I. CONSIDÉRATION
Le concile de Trente use de cette manière de parler dans la sixième session, où il déclare que personne ne peut, sans l'inspiration prévenante du Saint-Esprit, et sans son secours, croire, ni espérer, ni aimer, ni se repentir de ses péchés comme il faut, pour obtenir la grâce de la justification (1). Le concile dOrange s'en est aussi servi en plusieurs canons. Car il assure, dans le sixième, que celui-là résiste à l'Apôtre, qui
(1) Si quis dixerit sine prœveniente Spiritùs sancti inspiratione , atque ejus adjutorio, hominem credere , sperare, diligere , aul çœnilere s icut oportet, ni eijustificationisgratia conferatur, anaihema sit. Conc. Trid. sess. 6. car. 3.
lit que nous obtenons miséricorde en croyant, eh foulaut, en désirant, et en demandant sans le secours le la grâce de Dieu, et qui ne confesse pas que c'est )arrinfusion et l'inspiration du Saint-Esprit en nous, ju'il se fait divinement que nous pouvons croire, vois* oir, ou agir, et faire toutes choses comme il faut. Dans le septième, il déclare que celui qui soutient ju'on peut par les forces de la nature former , comme il est expédient, quelque bonne pensée, ou faire élection de quelque bien qui ait rapport au salut de la vie éternelle , est trompé par l'esprit d'erreur.
Et dans le vingt-cinquième il enseigne que , selon les saintes Écritures et les décisions des anciens Pères de l'Église, le libre arbitre a été tellement abaissé et affaibli par le péché de notre premier père , que personne depuis ne peut aimer Dieu comme il faut , ou croire en Dieu , ou faire quelque bien pour l'amour de Dieu, si la grâce et la miséricorde divine ne le prévient.
IL CONSIDÉKATION.
Agir comme il faut, aimer comme il faut, croire comme il faut, c'est assortir ces actions de tout ce qui est nécessaire pour les rendre telles, qu'elles puissent servir de dispositions à la justification, ou de moyens utiles pour obtenir le salut.
Pour cela il ne suffit pas que ces actions soient moralement bonnes. Car, comme dit saint Augustin, les infidèles et les impies font quelquefois des actions que non-seulement nous ne pouvons blâmer selon les règles de la justice, mais que nous avons sujet de louer (1). Et néanmoins ce saint docteur ajoute aussitôt après, que comme quelques péchés véniels, sans lesquels la
(1) Qnœ secundùm justitia rcgulam non modo viluperarc non possumns, verùm etiam meritô rectcque Iaudamus. .V. Augv.it, i. de spirit. et lit. c. 28.
Vie présente ne se passe point, n'empêchent pas le juste d'arriver à la vie éternelle, de même quelques bonnes œuvres , sans lesquelles il est difficile que les plus grands pécheurs passent leur vie , ne servent de rien à l'impie pour parvenir au salut éternel (1). C'est pourquoi il dit, dans un autre lieu, que les œuvres qu'on appelle bonnes, qui se font avant la foi, quoique l'exercice en soit louable, sont néanmoins vaines, c'est-à-dire, inutiles pour le salut (2).
Il n'est pas aussi nécessaire pour agir comme il faut , selon les sens des conciles et des Pères , c'est-à-dire , pour nous disposer à la grâce de la justification , d'agir toujours par le pur amour de Dieu, ou de rapporter actuellement son action à la pure charité ; c'est assez qu'elle soit telle qu'on l'y puisse rapporter, et qu'elle soit faite par l'inspiration du Saint-Esprit, pour quelque autre louable et honnête motif, ou, pour me servir des termes de saint Augustin, pour quelque amour de justice, en tant que ce mot de justice comprend toutes sortes de vertus et. de bonnes œuvres , suivant ce que dit saint Paul : Au reste, mes frères , que tout ce qui est véritable, tout ce qui est chaste, tout ce qui est juste, tout ce qui est saint, tout ce qui est aimable , tout ce qui est d'édification et de bon exemple, tout ce qui est vertueux , tout ce qui est louable dans le règlement des mœurs j soit l'objet de vos pensées et l'entretien de votre esprit (3). C'est eu ;e sens qu'il faut prendre ce que
(1) Sicut non impediunt à vitâ œternàjustum quœdam peccata venialia,sinè quibus haec vita non ducitur : sic ad salutem œiernam nihil prosunt impio aliqua bona opéra , sine quibus difficillimè vila cujuslibet hominis pessimi traducilur.
(2) Ea opéra quae dicuntur bona anle fidem , quamvis laudabiliter fiant, inania sunt. S Aug.prœfal. in Psal, 31.
(3) De caetero , fratres , quaecumque sunt vera , quaecumque pudica, quaecumque justa , quaucumque sancta, quaecumque ama-
dit saint Augustin, qu'on remontre aux hommes ce qu'ils doivent faire , afin que lorsqu'ils le font comme il le faut faire , c'est-à-dire , avec amour et complaisance dans la justice , ils se réjouissent d'avoir reçu cette douce pluie que Dieu leur a donnée , afin que leur terre pût produire ses fruits (1).