous, qui chassait les maladies , les fièvres et les au- » très douleurs du corps, par l'impression de sa voix, n et de ses paroles les plus simples et les plus fami- » lières? Était-ce un homme du commun, qui arrêtait » les pertes de sang, et en réglait le cours par le seul » attouchement du bord de sa robe? Était-ce un homme » d'entre nous, qui n'avait qu'à commander aux boi- » teux de marcher droit, et aussitôt c'en était fait;
(1) Medicus quis est? Dominui noster Jésus Christus. Quis Dominus noster ? Jésus (Jhristus Pille qui visus esl , et ab cis à quibus crucifixus est. Il le qui apprehensus, colaphizatus, flagellatus, spulis illitus , spinis coronatus,iu cruce suspensus, mortuus , lanceâ vul neratus, de cruce depositus , in sepulchro positus. Il le ipsc Dominus noster Jésus Christus, il le ipse plané, et ipsc est lotus medicusvulnerum nostrorum. S. Aug. tract. 3. inJoan.
(2) Il)i vulnera tua curavil, uhi sua dm perlulit. Ibi le à morte sempiternâ sanavit , ubi lomporaliter mori dignalus est , et mortuus est. Annou in illo mon morlua est? Qualis mors , quae mortem occidit ? IIAd.
70 L'HOMME D'OR/USON.
» aux manchots , d'étendre la main , et elle se déployait I » au même instant ; aux paralytiques, de se lever J *> et ils se levaient , et emportaient leurs lits à l'heure | » même ; aux aveugles, d'ouvrir les yeux, et de voir| » clair ; et en même temps ils voyaient le ciel , et la lu- » mière du jour? Enfin était-ce seulement un homme » mortel d'entre vous, qui commandait aux âmes de » rentrer dans leurs corps , d'où elles étaient sorties » long-temps auparavant ? et elles ne laissaient pas » un seul moment entre le commandement et l'obéis- » sance (1) ?» Non certes, ce n'était pas seulement un homme , c'était un Homme-Dieu, qui voulait nous montrer le grand empire qu'il avait sur les maladies de l'âme, par le pouvoir qu'il avait sur les maladies du corps. Ces guérisons innombrables d'aveugles, de sourds, de muets, de boiteux, de morts, étaient tout ensemble des miracles et des mystères : des miracles , pour le temps qu'il le faisait, des mystères pour l'avenir: des miracles qui montraient le grand pouvoir qu'il avait sur les corps ; des mystères qui montraient le grand empire qu'il avait sur les esprits. Ces miracles, qu'il faisait pour lors , n'étaient que des images de ceux qu'il devait faire à l'avenir. Ces cures merveilleuses des corps mal affectés, n'étaient que des figures des cures spirituelles des maladies de l'âme (2). « Maintenant , dit saint Au-
(1) Ergo ille mortalis , aut unus fuit è nobis , cujus imperium , cujus vocem popularibus et quotidianis verbis missam , valetudines, morbifebres, atque alia corporum cruciamenta fugiebant! Unus fuite nobis , cujus ex levi tactu stabant protluvia sanguinis, et immoderatos cohibebant fluorés? Unus fuit è nobis , qui claudos currere praecipiebat,etjam operis res erat; porrigere mancos manus , et articuli mobilitates jam ingenitas explicabant j captos membris assurgere, et jam suos ferebant lectos -, vidualos videre lummibus,et jam cœlum diemque cernebant ? Unus fuit è nobis , qui redire in corpora jamdudùm animas praecipiebat efflalas? Arnob. I. 1. n.17.
(2) Quae tùn» faciebat in praesens , imagines erant fulurorurn;
LECTURES SPIRITUELLES. 7t
» gustin, le Seigneur ne fait pas tant de miracles pour » guérir les yeux du corps; mais il éclaire les cœurs » aveugles par la lumière miraculeuse de sa parole. » Maintenant on ne voit pas si souvent des corps morts. » ressuscites; mais on voit revivre des âmes qui étaient » mortes dans un cadavre vivant. Maintenant l'oreille » des sourds s'ouvre plus rarement ; mais combien de » ceux qui ont l'oreille du cœur fermée, l'ouvrent a » la parole de Dieu, qui les pénètre si puissamment, que » ceux qui ne croyaient pas auparavant , deviennent fî- » dèles, et ceux qui vivaient mal, changent de vie (1). » « Cette foi est aujourd'hui fervente dans l'Église, qui n est étendue par tout le monde : et le Seigneur fait » maintenant des cures plus admirables , pour les- » quelles il n'a pas dédaigné de faire celles-là , qui » étaient moins considérables (2). » Que si tous ceux qui sont malades ne guérissent pas ; si la mort e n enlève plusieurs , et les précipite dans les abîmes ; c'est assurément contre son intention ; puisqu'il nous déclare luimême qu'il ne veut pas la mort du pécheur , mais qu'il se convertisse, et qu'il vive. Il ne tient pas aussi à la force de ses remèdes. Notre médecin est tout- puissant ; et les remèdes qu'il nous offre, sont infaillibles (3). Ne craignez point, il guérira toutes vos langueurs. Elles sont grandes, me direz-vous. Mais le médecin est en-
quae laesis affectisque corporibusadhibebat , ea spiritualium figuramgerebant. Lactant. 1.4. c. 26.
(1) Modo caro caeca non aperit oculos miraculo Domini , et cor caecum aperil oculos sermoni Domini j modo non resurgit mortale cadaver, resurgit anima , quae mortua jacebatin vivocadavere ; modo aurcs surdae non aperiuntur; sed quàm multi habent aurcs clausas cordis, quae tamen verbo Dei pénétrante palescunt , ut credant qui non credebant, et benè vivant qui malè vivebant. S. Aug.serm. 18. deverbis Dom.
(2) Haec lidcs nunc f< rvct in Ecclcsiâ tolo orbe diffusa, etnunc majoressanilatcsoperalur , propler quas Bon est dedignatusexhibere illas minores. Ibid.
(3) Magnus medicus noster , et magna est medicina.
core plus grand. Il n'y a point de maladie incurable à un médecin qui est tout-puissant. Souffrez seulement qu'il vous guérisse (1). Il le peut, il le veut, et il n'attend que votre consentement.