III. CONSIDERATION
Cette admirable constance nous montre que Pattrait divin est nécessaire à l'âme qui veut suivre Jésus-Christ, non-seulement pour agir avec ferveur, mais encore pour souffrir , à son exemple , vu la répugnance que nous avons tous à supporter les afflictions, qui ne sont que trop fréquentes en cette vie. C'est ici que l'Épouse a besoin d'être attirée absolument par celui-là même qui dit: Sans moi vous ne pouvez rien faire (1). Car c'est en ces occasions qu'elle a plus besoin de secours pour se renoncer soi-même, et suivre Jésus-Christ en portant sa croix (2). C'est pour cela qu'elle doit dire : Je sais que je ne puis parvenir à vous qu'en marchant après vous , et que je ne puis aussi marcher après vous, si je ne suis aidée de vous. C'est pourquoi je vous prie de me tirer après vous. Car celui que vous aidez est heureux ; il dispose dans son cœur des moyens pour s'élever à vous dans cette vallée de larmes , espérant de parvenir à vous sur ces montagnes , où l'on trouve la source des joies qui ne tarissent jamais (3). Mais, hélas! qu'il y en a peu de ce nombre! 0 Seigneur Jésus, qu'il y en a peu qui veuillent aller après vous , et toutefois il n'y a personne qui ne désire parvenir à vous ; parce qu'ils
(1) Hic prorsùs trahi necesse habet Sponsa , nec sanè ab alio quàm ab eo ipso , qui ait : Sine me nihil potestis facere. S. Bern. Ibid.
(2) Inhis quippe maxime opus est adjutorio, quo valeatabnegare semetipsam , et tollcre crucem suam, et sic sequi Christum.
(3; Trahe me post te. Scio me nequaquàm posse pervenire ad te, nisi gradiendo post te j sed ne hoc quidem nisi adjutam abs te, ideoque precor ut trahas me post te. Beatus siquidem cujus est auxilium abs te, ascensiones in corde suo disposuit in valle lacrymarum : perventurus quandoquè ad te in montibus gau» dioruci. Ibid.
LECTURES SPIRITUELLES. JS8
avent tous que les vrais plaisirs sont dans vos mains. C'est pourquoi ils veulent tous jouir de vous , mais ils n'ont pas la même ardeur pour vous imiter ; ils veulent bien régner avec vous, mais non pas souffrir avec vous (1). Chacun dit avec empressement: Tirez-moi à vous; mais il n'y a que l'Épouse, c'est-à-dire Pâme parfaite , ou désireuse de sa perfection , qui dise de grand cœur : Tirez-moi après vous .' nous courrons à l'odeur de vos parfums (2). Elle ne dit pas, comme remarque saint Bernard , tirez-nous après vous : elle ne parle que de soi, lorsqu'il est question de souffrir. Chàtiez-moi toute seule , ô mon cher Époux ; tentez-moi , exercez-moi , tirez-moi après vous ; car je suis prête à recevoir et à porter toutes sortes d'afflictions (3). Mais pour les autres , épargnez-les , s'il vous plaît ; et quand je serai élevée en croix avec vous, je les attirerai à vous. Car je suis bien aise qu'elles courent avec moi, mais non pas qu'elles soient tirées comme moi. Je souhaite de les avoir pour compagnes dansles consolations, mais Bon pas dans les travaux (4). Nous courrons toutes ensemble avec une sainte émulation : pour moi , je serai attirée toute seule par le chemin des souffrances ; mais nous courrons ensemble par la voie des consolations. Nous courrons, mais ce sera à l'odeur de vos parfums, et non pas dans la confiance en nos mérites (5).
(1) Quàmpauci post te , ô Domine Jesu, ire volunt, cùm tamen ad te pervenire nemo sit qui nolit , hoc scientibus cunctis; quiadelectationes in dexterà tuà usqua in finem : et propterea volunt omnes te frui , at non ità et imilari : conregnare cupiunt , sed non compati. 5. Bern. Ibid.
(2) Tratae me post te : curremus in odorem unguentorum tuo-
rum. Cant. 1. 3.
(3) Me , inquit , ô Sponse , corripe ; me exerce , me tenta, me trahe post te : quoniam ego in flagella parata sum.
(4) Mecum volo ut currant , sed non ut mecum trahantur. Volo habere socias consolalionis , non autem et labons.
(5) Certat.m sirnul curremus, sola trahar, sed simul curremus. Curremus, curremus, sed in odore unguentorum tuorum , non in nostrorum ti.lucià meritorum. Ibid.
f02jr le mercredi de la premiere semaine après l'épiphanie.