‹ L'homme d'oraisonChapitre 85 sur 217 · I. CONSIDÉRATION · texte numérisé non relu

I. CONSIDÉRATION

Dieu ne nous demande rien qui soit par-dessus nos forces. S'il veut que nous résistions aux tentations , l'Apôtre nous assure qu'il est fidèle , et qu'il ne permettra pas que nous soyons tentés au-delà de ce que nous pouvons supporter ; mais qu'il tirera même notre avantage de la tentation (1). S'il veut que nous portions la croix, que

(1) Fidelîs autem Deus est , qui non patielur vos tentari suprà id quod potestis, sed faciet ctiam cum tentations {.rovealum ui Possitis suslincre. I. Cor. c. 10. 13.

nous mangions du pain de larmes , ef que nous buvions l'eau de nos pleurs ; c'est toujours avec mesure. Qu'estce à dire, avec mesure (1)? c'est-à-dire, selon vos forces (2); c'est-à-dire, autant^ qu'il faut pour vous instruire, et non pas pour vous accabler (3). Jetez les yeux sur les persécutions de l'Église et sur les souffrances des Saints. Là il s'est allumé un grand feu , là les martyrs ont mangé du pain de larmes , et ils ont bu l'eau de leurs pleurs ; mais toujours avec mesure , et jamais au-delà de leurs forces ; afin que la mesure de leurs larmes fût suivie d'une couronne dejoie (4). Enfin s'il veut que vous fassiez tout ce qu'il vous commande, il assure que ses commandements ne sont point pénibles :et si vous les sentez pesants, c'est, comme dit saint Augustin , que vous n'avez pas encore reçu les forces qui les rendent légers et faciles , et qu'if veut que votre âme prie et gémisse de tout son cœur ; afin d'obtenir la grâce de les pouvoir accomplir (5).

Ces forces ne viennent pas de nous: notre libre arbitre ne peut rien lout seul que le mal. Ce serait une extrême témérité de présumer de nos propres forces, lors même que nous avons une bonne volonté, si

(1) In mensura. Quid est, in mensura?

(2) Ipsa est mensura pro viribus tuis.

(3) Ipsa est mensura, ut erudiaris , non ut opprimaris. S. Âug. in Ps. 79. ad il la verba: Cibabis nos pane lacrymarum , etc.

(4) Ibi magna ilamma, ibi Martyres cibati pane lacrymarum , et potatiin lacrymis ; scd in mensura, non ampliùs quàm poicrant ferre, ut post mensuram lacrymarum scqucrelur corona faudiorum.

(5) Non aliam ob causant scriptura commémorât non esse gravia divina prreccpta nisi ut anima , quse il la gravia sentit, intclligatsc nondùm accepisse vires, quibus talia sintpraecepta Domini qualia commcndaniur, et orct gemilu volunlalis , ut impetret donum facultatif s. (a wst. I. de perfect.justtttœ, c. 10 paulù post înitium.

Nouet. Œuc. \r, -21

nous ne nous trompons nous-mêmes , nous ne savons pas ce qu'elle peut , ni jusqu'où vont ses forces , ni à quelles tentations elle cède ou ne cède point (1). Saint Pierre disait qu'il était prêt à donner sa vie pour Jésus-Christ, et véritablement il le voulait. Car il ne trompait pas Dieu par une promesse feinte ; mais sa volonté ne connaissait pas ses forces. Si bien que ce grand homme , qui avait connu le Fils de Dieu , ne se connaissait pas lui-même (2). Cela nous montre que nos forces viennent de Dieu , puisque lui seul les connaît dans leur principe. Je dis dans leur principe et dans leur source , parce que nous en pouvons connaître quelque chose par les effets. Pesez ces paroles de saint Augustin : Souvent celui qui est tenté, ne se peut connaître, s'il ne répond à la tentation , qui l'interroge, pour ainsi dire, non de parole, mais par expérience, quelles sont ses forces ; et alors , s'il reconnaît que sa force est un don de Dieu , il est véritablement dévot, alors il ne s'enfle point par une vaine ostentation; mais il s'établit solidement sur le ferme fondement de la grâce (3). Cette sorte de tentation est une preuve , et non pas un piège pour attirer au péché. Dieu n'en use pas pour apprendre les force? des hommes , mais pour les leur faire connaître ; afin de les rendre plus humbles, et mieux préparés à demander secoure et à connaître la grâce de Dieu (4).

(1) Voluntas nostra etiam cîim bona est, quantum valeat , quanlas vires habeat , quibus tentationibus cedat , quibus non cedat? si eos non fallimus , nescimus.

(2) Plané volebat. Neque enim Deum id pollicendo fallebat; sed quanlas vires haberet, voluntas ipsa nesciebat. Proindè vir tantus, qui Filium Dei esse cognoverat, selatebat. 5. Aug. I. 4. de anima et ejus orîg. c. 7.

(3) Plerumquè animus tentatus aliter sibi innotescere non potest, nisi vires suas , non verbo , sed experimento , ientatione quoriammodo interroganterespondeat: ubi si Dei munus agnoverit,tunc piusest, tune solidatur firmitate gratiae , non intlatur «nanitate jactantiae.Z/ô. 13. de CD. c. 22.

fA) Tentatio ista probatio est, noa. ad peccatum seductfojneff

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