III. CONSIDÉRATION
Car il est également important qu'ils sachent leur impuissance , et la force que Dieu leur donne , de peur qu'ils ne tombent dans la présomption , en s'attribuant la gloire du bien qu'ils font ; ou dans la pusillanimité , en négligeant de faire un bon usage de la grâce , et d'y correspondre de tout leur cœur. Car nous devons tenir invariablement cette excellente maxime de saint Augustin , que le libre arbitre ne précède point la grâce, mais qu'il la doit suivre. Ce n'est point le mérite de Thomme , quel qu'il soit , qui précède la grâce ; mais c'est la grâce même qui mérite d'être augmentée : afin qu'étant augmentée , elle mérite d'arriver à la perfection, ayant la volonté pour compagne qui la suit , et non pas pour guide qui va devant et qui la conduit. Car(l) quand l'Apôtre demande qui vous distingue , si vous dites : C'est ma foi , c'est mon libre arbitre , c'est une bonne œuvre que j'ai faite avant que d'avoir la grâce , on vous répondra aussitôt : Qu'avez-vous que vous n'ayez reçu ? et si vous l'avez reçu , de quoi vous glorifiez-vous ? J'ai dit tout ceci, non pas afin que l'homme ne se glorifie point; mais afin que celui qui se glorifie, se glorifie dans le Seigneur , et non pas de ses bonnes œuvres , de peur qu'il ne s'élève dans son estime : non que cette pieuse
iiteô probatio, utDeus noverit; sed utipse ipsis hominibus ostendat, quô humiliores fiant ad pelendum adjutorium, et cognoscendam Dei gratiam. Tentât vos Dominus Deus vester, ut sciât si diligitis eum, ac si diceretur , utscire vos faciatj quoniam vire» dilectionis suae homiiiem latent , nisi divino experimento, eliara cidem innotescant. S, Aug.q. 57. in Gencs. Idem.quœît. 58. in Exodum.
(1) Non graliam Dei aliquid meriti pr-Tcedit humani , sed ips.i gratia meretur augeri , ut aucta mereatur perfici comitante non ducente, pedisscquànon prœvià voluntate. S. Aug. ep. 1C6. quœ est contra Pela g. init.
pensée ôtele mérite des bonnes œuvres, puisque Dieu rend à chacun selon ses œuvres, et que la gloire, l'honneur et la paix sont pour tout homme qui fait le bien ; mais c'est que les bonnes œuvres viennent de la grâce, et non pas la grâce des bonnes œuvres (1). Il est donc expédient à l'homme de dire sincèrement de toutes les forces de son libre arbitre : Je conserverai ma force pour vous (2). Pourquoi ? parce que, mon Dieu, vous êtes mon protecteur. C'est vous qui me la donnez , c'est vous qui me rendez capable de la conserver, ou plutôt c'est vous qui la gardez; et je dirai toujours : // est mon Dieu, sa miséricorde me préviendra (3). Ne ferai-je donc rien de ma part ? me reposerai-je sur lui, sans travailler? Dieu me garde de commettre une si grande lâcheté. J'emploierai toutes les forces qu'il me donne pour son service ; et comme il me prévient par un excès de miséricorde, je tâcherai de le suivre par une fidèle correspondance. Car ce n'est pas en vain qu'il nous commande de l'aimer de tout notre cœur, de toute notre âme et de toute notre force. Ce n'est pas pour néant qu'il nous menace de celte terrible sentence, qu'il prononcera un jour contre les impies : retirez-vous, maudits, au feu éternel; car il prédit long-temps auparavant cet arrêt irrévocable, afin que nous fassions tous nos efforts pour l'éviter (4). C'est pour
(1) Hoc utique totum ideô non ut homo non glorietur , sed ut qui gloriatur, in Domino glorietur: non ex operibus, ne forte quis extollatur. Non quia bona opéra istà pià cogitatione frustrantur, cùm Deus reddat unicuique secundùm opéra ejus,sitque gloria, ethonor, et pax omni operanti bonum ; sed quia opéra ex gratià, non ex operibus gratia. S.Aug* ep. 106. quœ est conlrà Pelag. Ibid.paulb antè.
(2; Bonum est igitur homini, utcum totis viribus liberi arbitrii sui veraciter dicat : Fortitudinem meam ad te custodiam. Ibidem*
(3) Quia Deus susceptor meus es. Deus meus, misericordia ejus praeveniet me. Psalm. 58. 10.
(4) Irrevocabilis enira sententia erit, quae à piissimo Deo ideô
cela qu'il nous en avertit ; parce qu'il ne nous veut pas punir, et qu'il ne le faitqu'à regret (1). Il ne se contente pas de nous donner cet avis charitable : il nous enseigne le moyen de détourner ce malheur en fuyant le péché, et si nous y tombons, c'est notre faute ; parce que , comme dit saint Augustin , nous ne déployons pas toutes les forces de notre volonté pour résister à la concupiscence. De là vient que nous lui cédons, soit par faiblesse, soit par ignorance; les uns plus souvent et plus lâchement ; les autres moins, selon que nous sommes plus ou moins fidèles et courageux (2). Car pour surmonter le mal, dit ce même Père, il est quelquefois besoin de faire de grands efforts, et d'y employer toutes les forces delà volonté (3). Si nous ne le faisons pas, nous péchons, et il en faut imputer toute la faute à notre libre arbitre. Si nous le faisons , c'est une action de vertu , qu'il n« faut pas attribuer à la volonté toute seule , mais à la volonté aidée et soutenue parla grâce de Jésus-Christ, à qui la gloire en est due ; parce que c'est à lui de donner les forces , et à la volonté d'en bien user (4). Voilà, dit saint Augustin, ce qui me distingue des ennemis
mullô antè prœdicitur, ut à nobis lotis visceribus caveatur. S. Aug. ser. 38. de sanctis.
(t) Non enim te vult percutere , qui tibi clamât : Observa.
(2) Fit ut per ignorautiam vel infirmilalem non exeiitisadversùs eam lotis viribus voluntatis, ulei.urn ad illicita nonnullacedamus , tanlô magis el crebiiùs, quanlo détériores ; tônlô minus et rariùs, quanlo meliores sumus. S. Aug. I. depcccat. meril. et remiss, propè (in:
(3) Ad nonnulla supcranda , vol quœ malè cupiuntur; vel quae raalc meluuntur, magnis aliquandô et t o t i s viribus opuS est voluntalis, quas nos non perfectè in omnibus adhibituros preevidit, etc. Ibid. lib. 2. c. 2.
(A) Non cniti), eùtn ista commcmoramus , arbilrium voluntatis tollimus , sed Dcigraliara praedicamus. Cul enim prosuntisla, nisi volentiPSed humililcr voienti, et non se de voiuntatis viribus , tan.juàm ad perfecliunem justiliS sola sufliciat, attollonti. S. Aug, l. denalur. etgrat. c,**- Ub. 5. contr. Jul. sub fi-
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de la grâce. Ils attribuent le pouvoir de faire le bien à la volonté seule , et moi je l'attribue à la volonté qui est aidée de la grâce (1).
(1) Vos ipsius animi viribushoc tribuitis: ego verô adjutae tribuoper gratiam voluntati. S. Aug.l.de nat.et grac. c. 82. lib, S, contra Julian. sub finem.
pour le mercredi de la seconde semaine après l'épiphanie.