II. CONSIDÉRATION
Ce que l'homme ne peut faire par les seules forces de son libre arbitre , il le peut, il le doit faire avec le secours de la grâce. Il le peut , autrement le Prophète- Roi ne dirait pas : Répandez la joie dans l'âme de votre serviteur. Car, Seigneur , j'ai élevé mon âme vers vous (3). Elle rampait sur la terre , et elle n'y sentait que de l'amertume. Craignant donc que la tristesse ne la fit languir et dessécher , et qu'elle ne perdît toute la douceur de votre grâce, je l'ai élevée vers vous. Faites qu'elle trouve de la joie en vous ; car c'est vous seul qui en êtes la source : le monde est plein d'amertume (4).
S'il le peut, il le doit aussi : car l'Apôtre l'avertit de rechercher les choses qui sont dans le ciel, et d'y porter ses pensées et ses désirs(5). On lui dit tous les jours,
(1) Quid est quôd te, haeretice, jactas , quia tu solvis, tu erigis, tu illuminas? videlicet, quia liberatus jam es, et tu slas, et tu lumen es: absit.
(2) Dominus erigit elisos. Quarè elisi sunt ? quia erecli erant. Quarè erigunlur ? quia humiliati sunt. Cccidit atque humiliatus est Adam. Illececidit, Chrislus descendit. Quarè descendit qui non cecidit , nisi ut levaretur qui cecidit ?
(3) Lictifica auimam servi lui ; quoniam ad te, Domine, animant meam levavi. Psalm. 85.
(4) In terra erat, et in terra amaritudinem sentiebat. IVe in amaritudine contabesceret , ne omnem tuae gratiae suavitatcm amitteret, levavi eam ad te : jucunda eam apud le. Solus cnim tu esjucuadilas: amaritudine plenusest mundus.S. Aug. ibid.
(5)Quae sursùm sunt quœritc, ubi Chrislus est in dcxlcrà Dei
à l'autel, qu'il élève son cœur en haut : etsursûm corda; le Sauveur du monde lui fait entendre que c'est là qu'est ; son trésor, et que son cœur y doit aller. Le Seigneur vo* tre Dieu vous donne un conseil important qui regarde votre cœur : car il dit que votre cœur sera là où est votre trésor. Élevez donc , vous dit-il , votre cœur au ciel , de peur qu'il ne pourrisse dans la terre. Ce conseil est d'un ami qui ne vous veut pas perdre , mais vous sauver (1). ^Écoutez la vertu de votre Dieu , il n'y a rien de plus fort. Écoutez sa sagesse , il n'y a rien de plus éclairé ni de plus prudent (2). Élevez-vous donc vers lui ; ne perdez point l'espérance d'y parvenir ; ne dites point qu'il est trop difficile pour vous : il vous est beaucoup plus difficile d'avoir de l'or et de l'argent : car, pour le vouloir , vous n'en aurez peutêtre pas; mais pour Dieu vous l'aurez quand vous voudrez ; car il vient à vous avant même que vous en ayez le désir. Il vous a appelé lorsque votre volonté s'était détournée de lui : et après vous avoir converti , il vous a dooné delà terreur; et enfin la crainte vous ayant obligé à confesser vos péchés , il vous a consolé (3). Celui qui vous a fait tous ces biens, celui qui vous a donné l'être , celui qui fait luire son soleil sur
sedens : quae sursùm sunt sapite , non quœ super terram. Coloss. 3. 1.
(1) Ecce Dominus Deus tuus dat libi consilium de corde tuo. Ubi cnim,inquit, fuerit thésaurus tuus , illic erit et cor tuum. Leva, inquit , cor in cœlura, ne computrescat in terra : consilium est ejus qui te vult salvare , non perdere. S. Aug. serm. 50. de temp. et in Psalm. 85.
(2) Audi virtutem Dei,nihii fortius. Audisapientiara Dei , nihil prudentius. Ibid»paulb superiùs.
(3) Erige te ad illum , noli desperare, noli dicere : Multùm est ad ine. Magis mullùm est ad le habere aurum quod quseris. Aurum etsi volueris, forte non habebis : Deum , cùm volueris, habebis, quia et antequàm velis, venit ad te : et cùm aversà voluntate esses, vocavit te : et cùm conversus esses, terruit te: et cùm territus contitereris, consolatus est te. S. Aug. in Psal.
LECTURES SPUUl'obLLES. j.79
vous et sur les méchants qui sont parmi vous; celui qui vous donne à tous la pluie , les sources d'eau vive , la vie , la santé , les consolations , vous réserve encore quelque chose qu'il ne donne qu'à vous. Et que vous garde-t-il, sinon lui-même ? Dieu se réserve pour vous: demandez-lui quelque autre chose , si vous en trouvez qui vaille mieux. Avare, que cherchez-vous dans le ciel ou dans la terre avec tant d'empressement ? celui qui a fait le ciel et la terre vaut mieux incomparablement (1). C'est lui que vous verrez et que vous posséderez un jour. Quand vous voyez en passant une belle terre, un lieu délicieux, un palais superbe et magnifique, vous dites en soupirant : 0 qu'heureux est le maître à qui cela appartient ! Vous vous trompez , pourquoi aimez-vous le mensonge ? Écoutez la vérité. Heureux sont ceux qui ont le Seigneur pour Dieu et pour souverain bien(2). Aimez-le, possédez-le, vous l'aurez si vous voulez, vous Faurez même pour rien (3). Qui n'élèvera son cœur , entendant ceci? car tous aiment la béatitude : et c'est en cela que les hommes ont la volonté dépravée, parce qu'ils ne veulent pas être malheureux , et néanmoins ils veulent être méchants (4). Élevez-vous au-dessus de ces désirs terrestres, et demeurez dans l'éclatante lumière de la charité. Vous ne voyez pas Dieu ; mais si vous l'aimez, vous le posséderez (5). Désirez donc ce souverain
(1) Pete aliud si melius inveneris, setibiservat Deus. Avare, quid inhias cœlo et terrae? melior est qui fecil cœlum et terram : ipsum visurus , ipsum habiturus es. S. Aug. in ps. 32.
(2) Beata gens, cujus est Dominus Deus ejus Ibtd.
(3) Hoc ama , hoc posside , hoc cura vis hahelus , hoc graùs habebis. Ibid.
(4)Quis est qui non hoc audito erigat se? amant enim omncs beatitudinem , et idée perversi sunt homines , qui mali esse volunt, miscri nolunt. Ibid.
(5; Erigile vos ab lutulentâ istà cupiditate , ut raaneatis in illuminatissimà chantate. Deum non vides : ama, et habes. S. Aug. ter nu de divertis , c. 3.
180 l'homme d*ora.ison.
bien, afin de le posséder. Car alors vous serez bienheureux (1).