‹ L'homme d'oraisonChapitre 26 sur 217 · I. CONSIDÉRATION · texte numérisé non relu

I. CONSIDÉRATION

La science est une qualité absolument nécessaire au médecin, parce qu'il y va du salut des hommes : et c'est en cela que nous avons un avantage considérable dans la personne, de Jésus-Christ, notre souverain médecin , parce qu'il est la sagesse môme , qui ne peut rien ignorer de ce qui regarde le salut des âmes et l'art de guérir les maladies de l'esprit. La sagesse de Dieu entreprenant la cure de l'homme, dit excellemment saint Augustin, s'est donnée elle-même pour

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le guérir. C'est elle qui est Son médecin; c'est elle qui est le remède infaillible de tous ses maux (1).

Les médecins divisent leur science en trois parties. La première considère l'état , la qualité et les causes des maladies : savoir si elles sont antécédentes, ou conjointes; internes, ou externes; simples, ou compliquées; sympathiques, ou dispathiques. La seconde conjecture jusqu'où peut aller le mal, et quelles suites il doit avoir: s'il sera long, habituel, dangereux, mortel. La troisième enseigne les remèdes propres pour la guérison des maladies , et la méthode qu'il faut garder pour y réussir.

Suivant cet ordre, je dis en premier lieu que Jésus- Christ est le seul qui connaît parfaitement toutes les maladies de l'âme, et qui en sait toutes les causes: soit parce que le secret des cœurs n'est connu qu'à lui seul, et que l'homme même est aveugle dans son intérieur, si ce sage médecin ne l'éclairé de sa lumière : mais qui peut comprendre tous les égarements du cœur? purifiez-moi, Seigneur, de mes fautes cachées (2) : soit parce qu'il n'y a que lui qui connaisse parfaitement le nombre et la qualité de nos offenses. Mes péchés, Seigneur, ne vous sont point cachés ni inconnus (3) ; vous en savez le nombre, vous en savez l'énormité : soit parce qu'il est le seul qui puisse prévoir les occasions qui nous portent au mal , et sonder le fond de notre malice et de la faiblesse de notre liberté , qui est la cause du péché. J'ai dit en moi-même : Peut-être que les ténèbres me cacheront à vos yeux; mais la nuit même sera lumineuse , pour me découvrir au milieu de mes plaisirs. Car les ténèbres ne sont point obscures pour vous. La nuit pour vou$

(1) Sapientia Deihominem curans, seipsam exhibuit ad sanandum, ipsa medicus, ipsa medicina. S. Aug., I. 1. Doctr. Christ. c. 14.

(2) Delicta quis intelligit ? ab occultis meis munda me, et ab alienis parce servo tuo. Ps. 18. 12.

(3) Delicta meaàte nonsunt abscondita. Ps. 68. 6.

est claire comme le jour. Les ténèbres de la nuit et la lumière du jour sont pour vous la même chose. Fous êtes le maître de mon cœur (1). // n'y a pas un de mes os qui vous soit caché. Vos yeux ont vu ce qu'il y a d'imparfait et de défectueux en moi ; et tous mes vices seront écrits dans votre livre {2). Ajoutez à cela, qu'il connaît tous nos maux par sa propre expérience, non qu'il ait jamais commis aucun péché, car il est impeccable; mais parce qu'il en a porté la peine, comme dit Isaïe (3). C'est pourquoiil l'appelle l'homme de douleurs, qui sait ce que c'est qu'être malade (4): qualité qui lui convient par excellence, pour plusieurs raisons. La première, parce qu'il a traité tous les malades depuis le commencement du monde; il doit donc connaître toutes nos maladies, en: ayant une si longue expérience. La seconde, parce qu'il les a prises sur lui , pour nous en délivrer; il en doit donc savoir la malignité. La troisième, parce qu'il sait comment il les faut guérir, comment il les faut fuir, et comment il les faut souffrir. La quatrième, parce qu'il en connaît toutes les suites , et les mauvais accidents qui en peuvent arriver.

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