‹ L'homme dans la nature (volume 2)Chapitre 29 sur 176 · ANTHROPOLOGIE GÉNÉRALE · texte numérisé non relu

ANTHROPOLOGIE GÉNÉRALE

part, ne tombent pas directement sous le sens ; il faut les dégager des masses dans lesquelles ils sont plus ou moins noyés; il faut les déterminer patiemment par un travail laborieux qui implique une connaissance préalable de la valeur et de la signification de chacun des éléments dont ils se composent, connaissance que Ton n'acquiert que par Tanthropologie générale.

La division logique d'un traité entier d'anthropologie serait ainsi la suivante : P la première partie de l'anthropologie générale comprenant les généralités, les méthodes et l'étude un à un de tous les caractères qui devront être utilisés ensuite; 2<» l'anthropologie spéciale, qui comprend la détermination, la description et la classification des soustypes humains; 3° la seconde partie de l'anthropologie générale ou synthèse générale comprenant la détermination du type général moyen de l'Homme et de l'étendue de ses variations chez les individus et dans les races, sa comparaison avec les autres types zoologiques chez les Primates et au delà et la conclusion sur sa place dans la classification des animaux. Ce programme comporte donc trois volumes. Nous avons publié le premier sous le titre d'Eléments d'Antïiropologie générale; le second, très difficile, reste à faire; le troisième est en préparation. Le livre que nous donnons aujourd'hui donnera un aperçu général de toute l'anthropologie, mais sera consacré essentiellement à la troisième partie, ainsi que l'indique son titre. Ce seront par anticipation nos conclusions générales, moins les développements.

Voici le plan que nous suivrons. L'anthropologie n'étant que l'application à l'Homme des notions générales acquises par la zoologie générale sur l'ensemble des animaux et devant s'inspirer des mêmes principes, des mêmes méthodes, obéir aux mêmes considérations, avoir les mêmes arguments, tenir le même langage, nous commencerons par rappeler les notions générales dominant notre sujet sur la distribution des animaux par groupes de valeurs diverses, le choix des caractères sur lesquels ils reposent, les différences entre la race, l'espèce, la famille et l'ordre, ces derniers points étant ceux autour desquels pivotera ensuite notre critique sur la place de l'Homme dans la classification. Puis nous aborderons l'étude des caractères, la façon de les recueillir, de les mettre en œuvre et de les apprécier, en l'accompagnant d'exemples, pris dans l'anthropologie

spéciale, propres à illustrer les méthodes. Enfin nous passerons à notre objectif principal, le parallèle de THomme et des animaux, pour aboutir à la place de cet Homme dans la série des êtres et à sa généalogie probable.

Toute rhistoire naturelle se réduit, à son point de départ, à la constatation de ressemblances et de différences qu'il s'agit ensuite d'interpréter. Les naturalistes, suivant la nature de leur esprit, s'attachent aux unes ou aux autres. Ceux qui prennent les ressemblances, tels que Geoffroy-Saint-Hilaire, Owen et, en remontant plus haut, Lamarck, aboutissent à des vues générales d'unité du règne animal et de chacune de ses divisions, à des formes de transition reliant tous les types, à des dérivations des êtres les uns des autres, des descendances, des arbres généalogiques. Si les traits d'union manquent, ils l'attribuent à leur disparition ou à l'insuffisance delà science; à leur défaut parmi les espèces actuelles connues, ils les cherchent dans les espèces paléontologiques. Ce sont les synthétistes, transformistes ou précurseurs du transformisme. Au contraire ceux qui s'attachent aux différences, comme Cuvier, sont conduits à ne voir que les séparations, à multiplier les groupes et à chercher des entités morphologiques. Ce sont les classificateurs par excellence, ceuxqui, après quelque hésitation sur le genre, sont arrivés à considérer l'espèce comme le point de départ de tout, l'unité zoologique au-dessous de laquelle il y a les variétés plus ou moins consolidées, les variétés accidentelles ou éphémères et les individus, et au-dessus des assemblages d'espèces sous le nom de genre, de genres sous le nom de famille, d'ordre, de classe, d'embranchement, présentant plus ou moins de caractères communs d'ordre de plus en plus élevé.

L'espèce est donc le point auquel aboutit une double échelle, l'une descendante, l'autre ascendante. C'est la pierre angulaire de l'histoire naturelle actuelle, le réduit autour duquel se livrent les combats entre transformistes et non transformisles et se sont livrés ceux entre monogénistes et polygénistes. Il faut donc être édifié sur elle; c'est la préface de la notion de race.

L*espéce, dans Ics animaux supérieurs, est une collection d'individus semblables entre eux, ne se reproduisant qu'entre eux, et perpétuant des individus semblables à eux. Trois notions sont renfermées dans cette définition : celle de ressemblance par des traits essentiels dont l'ensemble donne le

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type de l'espèce, celle de répétition ou de continuité de ce type dans le temps et celle de fécondité entre les individus de la même espèce et de stérilité avec les individus des autres espèces. La notion de type implique celle de variations plus ou moins étendues, mais ne dépassant pas normalement une certaine limite, au delà de laquelle le type serait détruit et par conséquent Tespèce anéantie. C'est la variabilité limitée des naturalistes qui est Tun des attributs de Tespèce et donne naissance aux races. Telle est l'acception classique. Jadis on ajoutait que les espèces sont les descendants directs et sans modifications des couples primitifs créés par Dieu. Agassiz a admis des centres divers de création et de migration des espèces, sans préjuger de leur mode de formation. Geoffroy Saint-Hilaire, — quoique ayant contribué à prouver que certaines espèces n'ont pas changé depuis 4000 ans, — acceptait que les espèces actuelles puissent descendre des espèces éteintes et ne défendait l'immuabilité du type des premières que dans l'élat actuel des choses, c'est-à-dire dans la présente période géologique. Lamarck et les transformistes d'aujourd'hui vont plus loin ; ils nient cette fixité et disent que les espèces ont changé et changent encore insensiblement ou visiblement.

La détermination d'une espèce repose d'abord sur sa morphologie, c'est-à-dire sur la constatation d'un ensemble de caractères ou types, la distinguant nettement des autres espèces voisines, — ensuite sur la transmission démontrée ou présumée de ce type. Sa confirmation est donnée par la propriété physiologique de ses individus de n'être féconds qu'entre eux. Mais ce critérium n'étant pas toujours vérifiable et exigeant un soin excessif, on s'en tient ordinairement aux deux premiers traits, sinon au premier seul, la morphologie. De là un doute jeté fréquemment sur la légitimité de certaines espèces et la distinction, en botanique spécialement, des bonnes et des mauvaises espèces. Les seules certaines sont celles dont la propriété de la fécondité au dedans et de la stérilité au dehors a été prouvée, propriété providentielle qui a pour effet d'isoler l'espèce, de la circonscrire, de la confirmer dans son type et d'empêcher son mélange et sa confusion avec les voisines. Sans cette barrière physiologique il n'y aurait pas d'espèces permanentes.

Aussi est-ce contre cette propriété que se sont portés les efforts des transformistes dont toutes les affirmations échouent devant cet obstacle: 1° disent-ils, elle n'est pas constante, par

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