II. CONSIDÉRATION
S'il peut amollir les cœurs les plus durs, pourquoi ne le fait-il pas ? Il ne tient pas à lui : comme il le peut facilement, il le veut aussi sincèrement : il ne manque à rien de sa part : Qu'ai- je. dû faire à ma vigne , que
(1) Anima mea liquefacta est, ut dilectus loculus est.
(2) Ausculta , et recole quid locutus Mariae Magdalense , quid Samaritanae, quid Chananœse, Zachaeo, Petro, Centurion i : ad tôt pietatis sermones, et clementise, cujus non mollescat aflectus, viscera liquescant. Gillib. Abbas serm. 44. in Cant.
(3) Déclinât delictum ut flumen pacis, sed ut gloriœ torrens pef transit, sicul torrens igneus liquescere faciensanimam , quam mundat, quam reficit, quam transit. 0 quàm dulcishora, quando anima huic igneo torrenti liquefacta miscetur ! Quàm subtilis est iû illo momento! quàm exlenuata! quàm mobilis ! tiihil tune tepôrishabet, nihil duritiae reiiquum, nihil rigoris , iantummod-) -aléns et liquens.
je n'aie pas fait (1)? 11 leur donne à tous la grâce de prier, qu'il ne refuse à personne. 11 n'attend pas même souvent qu'ils le prient; il les prévient par des attraits merveilleux , comme il paraît par l'exemple de tant d'infidèles , à qui il a fait miséricorde , lors même qu'ils rejetaient la foi et qu'ils persécutaient sa doctrine , les convertissant avec une admirable facilité digne de sa toute-puissance , et leur faisant vouloir ce qu'ils ne voulaient pas auparavant (2). Qui est plus croyable en cela que saint Paul , qui témoigne que sa conversion inespérée donna sujet aux fidèles de rendre gloire à Dieu des grandes choses qu'il avait faites en sa personne , et de dire avec étonnement : Celui qui autrefois nous persécutait y annonce maintenant la foi qu'il s'efforçait alors de détruire (3) ? Qui en peut mieux parler que saint Augustin , qui ne peut assez admirer la bonté et la douceur avec laquelle Dieu le retira de l'erreur et du vice ? « Seigneur , dit-il , votre très-douce et très- » miséricordieuse main touchant peu û peu et amol- » lissant mon cœur, vous me fîtes connaître que nous » sommes trop faibles pour trouver de nous-mêmes la » vérité par des raisons évidentes, et par conséquent » que nous avions besoin de l'autorité des livres di- » vins ; et dès-lors je commençai à croire que vous » n'en auriez pas donné une si grande par tout l'uni- » vers à l'Écriture , si vous n'aviez voulu que par elle » on crût en vous, et par elle on vous cherchât. Et » son autorité me semblait d'autant plus digne de foi , » plus sainte et plus vénérable , que d'une part elle
(1) Quid debui facerc vinese meae , et non feci ? Is. 5. 4.
(2) Quihusnon ci credenlibus, et ejus doclrinam voluntatcimpiâ persequenlibiM misericordiatn praerogavit eosque ad seipsiu» omnipoteutissimâ facilitate convertit , ac volenies ex nolentibus fecit. S. Aug.cp. 107. adVitalem Carthagin.
(3) Nonne hic est qui expugnabal in Jérusalem cos qui invocabant nomen istud : et hue ad hoc venit, ut vinctoi illos ductrel ad principes sacerdotum ? Act.Apost. 9. 21.
» est proportionnée à l'intelligence de tous ceux qui » la veulent lire , et que de l'autre elle renferme, dans » le sens caché sous l'écorce de la lettre, la sublime » dignité de ses mystères secrets, s'exposant ainsi » aux yeux et à la lecture de tous les hommes , par des » termes très-clairs, et par des expressions très-sim- » pies , et exerçant en même temps toute la force et » l'application des plus solides esprits ; afin de recevoir •> tous les hommes familièrement dans son sein, et »> d'en conduire vers vous par des sentiers étroits un » petit nombre, qui serait encore moindre, si elle » n'était élevée à ce haut point d'autorité qu'elle s'est » acquise , et si elle n'attirait à elle tous les peuples par »> l'humilité de son langage. Je méditais sur ces choses, » et vous m'assistiez; je soupirais, et vous m'enten- »> diez; je flottais sur cette mer, et vous gouverniez » ma course; je marchais dans la voie large du siècle, » et vous ne m'abandonniez pas (1). »
(I) Cogitabam haec, et aderas mihi j suspirabam, et audiebas me j fluctuabam, et gubernabas me j ibam per viam seculi latam , nec deserebas me.
