I. CONSIDÉRATION
Entre les opérations qui regardent le salut , il y en a que Dieu fait en nous sans nous, c'est-àdire, sans le concours de notre libre arbitre; il y en a qu'il fait en nous et avec nous; mais il n'y en a point que nous puissions faire sans lui (1). La première inspiration par où commence l'œuvre de notre salut, est une opération qui prévient notre liberté, et que Dieu fait en nous sans nous. Le consentement que la volonté donne à l'inspiration et qu'elle pourrait refuser, est ara opération que Dieu fait en nous et avec nous. La grâce
(1) Sine me nihil potestis facere.
sanctifiante que le Saint-Esprit répand dans nos âmes pour achever notre conversion, est un don qui ne vient que de Dieu seul. Les bonnes œuvres que nous faisons ensuite, lorsque nous sommes justifiés, sont des fruits de la grâce et de notre volonté qui agissent de concert et produisent conjointement un même effet. Car la bonté de Dieu est si grande qu'il veut bien que les mêmes actions, qui sont ses dons, soient aussi nos mérites (1). C'est ainsi que le saint concile de Trente dit, « qu'il faut parler de la vie éternelle à ceux » qui travaillent utilement jusqu'à la fin de la car- » rière et qui espèrent en Dieu, en la leur faisant » voir et comme une grâce promise aux enfants de » Dieu par miséricorde en considération de Jésus- »> Christ, et comme une récompense qui, selon la pro- »> messe de Dieu même, doit être fidèlement rendue » à leurs bonnes œuvres et à leurs mérites (2). » C'est une grâce de Jésus-Christ, qui répand continuellement sa vertu dans les justes, comme le chef dans ses membres et le tronc de la vigne dans ses pampres ; car cette vertu précède , accompagne et suit toujours leurs bonnes œuvres, qui sans elle ne pourraient être aucunement agréables à Dieu. C'est une récompense ; car il faut croire après cela qu'il ne manque plus rien à ceux qui sont justifiés, pour être estimés avoir, par ces bonnes œuvres faites en la vertu de Dieu, pleinement satisfait à la loi de Dieu selon l'état de la vie présente, et avoir véritablement mérité la vie éternelle. C'est celte couronne de justice que l'Apôtre disait lui être réservée après sa course et son combat, et
(1) Tant:; enira est crgà hommes boniias Dei, ut noslra velit esse mérita, rjuae suât ipsius dona. Calai, ad Epiic. Call. c. ult.
(2) Benc operantibus usrjue in fincm , et in Dco sperantibus , proponendaesl vita aclerna, et tanquàm gralia filiis Dei per CbristuraJesummiscricor.Iitcr promissa", et tan<iuàm increcs ex ipsius Dei promissione bonis ipsorum operibus et meritis fidclilcr icddenda. Concil. Trid. ses s. 6. cap. 16.
lui devoir être rendue par le juste juge ; et non-seulement à lui, mais à tous ceux qui aiment son avènement. Ce sont les paroles du saint concile.