‹ L'homme d'oraisonChapitre 70 sur 217 · II. CONSIDÉRATION · texte numérisé non relu

II. CONSIDÉRATION

Cette victoire que la grâce du Fils de Dieu nous donne sur la concup scence et sur les ennemis de notre salut, est admirable; mais celle qu'elle remporte sur nous est encore plus merveilleuse. Car elle n'aide pas seulement notre volonté à combattre et à vaincre tout se qui s'oppose à notre salut , mais elle surmonte encore les résistances qu'elle apporte souvent ellemême aux lumières et aux bons mouvements que le Saint-Esprit lui donne,agissant d'une admirable manière dans nos cœurs pour nous soumettre à la foi (2). Ce qui paraît avec un merveilleux éclat dans la conversion de saint Paul ; car ayant de l'aversion pour la foi qu'il détruisait, et lui étant extrêmement contraire, tout d'un coup il se convertit par une grâce plus puissante que son aversion , en sorte que non-seulement il crut volontiers ce qu'il ne voulait pas croire ; mais encore de persécuteur il devint martyr pour la défense de la foi qu'il avait persécutée (3). La merveille de ce changement inespéré , est que la grâce de Jésus-Christ triomphe si glorieusement du cœur de ses élus , qu'elle ne surmonte pas seulement leur aversion , mais elle la change en inclination, et leur rend sa victoire si agréable, qu'ils seraient bien marris de n'être pas vaincus. C'est pourquoi on leur pourrait dire par un véritable

(i) Da mihi, Domine, gratiara tuam quâ potens est omnis infirmus, qui sibi per illam conscius sit infirmitatis suae.

(2) Miro modo agens in cordibu* nostris utcredamus. Lib. 1. de Prœd. sanctorum. c. 3.

'3) Aversus quippè à fide, quam vastabat, eique vehementer adversus, repente est ad illam gratià potentiore conversus... Ut non solùra ex nolente fieret volens crcdcre , veriim etiam ex pers' nitore porseoulionem , in eju» fidei quam pcrscquebatur defconone pateretur. Ibid. c. 2.

sentiment de leur bonheur, ce que le prophète lsaïo disait aux ennemis du peuple de Dieu, comme par manière d'insulte (1) : Assemblez- vous, peuples, et soyez vaincus; réunissez vos forces, et soyez vaincus ; prenez vos armes, et soyez vaincus; ne craignez point de perdre la victoire (1). Cette perte vous sera avantageuse , en vous opposant à la grâce; vous vous rendez criminels, dignes de blâme et de châtiment. En vous laissant vaincre à la grâce, vous devenez enfants de Dieu, dignes de la couronne et du royaume céleste. Faites donc tous vos efforts pour perdre la victoire. Faut-il de la force pour être vaincus ? oui, pour être vaincus par vous-mêmes. Car c'est par vous-mêmes que la grâce de Jésus-Christ combat contre vous-mêmes, et sans votre consentement, toute-puissante, tout invincible , toute victorieuse qu'elle est, elle ne remporterait pas la victoire. Ainsi vous êtes vainqueurs, étant vaincus ; vous gagnez la victoire en la perdant ; vous la partagez avec la grâce ; elle vous en laisse le profit, et vous lui en rendez toute la gloire.

Nous rendons grâces à Dieu, dit saint Paul , qui triomphe toujours de nous, et qui nous fait toujours triompher en Jésus-Christ , et qui répand par nous en tous lieux l'odeur de sa connaissance (2). Ce triomphe, soit actif ou passif, nous est également avantageux en quelque manière qu'on le considère. Car si la grâce triomphe de nous, elle n'attaque notre mauvaise volonté que pour la rendre bonne. Elle ne détruit point sa liberté , elle ne la nécessite point; au contraire, elle l'arme, elle la fortifie et la délivre de la servitude. Et si elle

(1) Congregamini, populi, el vincimini; confortamini, et vincin-inï : accingite vos et vincimini. Isa. 8. 9.

(2) Deoautemgratias qui sempertriumphat nos inChristo Jesu, et odorem notilise suœ manifestât per nos inomni loco. 2. Cor. 2.14

nous fait triompher, c'est pour nous faire goûter le» fruits de la victoire qu'elle nous donne , après avoir combattu courageusement contre les tentations du monde , de la chair et du diable. Justes qui combattez , écoutez-moi , je parle à ceux qui vont au combat. Ceux qui combattent m'entendent ; celui qui ne combat point ne m'entend point (1). Que prétendez-vous, saints et braves guerriers ; généreux soldais de Jésus-Christ, que désirezvous ? qu'il if y ait plus en vous de passions et de mouvements déréglés ? cela n'est pas en votre pouvoir. Faitesleur la guerre et espérez la victoire et le triomphe (2), Pendant que nous vivons nous sommes dans le combat ; pendant que nous combattons , nous sommes dans le danger; mais parmi tout cela nous demeurons victorieux par celui qui nous a aimés (3). Car c'est lui qui nous prescrit les règles du combat et qui nous donne les forces pour les garder. En voici quelques-unes que vous ne devez pas ignorer.