Deindè paulatim tu, Domine, manu mitissimâ etmisericordissimâ perlractans et componens cormeum, considérant! quàm innumerabilia creder em quae non viderem , nequecùm gererentur, affuissem : sicùt tàm multa in historiâ gentium, tàm multa de locis alque urbibus , quae non videram , tàm multa amicis , tàm multa medicis, tàm multa hominibus aliis atque aliis , quse , nisi crederentur, omnino in hâcvitâ nihil ageremus ; poslremo, quàm inconçusse fixura fide retinerem de quibus parentibus ortus essemu quod scire non possem, nisi audiendo credidissem : persuasisti mihi, non qui crederent libris tuis, quos tanlâ in omnibus ferè gentibus auctoritate fundâsti , sed qui non crederent , esse culpandos ; nec audiendosesse, si qui forte mihi dicerent : Undè scis illos libros unius veri et veracissimi Dei spiritu esse humano generi ministratos ? Idipsum enim maxime credendum erat, quoniam nulla pugnacitas calumniosarum quaestionum per tàm multa quae legerani , inter se confligentium philosophorum extorquere mihipotuit, ut aliquandô non crederem te esse quidquid esses, quod ego nescirem ; aut administrationem rerum humanarura
Vous me direz que Dieu ne fait pas à tous la même grâce qu'à saint Augustin et à saint Paul. J'avoue qu'il fait miséricorde à qui il lui plaît, et qu'il endurcit qui il lui plaît : c'est-à-dire , selon l'explication des saints Pères, qu'il permet qu'ils s'endurcissent par leur malice. Mais s'il ne donne pas à tous la grâce de se convertir effectivement, il donne à tous la grâce de se pouvoir convertir ; et s'ils ne se convertissent pas , c'est leur faute. Il les avertit de faire pénitence , mais ils négligent ses avis ; il les appelle à la foi , mais ils ne veulent pas l'écouter. «D'où vient, dit saint Ckrysostome, qu'ils » n'ont pas cru ? parce qu'ils n'ont pas voulu. Le Fils » de Dieu n'a pas néanmoins laissé d'exécuter ce qui » était requis de sa part , lorsqu'il était attaché à la » croix (1). » Il ne faut nullement douter que notre Seigneur Jésus-Christ ne soit mort pour les impies , et
ad te pertinere. Sed id credebam aliquandô robustiùs , aliquandô exiliùs : semper tamen credidi, et esse te, etcuramnostrî gercre , etiamsi ignorabara vel quid senliendum esset de substantiâ tua , vel quae via duceret aut reduceret ad te. Ideôque , cùm essemus infirmi ad inveniendam liquida ratione verilatem , et ob hoc nobis opus esset auctoritale sanclarum litterarum , jam credere cœperam nullo modo te fuisse Iributurum tam excellentem illi scripturae per omnes jam terras aucloritatem , nisi etper ipsam tibi credi et per ipsam te quseri voluisses. Jam enim absurditatem quae me illis litteris solebal offendere, cùm multa ex illis litteris solebaloffendere , cùm multa ex eisprobabiliter exposita audiissem, ad sacramentorum altitudinem referebam : eoque milii illa venerabilior ex sacrosanclà fide dignior apparebat auctoritas , quo et omnibus ad legendum esset in promptu, et secreti sui dignitatem in intellectu profundiorc servaret : verbis apertissimis et humillimo génère loquendi se cunctis praebens, et exerens intenlionem eorum qui non sunt levés corde ; ut exciperet omnes populari sinu , et per angusta foramina paucos ad te trajiceret ; multo tamen plures quàm si nec tanto apice auctoritatis emineret, nec lurbas gremio sanctae humilitalis haurirel.
