DESCENDANCE ET GÉNÉALOGIE DE L'HOMME
se formera, les muscles extenseurs des différents segments du membre inférieur se renforceront. Qu'avec cela, sous l'influence de quelque stimulant, le cerveau entre davantage en action, l'hypertrophie se produira là aussi, la troisième circonvolution frontale prendra un nouveau pli et THomme sera constitué, n'ayant plus qu'à se perfectionner.
Tel est le langage que tiendrait aujourd'hui Lamark, sur le modèle de celui qui termine la première partie de sa Philosophie zoologique ^ parue en 1809.
La première objection grave à ce système, — en laissant de côté la question des circonstances et des sollicitations qui ont donné la première impulsion à l'hypertrophie cérébrale, — c'est l'intervalle immense à franchir pour passer de la main postérieure de l'Anthropoïde au pied de l'Homme. Entre ces deux types, on ne voit d'intermédiaire nulle part; lous deux sont des maxima d'évolution arrêtés et fixés. Chez l'Homme, rien, dans les races inférieures, ne rappelle la disposition spéciale du pied de l'Anthropoïde ; il ne présente aucun cas d'atavisme qui s'y rapporte; l'embryogénie, si je ne me trompe, n'en dit pas mot.
D'autre part, puisque nous parlons d'atavisme, aucun des cas que nous avons indiqués ne se rapporte aux Anthropoïdes plutôt qu'aux autres Singes. Les faits d'embryogénie montrent, dans le jeune âge et chez le fœtus, des ressemblances incontestables avec les Singes en général, par exemple ceux de M. Leboucq sur le premier métacarpien, observés chez les Anthropoïdes, mais non moins exacts, attribués aux Pithéciens.
M. Vogt fait une objection plus grave. Le crâne des Anthropoïdes jeunes est bien plus semblable que celui des adultes au crâne de l'Homme. Il ne présente pas encore ces crêtes qui rendent le crâne des mâles si bestial, les mâchoires ne sont pas énormes et saillantes, la boîte cérébrale bombe de tous côlés, le trou occipital est moins éloigné du centre de la base, il a un front très marque. Les caractères crâniométriques, le volume relatif du cerveau luimême, les proportions relatives des os longs des membres, tout dans la jeunesse raccourcit la distance entre l'Anthropoïde et l'Homme. Il est vrai que c'est la règle aussi chez les Singes pithéciens et que cela peut s'expliquer par les lois de croissance. Mais la plupart des cas d'atavisme, c'est-à-dire de ressemblance à des ancêtres, ont la même explication !
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Cependant il faut en tenir compte, si réellement Tonto- ^énie est le reflet de la phylogénie. Ces états enfantins ou féminins du crâne des Anthropoïdes sont justement ceux qu'on retrouve chez quelques Singes adultes pithécîens et cébiens, chez ceux mêmes dont la ressemblance crânienne avec la conformation de THomme nous a souvent frappé.
Évidemment, en s'éloignant de Tenfance, le type des Anthropoïdes et le type de THomme s'écartent. Or, dans la doctrine du transformisme, c'est aux dépens de la forme typique établie de l'espèce, c'est-à-dire de l'adulte, que les espèces nouvelles se forment par la lutte pour l'existence. L'Homme ne peut donc être descendu d'un Anthropoïde.
M. Vogt est ainsi conduit à croire que le type dont l'Homme est issu se trouve au delà des Anthropoïdes, soit parmi les Singes, soit à l'origine commune des Singes, des Anthropoïdes et de l'Homme. Cela expliquerait Torigine du pied de l'Homme : il se serait formé avant que le membre ne se soit trop affirmé comme organe de cramponnement, tel qu'il existe chez les Anihropoïdes.
Or, il est une époque très remarquable dans l'histoire du monde, c'est celle qui répond au commencement du miocène, lorsque de tous côtés s'esquissent les types initiaux qui après une certaine évolution aboutissent à nos genres actuels. C'est à ce moment qu'apparaissent les premiers Singes succédant aux Lémuriens de l'époque précédente éocène ; c'est à ce moment qu'on peut chercher, soit la souche propre humaine, soit sa souche commune avec les Singes. Nous tombons ainsi sur le terrain si brillamment exploité par M. Cope, l'éminent paléontologiste américain. En se basant principalement sur la dentition, il fait descendre l'Homme directement des Lémuriens sans passer par les Singes et les Anthropoïdes. Quelques-uns de ces Lémuriens n'étaient-ils pas encore des Marsupiaux? c'est fort probable, l'apophyse postérieure de leur mandibule le dit. En tous cas, comme leurs descendants actuels (Galéopithèque et Chéiromys surtout), ils tendaient la main un peu de côté et d'autre, notamment aux Proto-Ongulés.
Au delà des Marsupiaux, la généalogie de l'Homme se confond avec celle des Mammifères, dont les premiers représentants remontent pour le moins au trias, à une époque où tout un monde de Reptiles monstrueux, de Batraciens et de Poissons de toutes sortes, prospérait sur la terre et dans les mers.