1. C'est l'esprit de Dieu qui combat dans vous contre vous-même, contre ce qui est dans vous contraire à vous (4). Suivez donc l'esprit de Jésus et tenez toujours son parti. C'est lui qui vous gouverne et qui vous soutient. Vous avez besoin que l'esprit de Dieu vous gouverne, afin que vous puissiez gouverner vos passions : car ce combat est si dangereux, que si celui qui vous

(1) Attendite, sancti, quicumque pugnatis. Prœliantibus loquor. Intelligunt qui pugnanl, non me intelligit qui non pugnat. S. Aug. serm. 43. de verbis Dom.

(2) Quid enim vultis , 6 sancti, à boni prœliatores , à fortes milites Christi ? Quid vultis? ut non sint omnes concupiscenliaa mais ? sed non polestis. Exercetc hélium , sperate triumphum. Ibid.

(3; Quamdiù vivitnus, pugnamus; quamdiù pugnamus, periclilamur : sed in his omnihus superamus per cum qui dilexit nos. Ibid.

(4) Spiritus Dei est qui pugnat in te adversùs te, adversùs il* lud quod est in te contra te. S. Aug. serin. 43. de verbis Do* minU

conduit , vous abandonne 9 votre ruine est inévitable (1).

2. Le désir de vaincre fait une grande partie de la victoire. Ce désir augmente les forces, anime le courage, affaiblit l'ennemi, modère le travail, réjouit l'esprit , sert de disposition à la grâce , et rend l'homme aimable à Dieu (2).

3. Ne mettez votre confiance en aucunes armes , ni en aucun remède humain, mais dans la seule vertu de Jésus-Christ, qui a dit : Ayez confiance en moi, j'ai vaincu le monde (3). Ayez donc toujours recours à lui , et prenez la prière pour votre bouclier , qui vous rendra invincible.

4. Que le chrétien s'efforce de vaincre comme Jésus- Christ a vaincu, afin qu'il soit après la victoire au même lieu que Jésus-Christ (4). Comment est-ce que Jésus- Christ a vaincu? en souffrant jusqu'à la mort de la croix. Parcourez tout ce que vous avez jamais souffert ou que vous pouvez souffrir, il n'y a rien qui ne vous rende conforme en quelque chose à Jésus-Christ , et qui n'ait rapport à quelque partie de sa croix. C'est de là que vous devez tirer votre force. S'il est question , par exemple, de mortifier votre goût, sou venez- vous du fiel et du vinaigre qu'on lui donna à boire sur le Calvaire. S'il faut réprimer l'incontinence de votre langue, souvenez-vous de son silence, qui étonna son juge et confondit ses accusateurs.

(1) Debes régi , ut possis regere. Nam lucta ista tàm periculosa est , ut si dimiserit rector , ruina sequatur.

(2) Magna victorise pars est vincendi. Desiderium vires auget, cor attollit , débilitât adversarium, laborem tempérât, exlularat mentem , disponit ad gratiam , et Deo reddit amabilem. S. Laur. Justin, de casto connub. c. 3.

(3)In nullisarmis,nec in quoquamalio remedio humano confidas , sed in solà virtute Jesu Christi , qui dixit : Confidite , egd vici mundum. Idiota.

(4) Quomodo vicit Christus , vineere appelât Christianus, ut ubi est Christus, esse mereatur Christianus. S.Jug. sera»' £4. de tandis»

5. Quand vous êtes attaché au combat, souvenez- vous de la victoire ; et quand vous avez vaincu, souvenez vous du combat qui suivra bientôt après (1) : le plaisir de la victoire adoucit la peine du combat ; et le danger du combat réprime l'orgueil et la vaine joie de la victoire,

6. Vous avez tant de fois éprouvé la bonté d'être vaincu , éprouvez au moins une fois le plaisir qu'il y a d'être vainqueur (2).

(1) In pugnà semper victorise , et in Victoria semper sis memor pugnse. Idloia.

(2) Qui millies expertus est quid sit ccdere tentationi , deberet semel saltem experiri quid sit vincere tentationem. Ibid.

pour le vendredi de la première semaine âpres l'épiphame.

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