‹ L'homme d'oraisonChapitre 4 sur 217 · CONSIDÉRATION · texte numérisé non relu

CONSIDÉRATION

Si le Fils de Dieu désire avec tant d'ardeur le salut de tous les hommes, d'où vient, me direz-vous, qu'il

(1) Multos bibit ; sed nunquàm crit sine siti. S. Aug. in Ps. 61.

(2) Sic et corpus capitis hujus usque in finera ab initio currit in »iti ? Et quasi ei diceretur : Quid in siti ? Quid tibi deest , ô Corpus Christi , 6 Ecclesia Christi ? In tanto honore , in tantâ sublimitate , In tantâ celsitudine , etiam et in hoc seculo constituta , quid tibi deest ? Imptctur de le quod pr;edictum est : Adorabunt eum omnes reges terrao, omnes gentes servient illi. Quid ergô sitis? Quid sitis PTanlis populis non satiaris ? Quos populos dicis?ore suobencdicubanl, et corde suo maledicebant. Multi vocati, panel autem electi. Ibid.

ne les sauve pas , puisqu'il peut faire tout ce qu'il veut? A cela les saints Pères ne trouvent point de meilleure réponse que celle du Fils de Dieu; aussi n'en doit-on point chercher d'autre. Il faut que tout esprit y acquiesce , à moins que de renoncer à la vérité même , qui justifiera un jour son procédé avec tant de force , que les réprouvés mêmes en demeureront convaincus. « Il veut certainement que tous les » hommes se sauvent, dit saint Chrysostome, mais tous » les hommes ne soumettent pas leur volonté à la sien- » ne; et pour lui, il ne contraint personne. C'est pour- » quoi il dit à ceux de Jérusalem: Jérusalem, combien » de fois ai-je voulu amasser tes enfants,» et tu ne l'as » pas voulu (1) ! » Si Dieu le veut, pourquoi ne le fait-il pas ? Parce qu'ils ne veulent pas. Car il ne fait rien en nous par nécessité (2). « On demande, dit saint » Prosper, si Dieu veut sauver tous les hommes? Et » parce qu'on ne le peut pas nier, on s'enquiert » pourquoi la volonté du Tout-Puissant ne s'accom- » plit pas (3). » Que répond cet excellent disciple de saint Augustin ? « Il est manifeste que Dieu veut » que tous les hommes soient sauvés par des moyens » différents, qui sont sans nombre. Mais ceux qui »> viennent sont conduits par le secours divin , et ceux » qui ne viennent pas résistent par leur opinià- » treté (4). » Peut-on donc résister à la volonté de Dieu? Il faut distinguer: s'il veut absolument qu'elle

(1) S. Chrysost. homil. 9. de Laud. S. Pauli.

(2) Si Deus vult , quare non fit quod vult ? Quia illi nolunt. Nihil enim ex necessitate facitinnobis Deus. Œcumenius , in 1. Tim. 2.4.

(3) Quaeritur utrùm Deus velit omnes homines salvos fieri , et quia hoc negari non potest, cur voluntas omnipotentis non implealur, inquiritur. S. Prosper. I. 1. devocat. Gentium. et, I. 2. c.28.

(4) Fit manifestum quôd diversis atque innumeris modis omnes homines vult Deus salvos fieri : sed qui veniunt , Dei auxilio diriguntur -, qui non veniunt, suâ perlinaciâ reluctantur. lbid.

se fasse indépendamment de la liberté de l'homme, on ne le peut empêcher. Qui résiste à sa volonté? dit saint Paul (1). Mais s'il veut que l'homme y consente, et coopère de sa part, s'il ne le contraint point, s'il le laisse en sa liberté , qui ne voit que si l'effet ne s'ensuit pas, c'est que la volonté humaine y résiste? Or c'est ainsi qu'il veut que tous les hommes se sauvent. Il ne les conduit pas comme des esclaves, il veut qu'ils contribuent à leur salut : il les a créés sans eux , mais il ne veut pas les sauver sans eux : cette conduite leur est plus glorieuse, car il veut qu'ils aient part à l'honneur de la victoire. Et d'ailleurs il est raisonnable qu'une conquête aussi grande qu'est celle du ciel, leur coûte pour le moins un généreux désir. Une éternité bienheureuse vaut bien peu si elle ne vaut un travail d'un moment, vu principalement que Jésus- Christ est mort, afin de nous mériter et obtenir le secours des grâces nécessaires pour accomplir ce qu'il exige de notre part. Si donc quelqu'un ne veut pas accepter cette condition , qui lui est si favorable , sur qui peut-il rejeter la cause de son malheur éternel, sinon sur sa lâcheté; s'il ne veut pas travailler à son salut, ou sur sa malice ; s'il ne veut pas s'abstenir de pécher, ou sur son orgueil et sa présomption; s'il néglige de s'humilier devant Dieu, d'implorer sa miséricorde , et de satisfaire à sa justice ? N'est-ce pas le reproche que saint Augustin fait si souvent aux pécheurs , qui pourraient se sauver s'ils voulaient correspondre à la grâce, que la bonté de Dieu leur présente, et qui périssent par leur faute, parce qu'ils ne le veulent pas? a Qui ne jugera, dit ce Père, que » c'est un très-juste châtiment, que ceux qui n'ont » point voulu se convertir pour se sauver, tombent » dans la confusion en se tournant vers la créature » pour se perdre (2) ? Certainement c'est par leur faute,