(1) Quomodô non crediderunt ? quia nolucrunt. Suas tamen Ile partes exsecutu* est, dùmpro eis in cruce penderet. S* Chrjiost. i. ad Timotli..2. homll. 7. Coluss. 4.
pour les pécheurs; et s'il se trouvait quelqu'un qui ne fût pas de ce nombre , Jésus-Christ ne serait pas mort pour tous. Mais , en effet , il est mort pour tous absolument (1). « Nous avons tous été réparés sans aucune » exception , dit saint Grégoire de Nazianze ; nous qui » avons participé au malheur du même Adam, et qui » sommes morts par le péché : notre salut a été rétabli » par le céleste Adam, et nous avons été rappelés à ïar- » bre de vie par l'arbre d'ignominie (2). » C'est sur le sacré bois de la croix que cet aimable Sauveur a prié pour tous les pécheurs , et même pour ceux qui le crucifiaient. Ils étaient coupables d'un crime énorme, dont la considération les jetait dans le désespoir : mais ils ne devaient point perdre l'espérance, puisque le Seigneur, étant sur la croix, avait daigné prier pour eux, en disant : Mon Père , pardonnez-leur, parce quHlê ne savent ce qu'ils font (3). Entre plusieurs étrangers, il en voyait quelques-uns des siens , c'est-à-dire, qui devaient profiter de sa mort et obtenir l'effet de ses prières : il demandait déjà pardon pour ceux qui l'offensaient encore actuellement ; il ne considérait pas qu'ils le faisaient mourir, l jis qu'il mourait pour eux (4). Pour qui ? Pour tous. Pour les siens et pour
(1) Nulla ratio dubitandi est Jesum Chrislum Dominum nostrum pro impiis et peccatoribus morluum , à quorum numéro si
,a)iquis liber invenlus est, non est pro omnibus mortuus Christus. Sed prorsùs pro omnibus mortuus est Christus. S. Prosp. lib.l.de vocat. Gent. c. 16. initia
(2) Omnes , omnes citià ullam exceptionem instaurati sumus , qui ejusdem Adam participes fuimus,et per psccatutn enecti atque exstincti, ac per cœleslem Adamum saluli restituli, atque ad vitse lignum undè excideramus , per ignominiwe lignum revocati sumus. S. Gregor. Nazianz. oral, in Arian. Coloss. 5.
(3) Magnum facinus eral cujus consideratio illos faceret desperare. Sed non debebant desperare , pro quibus in cruce pendons Dominus est dignatus orare. Dixerat enim : Pater ,ignosce illis ,quia nesciunt quid faciunt. S. Aug. tract. 31. in Joan.
(4) Videbat quosdam suos inter multos alienos : illis jam pelé-
les étrangers, pour les élus et pour les réprouvés : pour ceux à qui il dira au dernier jour : Venez , bénis de mon Père ; et pour ceux à qui il fera ce reproche : Voyez-vous ces plaies que vous avez faites ? voyezvous ce côté qui a été ouvert et par vous et pour vous ? et nonobstant vous n'avezpas voulu y entrer (1); enfin pour ceux qui se laissent amollir par le sang de cet Agneau , et pour ceux qui demeurent endurcis. Pourquoi cet excès de bonté ? afin que personne ne désespère de la rémission de son péché (2). Car le Seigneur étant plein de bonté, il ne nous a pas ouvert seulement une ou deux , mais plusieurs portes de la vie éternelle, afin de nous donner le moyen d'en jouir sans aucun empêchement, en tant qu'il est en lui (3). Car s'il ne nous sauve pas, c'est que nous y mettons nous-mêmes obstacle ; s'il nous laisse , c'est que nous le laissons les premiers ; et jamais il ne nous endurcit, comme nous allons voir, que parce que nous nous obstinons volontairement à combattre et à rejeter les bons mouvements qu'il nous inspire.
bat veniam , à quibus adhuc accipiebat injuriam. Non enim aU tendebat quod ab ipsis nioriebatur, sed quia pro ipsis moriebatur. Multum est quod ipsis concessum est , et ab ipsis , et pro ipsis, ut nemo de sui peccati dimissione desperet, quandô illi veniam meruerunt qui Christuni occiderunt. Ibidem.
(1) Videtis vulnera quae inflixistis? agnoscilis latus quod pupugistis? Quoniam et pervos et propter vos apertum est, neque tamen intrare voluistis. S. Aug. I. 2. de Symb. ad Catec/i. c. 8.
(2) Ut nemo de sui peccati dimissione desperet.
(3) Benignus enim cùm sit Dominus, non unam neque altérai» tantùm ; sed multas eelernae vitœ januasaperuit , ut omnes quantum in ipso est, absque impedimenta illâ potin possint. 5. Cyriii, Uieroiol. Catech. 18. sub (inem.
Hocet. Œuv. Xr. Jp
POUR LE SECOND DIMANCHE APRÈS l'ÉPIPHAME.