‹ L'homme d'oraisonChapitre 48 sur 217 · III. CONSIDÉRATION · texte numérisé non relu

III. CONSIDÉRATION

Quand on dit que la mauvaise habitude est un esclavage volontaire , et que le pécheur qui s'y est engagé est tout ensemble esclave et libre , parce qu'il se peut dégager de ses liens, quelque difficulté qui se rencontre, ce n'est pas dire qu'il le puisse par ses propres forces , sans le secours de la grâce. 11 s'est fait lui-même une prison, et il y est entré de son plein gré ; mais il ne s'en peut pas tirer tout seul , il faut que Jésus Christ soit son libérateur. C'est lui, dit saint Ambroise,qui a le pouvoir de remettre les péchés , et qui dit à ceux qui sont dans les liens : Sortez d'ici. « 0 que » je serais heureux , s'il avait la bonté de me dire : » Sors de ta prison; dégage-toi de tes liens; défais-toi » des chaînes de tes péchés ; brise ces fers qui t'envi- » rcnnent et te tiennent captif: car encore que le pé- » ché d'habitude dans lequel je suis engagé, soit un » très-méchant et détestable maître, j'en serai délivré » par le commandement de celui qui a tiré en un » moment un voleur de la croix et l'a mis dans son » royaume (1). » C'est donc cet aimable Sauveur qui donne la force aux pécheurs de rompre leurs liens et de recouvrer leur liberté. Ils peuvent bien demeurer, s'ils veulent, dans leur prison, mais ils n'en peuvent pas sortir s'il ne leur tend la main , et véritablement il le fait d'une manière très - obligeante. Car , il ne refuse jamais son assistance, lorsqu'on la lui demande ; et souvent môme il l'offre à qui ne la demande pas. 11 nous prévient, il nous presse, il nous prie; mais il nous laisse touiours libres de refuser ou d'accepter la grâce qu'il nous veuiiaire. Voulez-vous pren-

(1) Utiuam mihi dicat : Exi de vinculis tuis ; exi do nexibus peccalorum. Etsi enini ncquissimus dominus et delcstabilis usas pec calorum, illo tamen jubenle liber ero, qui sub uno momenlo lalrocinii damnatum reum supplicio eripuit, constiluilque in regoo suo. S. Amb. serm. 8. in fiai. 118.

dre ce qu'il vous offre et vous en prévaloir, vous vous procurez un grand bien ? Le rejetez-vous , n'en tenez-vous compte, en faites- vous mépris, vous vous privez d'un don considérable qui vous serait très-salutaire. Dieu ne vous le fera pas prendre malgré vous; il ne contraint personne, il n'impose de nécessité à personne (1). Dieu nous a créés libres : nous ne sommes point attirés à la vertu ni au vice par nécessité. Autrement où il y a nécessité il n'y a point de damnalion ni de couronne. Qui ne l'avoue ? qui ne l'embrasse de tout son cœur (2) ? L'homme ayant été laissé à sa liberté et mis en possession de son franc arbitre , s'attire lui-même la mort ou le salut , selon sa volonté (3).

(1) Vis sumere quod offertur, atque in usus tuos convertere? consulueris tu libi. Aspemaris, contemnis, despicis? te muneris commoditateprivaveris. Nulli Deus nécessitaient affert.

(2) Liberi arbitrii nos condidit Deus. Nec ad virtutem , nec ad vitia necessitate trahimur. Alioquin ubi nécessitas est, nec damnatio , nec corona est. Quis non agnoscat? quis non toto corde suscipiat ? Arnobius , /. 2. contra génies. S. Hier, lib, 2. cont. Jovinianum, cujus dictum loto corde suscipit. S. Aug. lib. de naturd et grat. c. 65.

(3) Homo libertali suae relictus et in arbitrio proprio constitutus , sibimetipsi vel mortem appétit, vel salutena. S» Cypr. ep* 55. ad Cornelium.

îoim l'octave des rois.

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