CONSIDÉRATION
C'est une erreur de croire que le libre arbitre n'a point été affaibli par le péché du premier homme , et que sa faiblesse ne vient que d'une longue habitude que nous contractons par la rechute fréquente dans nos crimes, qui infecte tellement tous les hommes, et les engage si étroitement dans ses liens, qu'elle leur tient lieu, pour ainsi dire, d'une seconde nature. C'est en ce sens que les ennemis de la grâce détournaient les paroles de l'Apôtre, qui se plaignait de ce qu'il ne faisait pas le bien qu'il voulait; et qu'au contraire, il faisait le mal qu'il ne voulait pas. Et pour donner couleur à leur fausse interprétation, ils usaient de ce raisonnement captieux : Qui a fait le bon esprit ? indubitablement c'est Dieu. Qui a créé la chair ? le même Dieu, personne n'en doute. Par conséquent l'un
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et l'autre est bon, puisque Dieu, qui est bon, les a créés. Si donc l'esprit est bon et si fa chair est aussi bonne , comme ayant tous deux un bon principe, comment se peut-il faire que deux biens soient contraires et opposés l'un à l'autre (1) ? Mais cette vaine subtilité n'a pas empêché qu'ils n'aient été condamnés par les conciles, qui déclarent absolument que le libre arbitre a été blessé et affaibli par le péché d'Adam , et qu'il ne peut être réparé ni guéri que par la grâce du baptême (2).