(I; Voluntati ejusquis resistit? Rom. 9. 19. (2) Quis non judicet esse justissimam pnenam , ul conversionem âd confusionem habeant, qui ad salutem habere nolnerunt?

» et non pas par une force étrangère , que pouvant » résister au mal, ils ne Vont pas voulu. Car s'ils » eussent résisté, ils eussent bien fait; et ne le fai- » sant pas , ils commettent un péché énorme. S'ils ont » pu le faire, et ne l'ont pas fait, assurément ils ne » Pont pas voulu. Donc s'ils ne l'ont pas voulu , leur » crime n'est pas nécessaire, mais volontaire (1).» Lorsque David dit que l'impie n'a pas voulu apprendre à faire le lien, il ne parle pas d'un seul homme (2). Il parle de tous les méchants qui sont ennemis d'euxmêmes, n'apprenant pas à bien vivre, non qu'ils ne le puissent; mais parce qu'ils ne le veulent pas. C'est pourquoi on leur dira au jour du Jugement : Allez, maudits , au feu éternel. Ceux qui seront à la gauche entendront ce funeste arrêt, et jetteront des cris d'une pénitence infructueuse : parce que, vivant de la sorte, ils n'ont pas voulu en faire une qui leur eût été salutaire (3). Us ne veulent pas maintenant être touchés d'une componction qui serait le remède de leurs maux: ils en auront quelque jour une autre qui fera leur supplice et leur tourment (4). Jésus est venu, mais il est venu premièrement pour sauver, et puis après pour juger, en condamnant ceux qui n'ont pas voulu

S.Jug.serm.G.in Ps.sub. finem adilla verba : Convertantur et confundantur.

(1) Hoc certè suâ culpà, non vi aliéna fecerunt, quod cîim possent resistere nialo, noluerunt : quod si facerent , benè facerent : siautem non facerent, graviter immaniterque peccarent. Si potuerunt, et non fecerunt, utiquè noluerunt. Si ergô noluerunt, voluntatis crimen est , non necessitatis. Idem, l. 22. contra Faitstum. c. 22,

(2) Non unum hominem , sed genus hominum iniquorum dicil ,1 qui sibi adversantur: non intelligendo ut benè vivant , non qui< nonpossunt, sed quia nolunt. In Psal. 35.

(3) Audientilli, qui ad sinistram erunt, et gement infructuos^ pœnitentiâ, quiacùm ità viverent , eam fructuosè noluerunt agere] Ibid.

(4) Nolunt modo habere compunctionem medicinalem , habej bunt posteà pœnalem. Idem, in Ps. 57.

être sauvés (1). C'est maintenant le temps de pardon pour ceux qui font pénitence; mais, après la mort, cessera le temps de la vengeance pour ceux qui négligent de confesser leurs péchés. Car tous les impies auront un amer repentir dans leurs tourments ; mais il leur est inutile pour le pardon. Le remords de leur conscience ne sert qu'à augmenter leur supplice ; car ils pouvaient éviter par la confession ces tourments horribles, et ils l'ont négligé (2).

(1) Venit Christus , sed primo salvare , posteà judicare ; eos jn dicando , qui salvari noluerunt. S. Aug. tract. 36. in Joannem.

(2) Tempus est nunc remissionis pœnitentibus; sed tempus err post mortem vindicationis negligentibus confiteri peccata sua. Omnes enim impii amaram habent in tormentis penitentiam , sed" non profîcit eis ad remissionem , sed conscientia torquet ad aug-> mentum pœnarum quas patiuntur. Potuerunt enim sibi per confeslionem praecavere lormentorum immanitatem, et neglexerunt. Idem, serm. 66. de ten\p.

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