PÉRIODE ACTUELLE
Pour traiter tout ce que pourrait comporter notre titre, il faudrait embrasser les trois points de vue auxquels THomme est réductible : physique, moral et social, c'està-dire accepter l'anthropologie dans le sens général et abusif qu'autorise son étymologie(av0pa)7coç, homme, et Àoyoç. traité). Telle n'est pas notre prétention. Prenant le mot nature dans son acception purement physique, nous ne nous occuperons que de l'Homme-animal. Nous commencerons par donner un aperçu de l'anthropologie prise dans son sens strict, de sa circonscription, de ses rapports avec la zoologie générale, et de ses méthodes d'étude pour aboutir à ce qui est l'objectif propre de ce livre : la place que l'Homme occupe matériellement parmi les animaux et son origine probable ou descendance.
ii*anthropoiogte awant Broca. — Les premiers tâtonnements de l'esprit humain, les premières observations scientifiques ayant un caractère de précision, les premières spéculations philosophiques, ont eu pour objet l'Homme lui-même. Dès le iv« siècle avant notre ère, le grand encyclopédiste de l'antiquité, Aristote, laissant à ceux qui dissertaient sur la nature de l'Homme l'épi thète d'anthropologues, fondait, dans les premiers chapitres de son Histoire des animaux^ l'anthropologie vraie, c'est-à-dire l'histoire de THomme considéré au point de vue animal. Il le caractérisait d'emblée et avec ampleur, par les quatre traits fondamentaux suivants : deux anatomiques, le volume du cerveau et l'attitude bipède, et deux physiologiques, la
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faculté du langage et la faculté de raisonner. Dès Tabord donc, les deux natures de THommc, physique et psychique, ont été admises. Son troisième aspect, Taspect social, fut mômeabordé aussi par Aristote dans son livre sur la Politique, qui n'est qu'un traité de sociologie.
La ressemblance de THomme avec les animaux était si bien acceptée dans l'antiquité que les médecins disséquaient le Singe en toute confiance pour connaître l'anatomie humaine, et qu'il fallut toute la persévérance d'André Vésale et de ses disciples, dix siècles plus tard, pour découvrir dans les livres de Galien les détails anatomiques qui ne s'accordaient pas rigoureusement avec la réalité. Les controverses auxquelles donna lieu cette découverte au xiv« siècle eurent d'heureuses conséquences ; l'anatomie comparée se développa rapidement. La séparation des sciences en naturelles et médicales n'était pas faite encore; médecins et naturalistes se donnaient la main. De la comparaison de l'Homme avec le Singe on passa à celle avec les autres animaux; Coïtcr disait que pour acquérir des connaissances zoologiques sérieuses il fallait commencer par disséquer l'Homme. Dès 1551 Pierre Belon mettait en parallèle le squelette de l'Homme et celui de l'Oiseau. Peu à peu on connut les Singes Anthropoïdes sans doute ignorés des anciens, malgré le voyage d'Hannon au pays des Gorilles. En 1699, Edouard Tyson publiait un de ces ouvrages qui font époque, intitulé : aL'Orang-Outang ou homo sylvestris, ou anatomied'un pygmée (un Chimpanzé) comparée à celle du Singe, de l'Anthropoïde et de l'Homme, d'où il résulte que les trois sont des Singes ou des Anthropoïdes, mais non des Hommes, comme on l'a prétendu ». En 1707 Garangeot allant plus loin traçait le parallèle des muscles de l'Homme et du Chien.
Le terrain était donc préparé et aucune opposition sur la nature animale de l'Homme ne s'était encore produite lorsque parut Linnée en 1735. L'illustre naturaliste suédois suivit l'opinion commune en admettant l'Homme dans sa classification, sans se douter des orages qu'il allait soulever.
En dehors du monde des naturalistes, seuls compétents en cette matière, s'agitait en effet une question brûlante dont la liaison avec la précédente n'avait pas attiré l'attention, celle du monogénisme et du polygénisme. Le livre juif delà Genèse, accepté par le christianisme, ne parlait de la création que d'un seul couple humain, ayant donné naissance à tous les hommes répandus sur la terre. Mais certains