III. CONSIDÉRATION
Il est vrai , me direz-vous, vous me donnez un sage conseil, en m'exhortant d'élever mon cœur de la terre. Mais comment le puis-je faire ? De quelles cordes , de quelles machines, de quelles échelles faut-il se servir(2)? Les degrés par lesquels il faut monter, sont vos affections; le chemin qu'il faut dresser, c'est votre volonté. Vous montez en aimant le souverain bien; vous descendez en le négligeant. Si vous aimez Dieu ,vous êtes dans le ciel , encore que vous soyez sur la terre. Car , on n'é- Sève pas le cœur comme le corps. Le corps change de place pour être élevé : le cœur change de volonté (3). Qui fait ce changement ? la foi , qui élève l'esprit ; l'amour de Dieu, qui élève le cœur. Car la machine du cœur, c'est la force de l'amour, qui l'élève en haut, en le retirant du monde (4). Élevez votre foi, réveillez votre cœur. Souvenez-vous de l'homme dans la personne duquel nous avons été trompés; souvenez- vous de celui par lequel vous avez été rachetés (5). Séparez-vous du premier, qui nous a causé la mort; élevez-
(1) Ergo desiderate, ut habeatis, tùnc démuni beati eritis. S. Aug. in Psal. 32. supra citatum.
(2)Etundè, inquis, possum ? qui furies, quae machinae , quce scalae opus surit ? S. Aug. in Psal. 85. longé post initium.
(3) Gradus affectus sunt : iter tuum voluntas tua est. Amando ascendis, negligendo descendis. Stans in terra, in cœlo es, si diligas Deura. Non enim sic levaturcor, quomodô levatur corpus. Corpus ut levetur , locum mutât; cor ut levetur , voluntatem mutât. Ibid.
(4) Machina enim cordis est vis amoris , quae dùm cor à mundo extrahit , in altasuslollit. S. Greg. I. 6. moral, c. 17.
(5) Erigite fidem , evigiletcor vestrum : recordamini homincm in quo decepli sumus ; recordamini hominem à quo redempti sumus. S. Aug. serin. 86. de divers, c. 2.
vous par la foi et par amour vers le second , qui est la source du salut. Ce salut n'est point ici-bas. Le cœur en haut, le cœur en haut. Pourquoi cherchez-vous le salut ici-bas en terre ? Le Fils de Dieu 7 qui est le salut même, est venu ici, et n'y a trouvé que la mort(l). C'est pourquoi il est remonté dans le ciel, afin de nous exciter à y monter après lui. Élevons donc les yeux de l'esprit, et d'une vue libre et dégagée portons-nous vers Jésus-Christ, qui est au plus haut des cieux. Que les désirs terrestres n'abaissent point des cœurs qui sont appelés à des choses plus hautes ; que des biens qui doivent périr n'occupent point des âmes prédestinées à un bonheur éternel; et que les faux attraits d'un monde trompeur ne retardent point la course de ceux qui sont une fois entrés dans les voies de la vérité (2).
0 le Dieu de mon cœur, faites que j'aspire sans cesse là où nous croyons que vous êtes monté. Que je ne sois que de corps dans ce lieu de misère , et de cœur et d'esprit avec vous, qui êtes mon trésor infiniment précieux, souverainement aimable et désirable par-dessus toutes choses. Que mon âme , Seigneur, prenne des ailes d'aigle , et qu'elle vole sans se lasser : qu'elle vole, dis-je , jusqu'à votre sainte maison , afin d'en admirer la beauté (3). Donnez-moi , je vous conjure, les ailes de la contemplation, afin qu'en étan^ revêtu, je m'élève en haut, et prenne le vol vers
(1) Non est hic talis salus : sursùm cor. Quid hic quaeris in terra «alutem hanc ? Ipsa salus hue venit, et mortem nostram hic invenit. lbld.C.3.
(2) Liberos igitur cordis oculos ad illam altitudincm , in quà Christusest, erigamus. Sursùm vocatos animos desideria terrena non déprimant, ad œlerna praeelectos peritura non occupent, fiam veritatis ingressos fallaccs illecebrae non retardent. 5. Léo, ëerm. de Ascensionc.
(3) Assumât, Domine, assumât , rogo, spiritus meus pennas ulaquile, ut vulitet, et non deficiat, volet et perveniat usqu» aJ decorem domùs tuae.
vous (1). Tenez mon cœur de voire main; parce que sans vous il ne peut s'élever si haut. Tenez et conduisez mon esprit , et l'enlevez selon votre volonté ; afin que, sous votre conduite , il monte jusqu'à celte région fertile, où vous paissez éternellement Israël de la délicieuse pâture de votre vérité (2).
(1) Da mihi , rogo, contemplationis pennas, quibus indutus , ad Je volitem sursùm. S. Aug. I. Médit, c. 37.
(2) Tene cor meum manu tuâ ; quia sine le adaltiora non rapitur. Tene etrege spiritum meum, et assume illum secundîim voluntatem tuam , ut te duce ascendat in illam regionera ubcr* tatis, ubi pascis Israël in acternum pabulo veritatis tuae.
pour le mardi de la première semaine après l'épiphanie.