III. CONSIDÉRATION
3. Maxime de saint Augustin. Il est clair que nous vivons selon ce que nous aurons résolu de suivre, et flue nous suivrons ce que nous aimerons davantage. C'est pourquoi, s'il se présente deux objets contraires, comme, par exemple, un précepte de justice, d'une part,
(1) Si nihil delectaret illicitum , nemo peccaret. S. August. L 22. contra Faust, c. 28.
(2) Omnia peccata duœ res faciunt in homine , cupiditas et timor. S. Aug. in Psalm. 79.
(3; Motus quo hue autilluc voluntas convertitur, nisi essetvoluutarius , alque in nostrà positus potestate , neque laudandus , cum ad superiora, neque culpandus homo esset, cùm ad inferiora 4etorquet quasi quemdara cardinem voluntatis. S. Aug. I. 3. de libère arbit. c. 1. Idem dicit. I. de nat. et grat. c. 65.
et une habitude chamelle de l'autre , supposé que nous les aimions tous deux, nous suivrons celui que nous aimerons davantage. Si nous les aimons également, nous ne suivrons ni l'un ni l'autre : mais, ou la crainte nous attirera à l'un des deux partis contre notre inclination , ou , si nous craignons également de part et d'autre , nous demeurerons sans doute dans le danger, battus alternativement des flots de l'amour et de la crainte (1). Que doit-on faire dans l'agitation et le choc de ces mouvements contraires? il faut recourir à la prière, afin que la paix de Jésus-Christ demeure victorieuse dans nos cœurs. Car alors le bras de la miséricorde divine que nous invoquons, ne méprise pas nos gémissements, ni le sacrifice d'un cœur brisé de douleur; mais il fortifie et augmente l'ardeur de notre charité, par la considération du péril dont il nous délivrera. Cette maxime, comme vous voyez, confirme les précédentes, et montre évidemment deux choses. La première , que le combat de deux plaisirs qui nous tentent, dont l'un est bon, et l'autre mauvais, n'est pas le seul principe du bien et du mal que nous commettons, puisque saint Augustin en attribue une partie à l'opposition de deux craintes, dont l'une est bonne, et l'autre mauvaise; ce qu'on peut dire encore de la honte, de la colère, et des autres passions déréglées.
La seconde est que dans ces sortes de combats, entre la chair et l'esprit, entre Dieu et l'esprit de ténèbres, notre volonté demeure libre sous les mouvements indélibérés de l'une et de l'autre; et qu'elle peut donner
(I) Manifcstum est certè sccundùm Id nos vivere, quod sectati fucrimus ; sectabiraur autem quod dilexeriraus. Itaque si ex adverso existant duo ,pr[eccptum juslitiae , et consuctudo catnalis, et ulrumquc diligitur : idsectabimur quod ampliùs dilexcrimus. Si tanluradem ulrumque diligitur, nihil horum sectabimur ; sed aut timoré invili Irahemur in allcrutram partem ; aut , si ulrum- • j h <j wqualilcr cliam timcmus , in periculo sine dubio rcmanHiimus, fluclu dilcctlonls et timoris alternante «juassati. 5. Aux* in Expos. Epist. ad Calât,
262 L'HOMMK D'ORAISON.
la préférence à celle qu'elle aime davantage d'un amour de choix, d'un amour libre et volontaire, qu'elle peut changer si bon lui semble, mais qui règle les actions âe sa vie , pendant qu'il dure (1).
(1) Manifestum est certè sectindùm id nos vivere , quodfectati eucrimus ; sectabimur autem quod dilexerimus.
pour le mercredi de la seconde semaine après l'épiphanie.