‹ L'homme d'oraisonChapitre 50 sur 217 · I. CONSIDERATION · texte numérisé non relu

I. CONSIDERATION

Un des plus dangereux effets de la mauvaise habitude que nous contractons dans le vice , est la nécessité de pécner, qui est comme une chaîne fatale avec laquelle l'esprit des ténèbres nous tient dans l'ombre de la mort. Je ne sais par quel étrange et malheureux moyen la volonté dépravée par le péché s'impose à elle-même une espèce de nécessité , qui la lie tellement que ni la nécessité ne peut excuser la volonié , parce qu'elle est volontaire, ni la volonté ne peut exclure la nécessité , parce qu'elle est gagnée par son attrait (1). La mauvaise pensée produit la com-

(1) Nescio quo pravo et miro modo ipsa sibi volunlas peccato quidem in deterius mutata necessilatem facial, ut nécessitas, cùm

plaisance; de la complaisance naît le consentement; du consentement on passe à l'action ; de l'action, à la coutume; delà coutume, à la nécessité ; et de la nécessité, à la mort(l). Ainsi l'homme, s'étant engagé dans ces liens, se trouve si étroitement attaché au vice comme par une certaine chaîne, qu'il ne s'en peut défaire, si la grâce divine ne le prend par la main pour le tirer du malheur où il est tombé (2). Ses péchés, après l'avoir flatté, deviennent ses persécuteurs, il les admet en son cœur de son plein gré ; mais quand il veut s'en défaire, il ne peut plus. La mauvaise habitude lie son âme, en sorte qu'elle ne peut plus se redresser. Elle fait quelque effort , mais elle retombe ; parce que là même où elle s'est volontairement arrêtée , elle est contrainte de s'abattre contre son gré (3) . Sa fermeté se change en faiblesse, et son plaisir, en tourment. Au commencement il sucera avec plaisir le venin des aspics ; mais la langue de la vipère le percera avec douleur, et lui fera une plaie mortelle (4). Les premières tentations du diable lui seront agréables, et trouvant de la douceur dans ce venin , il le boira sans peine ; mais ensuite ce malin esprit, prenant empire sur lui, le contraindra de boire malgré lui le poison qui le fera mou-

voluntariasit, excusare non valeat voluntatem, neque voluntas, cùm sit illecta , necessilatem excludere. S. Bern. serra. 81. in Cant.

(1) Cogitalio prava delectalionem parit; delectatio , consensum ; consensus, aclionem; actio, consuetudinem ; consuetudo, cecessitatem; nécessitas, mortem. Idem, l. de inter.domo^c. 39.

(2) Sicque his vinculis homo implicatum quâdam catenà viliorum tenetur astrictus ità ut ab eâ evelli nequaquàm valeat, nisi divina gratia manum jacentis appréhendât. S. Isidorus , /. 2. sent. c. 23. init.

(3) Usitata culpa obligat mentem,ut nequaquàm surgere possit ad rectitudinem. Conatur enini, et labilur, quia ubi diù spontè stetit, ibi, etiam cùm voluerit, coacta cadit. S. Greg, homil. 31. in Evang.

(4)Caputaspidum suget, et occidet eurn lingua viperse. Job. 20,

ir. Car d'abord il se glisse doucement , mais enuite il l'entraîne avec violence. Le pécheur suce lonc la tête des aspics ; parce que le commencement le la tentation qui s'élève secrètement dans son cœur ui paraît peu de chose ; mais la vipère le tue , parce me le venin d'une violente tentation , lui ayant gagné e cœur, le fait mourir (1).

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