‹ L'homme dans la nature (volume 2)Chapitre 122 sur 176 · ATTITUDE DES ANTHROPOÏDES · texte numérisé non relu

ATTITUDE DES ANTHROPOÏDES

Aiiltnde dea Anihropaidea. — Les Anthropoïdes, comme les

Sïng:es, ont la démarche des quadrupèdes ; mais ils possèdent

en môme temps la faculté de s'accrocher aux arbres avec leur quatre extrémités plus ou moins adaptées au genre de préhension que demande ce mode d'existence. En effet, l'habitat des Anthropoïdes comme celui des autres Singes, est dans les arbres; ils y séjournent complètement et n'en descendant que par occasion. Les uns et les autres redressent parfois leur colonne vertébrale, surtout les Anthropoïdes. Les uns et les autres posent leurs mains et leurs pieds à plat — en recourbant d'une part leur pouce, de l'autre leurs quatre autres doigts rapprochés, — et s'en servent à la façon d'un crampon pour empoigner les troncs d'arbre. Toutefois les Anthropoïdes ont à terre quelque chose de spécial qui les distingue des Singes. Ils replient le plus ordinairement les doigts de leura mains et les font porter sur le sol, tandis que leur pied pose par son bord externe, les phalanges fléchies. De plus, ne se sentant pas en équilibre lorsqu'ils se redressent sur le sol, ils se servent de leurs bras comme de balancier ou les croisent en arrière et au-dessus de leur tête pour se donner de l'aplomb. Voici les détails donnés sur chacun par les voyageurs.

Le Gorille sur la terre va à quatre pattes, le tronc oblique, les membres postérieurs plies, les membres antérieurs tendus en avant, les doigts posant sur la face dorsale des secondes phalanges. Lorsqu'il se redresse, par exemple pour faire face à l'ennemi et se précipiter sur lui, il ne peut conserver cette attitude qu'un moment. L'Orang, animal lourd et indolent, ne se plaisant qu'accroupi ou suspendu dans les arbres, est rarement vu à terre; alors il va lentement, avec précaution, se dandinant à droite à gauche, les bras écartés et en arc pour atteindre le sol, les jambes pliées, les pieds maladroitement appuyés sur leur bord externe, les orteils fléchis et les mains touchant le sol par le dos des phalanges. Le Chimpanzé a les mêmes allures : le bord externe de son pied s'appuie sur le sol, il marche plus ramassé que le Gorille et, moins encore que lui, dit Hartmann, il est capable de rester longtemps debout. Le Gibbon est le plus arboricole et le plus agile de tous les Anthropoïdes. A terre, il marche davantage comme les Singes, c'esirà-dire en posant la paume de la main ou la plante des pieds, mais il s'y sent encore moins d'aplomb qu'eux : surpris, il renonce à la course et se laisse prendre sans résistance.

Cependant c'est à cette démarche accidentelle, difficile et

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saugrenue, à cet équilibre mal assuré, à ces extrémités si réfractaires à la station debout, que Ton a donné le nom d'attitude demi-verticale des Anthropoïdes ou d'attitude oblique, parce que le tronc en effet y prend cette position. Nous verrons les adaptations anatomiques qui y répondent. A en juger par la description, évidemment les Anthropoïdes ne sont pas faits pour se tenir debout, du moins à terre.

Conditions d'équilibre. — Dans la station Verticale ou bipède, pour que le corps soit en équilibre avec le minimum de fatigue, c'est-à-dire sans intervention musculaire active considérable, les deux parties antérieure et postérieure de la tête se font presque équilibre sur la colonne vertébrale; le poids des organes thoraciques et abdominaux qui tend à faire basculer le tronc en avant est ramené en arrière par une série d'inflexions du rachis; l'axe vertical moyen coupe le corps des quatre premières vertèbres cervicales et des quatre premières vertèbres lombaires (Giraud Teulon), aboutit au diamètre bi-cotyloïdien et tombe définitivement entre les deux pieds dans la station au repos, ou alternativement sur l'un ou l'autre pied pendant la marche.

Dans la station horizontale ou quadrupède, l'équilibre est plus difficile pour la tête et plus facile pour le corps. La tête, suspendue à la colonne vertébrale par sa face postérieure, tombe en avant. Elle n'est tenue redressée que par les muscles extenseurs de la nuque et par un très fort ligament qui part de l'inion, passe aux apophyses épineuses des vertèbres cervicales et rattache ainsi la tête et le cou directement au train antérieur, — lequel supporte la plus grande partie du poids du corps dans la station au repos — et indirectement au train postérieur qui en supporte le reste. Il y a donc chez les quadrupèdes deux axes de gravité entre lesquels se partage le fardeau général dans la marche et la course.

De là, des dispositions anatomiques très différentes, le& unes chez l'Homme, les autres chez les Mammifères, que nous allons examiner à la tête, au tronc et aux membres.

TéU5. — Nous avons vu que dans les passages successifs des Mammifères ordinaires aux Primates, et de ceux-ci au plus élevé d'entre eux, l'Homme, le trou occipital, de vertical à la face postérieure, devient oblique à la face inférieure du crâne, puis horizontal. Lorsque le. mouvement s'arrête chez

rHomme, le baBion répond au bord antérieur des vertèbres cervicales et n'est qu'à quelques millimètreB en arrière du centre de la base du crâne. Ce centre répond donc, à peu de chose près, à celui du corps des premières vertèbres. Le trou occipital reste tout entier dans l'aire du crâne postérieur, quoique son plan se relève en avant un peu en moyenne, ainsi que le montre l'angle orbito-occipita!. Au-dessous de lui, et attachés à ses trois cinquièmes antérieurs, sont les

Fie. 84, — SitualioD du trou occipital à. la base du crâne cliez le tiorille.

condyles occipitaux, les véritables points de susteotation et d'articulation de la tète avec ta colonne vertébrale. Le plan horizontal naturel de la base du crâne chez l'Homme est donc le plan tangent aux deux condyles de l'occipital. Son troisième point déterminant est le point alvéolaire. Le poids de la mâchoire inférieure, lorsqu'on l'ajoute, seul rompt l'équilibre au détriment de la partie antérieure. D'où la nécessité, même chez l'Homme, d'un ligament cervical postérieur et de muscles redresseurs de la tête. Quoi qu'il en soit, l'axe vertical des premières vertèbres cervicales passe

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