V. ATTRAIT D'AMOUR
Jésus souverainement aimable , comme l'auteur de \à.
grâce.
De la grâce victorieuse , et de ses admirables effets.
Deo autem gratias , qui dédit no bis vicloriam per Dominum
nostrum Jesum Chris tum.
Rendons grâces à Dieu , qui nous a donne' la victoire par notre
Seigneur Jésus-Christ. 1. Cor. 15. 57.
La grâce victorieuse de Jésus- Christ est admirable , si l'on considère la victoire qu'elle nous donne sur le péché ; plus admirable , si l'on considère la victoire qu'elle remporte sur nous-mêmes; très-admirable , si l'on considère qu'en triomphant de la volonté de l'homme , elle laisse au vaincu tout le fruit de sa victoire et ne s'en réserve que la gloire. C'est à tort que quelquesuns cherchent des excuses à leurs désordres et nous disent : Je ne puis accomplir ce qui m'est ordonné , oarce que la concupiscence me surmonte et m'emporte sans résistance (1). Car l'Apôtre leur répond d'une
(I) Non possum facere quod praecipitur, quoniam concupiscente mcâ vincor. S.Aug. lib. de grat. et lib. arb»
manière qui fait voir qu'il De tient qu'à eux de n'être pas vaincus. Ne vous laissez point vaincre par le mal , mais surmontez le mal par le bien (1). Car, comme dit saint Augustin , avertir quelqu'un de ne vouloir pas se laisser vaincre par le mal, c'est s'adresser à son libre arbitre, et lui dire qu'il est en son pouvoir de n'être pas vaincu ; car vouloir et ne vouloir pas sont des actes de la propre volonté (2). Tant de choses qui nous sont prescrr tes dans la loi de Dieu , que nous marquent-elles, sinon le libre arbitre? car on ne les commanderait pas si l'homme n'avait sa propre volonté , par laquelle il peut obéir aux commandements divins (3). Mais il faut remarquer que , pour les accomplir, le libre arbitre ne suffît pas sans la grâce. C'est un don de Dieu sans lequel on ne peut pas garder les préceptes (4). Je savais , dit Salomon au livre de la Sagesse, que je ne pouvais avoir la continence si Dieu ne me la donnait, et c'était déjà un acte de sagesse de savoir de qui je devais recevoir ce don (5). Ce qui fait qu'on viole les commandements de Dieu , c'est que chacun est tenté par sa propre concupiscence, qui l'emporte et qui l'attire. Alors s'il dit : Je voudrais bien garder la loi , mais je suis vaincu par ma propre concupiscence ; l'Écriture lui répond , comme j'ai dit ci-devant: Ne vous laissez point vaincre par le mal , mais surmontez-le par le bien. Ce qui se fait néanmoins avec le secours de la grâce, et si elle
(1) Noli vinci à malo, sed vincc in bono malum. Rom. 12. 21.
(2) Ulique cui dicitur : Noli vinci à malo, arbilriura sine dubio voluntatisejus convenitur : velle enim et nolle propriœ voluntatis est. S. Aug.
(3) Numquid tàm multa quae prœcipiuntur in lege Dei , indicant aliud quàm liberum arbitrium ? neque enim prseciperentnr nisi homo h a béret propriam volunlatem quâ divinis praecepns obediret. Ibid.
(4) Deidonum est, sine quoservari praecepta non possunt.
(5) Et ul scivi quoniara aliter non possem esse continens, nisi Oeus det ; et hoc ipsum erat sapientiaj; scire cujus esse hoc d«oum. Sap. 8. 21.
n'aide la volonté , la loi même ne servira qu'à fortifier le péché. Car la concupiscence s'augmente et prend de nouvelles forces à l'occasion de la défense de la loi , si l'esprit de la grâce ne vient au secours (1). C'est ce que veut dire l'Apôtre par ces paroles : Le péché est l'aiguillon de la mort, et la loi est la force dupéché : mais rendons grâces à Dieu, qui nous donne lavictoire par notre Seigneur Jésus-Christ (2). D'où saint Augustin tire cette conclusion : Donc lavictoire qu'on remporte sur le péché n'est autre chose qu'un don de Dieu qui aide le libre arbitre (3). Donc,que chacun en combattant contre sa concupiscence ait recours à la prière, afin de n'entrer point dans la tentation, c'est-à-dire de ne s'y laisser point emporter ni attirer. Il n'y entre point s'il surmonte la mauvaise concupiscence par une bonne volonté : mais , pour la surmonter , le libre arbitre de la volonté humaine ne suffît pas , si le Seigneur n'accorde la victoire à celui qui lui demande la grâce de n'entrer point dans la tentation (4). Seigneur , donnez-moi votre grâce, par laquelle tout homme faible devient fort,
(1) Ubi si dixerit , Volo servare, sed vincor à concupiscenliâ meâ , respondct Scriplura libero ejus arbitrio , quod jàm superiùs dixi : Nolivincià malo,sed vince in bono malum. Quod tamen ut fiât adjuvat gratta, quœ nisi adjuverit, nihil lex erit nisi virlus peccati. Augelur enim concupiscentia, et majores vires, accipit lege prohibente , nisi adjuvet spiritus graliae. S. August.
(2) Stimulus autem mortis psccatum est; virtus vero peccati lex Deo autem grattas, qui dédit nobis victoriam per Dominum nostrum Jesum Chrislum. 1. Cor. 15. 56 , 57.
(3) Ergô Victoria quà peccatum vincitur, nihil aliud est quàm Jonum Dei in isto certamine adjuvantis liberum arbitrium. S. Aug.
(4) Ergô unusquisque contra suam concupiscentiam dimicans oret ne intret in tentationem; non autem intrat in tentationem, si voluntate bonàvincat concupiscentiam malam. Nec tamen sui- Ucit arbitrium voluntatis humanae , nisi à Domino Victoria concedaturoranti ne intret in tentationem.
pourvu que par elle il connaisse sa propre faiblesse (1).