‹ L'homme dans la nature (volume 2)Chapitre 4 sur 176 · ARISTOTE. — BUFFON · texte numérisé non relu

ARISTOTE. — BUFFON

passages ne pouvaient se comprendre sans admettre d'autres hommes parallèlement à Adam et à ses fils. Des Nègres en particulier il n'était pas question, pas plus que dans le dénombrement ultérieur des peuples qu'aurait engendrés la postérité deNoé. De là dans Tinterprélation du livre saint, un schisme, qui prit naissance dans les premiers siècles de notre ère et dont l'empereur Julien se fit l'écho en 365. Il y aurait eu plusieurs créations d'hommes. Avec saint Augustin la thèse monogéniste eut le dessus et se maintint jusqu'au xvi« ou xvii« siècle, lorsque après Christophe Colomb, la découverte d'une foule d'autres sortes d'hommes réveilla la question. En vain le pape, en 1512, décréta que les Indiens d'Amérique descendaient d'Adam et Eve.

La thèse polygéniste resta Sur le terrain théologique avec le célèbre livre de La Peyrère en 1655 sur les PrœadarnileSy qui en quarante ans donna lieu à trente-cinq publications pour le moins. De là elle passa aux mains des naturalistes, puis aux mains des voyageurs et des philosophes qui fondèrent de cette façon la seconde branche de l'histoire naturelle de l'Homme, celle qui concerne les races. Le premier essai de classification de ces races est, en effet, d'un voyageur, François Dernier, d'Angers, en 1684. Les polygénistes les plus connus à cette époque furent Mathews Dale en 1677, Fabricius en 1721, Guillaume Rei en 1744, lord Kaimes en 1744, sans parler des encyclopédistes qui poussèrent les questions à l'extrême et firent que l'Église prit l'alarme et parut se demander s'il convenait de laisser développer une science qui se heurtait d'emblée à ses dogmes jugés les plus nécessaires.

En dehors de ce mouvement, la zoologie continuait à progresser et, pour la seconde fois, se constituait l'histoire naturelle de l'Homme avec Buffou en 1749 dans sa célèbre Histoire naturelle générale. Une première partie y traite de l'Homme dans son ensemble, une seconde des races humaines. Le programme entier de l'anthropologie y était esquissé, il n'y manquait que le nom pour que l'autonomie en fût établie à titre de chapitre détaché de l'histoire des animaux. Ce nom, ce fut Blumenbach qui vingt-cinq ans plus tard le lui décerna.

On a vu qu'Aristote s'était servi de l'adjectif correspondant d'anthropologues pour désigner ceux qui dissertent sur la nature de l'Homme. Du xvi*^ au xviii^ siècle, le même mot, ou des équivalents, reparaît de tous côtés dans des acceptions

4 l'anthropologie avant broc a.

variées. Etant donnés Tétymologie et le nombre de sujets se rapportant plus ou moins directement à THomme, il n'y a pas à s'en étonner à une époque où, la spécialisation des sciences ne s'étant pas encore faite, chacune cherchait sa voie et ses limites.

La première acception à citer est théologique et se retrouve dans tous les dictionnaires du temps. Elle désigne les cas où l'Écriture attribue à Dieu des caractères humains tels qu'un visage, des membres, un langage, des passions.

La plus répandue est l'acception anatomique, par exemple dans le livre de Magnus Hundt en 1501, intitulé Anlhropologia seu de hominis dignitate^ natura et proprietatibus et qui est principalement anatomique malgré son titre; dans ceux de Jean Riolan fils (Paris 1649), de Kerkring (Amsterdam 1671), de Cowper (Londres 1697), intitulés Anthropogrorphia seu anatomia; dans celui de Tichmayer (léna 1718), ayant pour titre Eléments d'anthropologie ou Théorie du corps humain.

L'acception philosophique faisant suite à celle d'Aristote est fréquente aussi, par exemple dans le livre de de Galeazzo Capello en 1583, intitulé Anthropologium qu'il définit un discours sur la nature de l'Homme, ou dans les leçons de Kant àKœnigsberg sur l'anthropologie qu'il donne comme « la théorie de la connaissance de l'Homme conçue systématiquement ».

Puis il y a l'acception mixte, réunissant les deux précédentes, telle que la montre la définition suivante du dictionnaire de Furetières (Paris 1727) : « Anthropologie se dit de la science qui traite de l'Homme; elle a deux parties : la psychologie qui traite de l'âme et l'anatomie qui traite du corps ».

L'acception pédagogique, telle qu'elle est comprise par Chavannes et exposée dans un ouvrage publié à Lausanne en 1787, serait la plus remarquable si elle ne se réduisait pas à un programme. Nous en dirons quelques mots.

Chavannes était un pasteur protestant, bibliophile et s'occupant de projets d'éducation. Le petit livre dans lequel il donne ses idées sur ce point est intitulé : Essai sur l'Education intellectuelle avec le projet d'une science nouvelle. Partant d'une idée mathématique prise dans Euclide, il professe que toute éducation secondaire sérieuse doit avoir pour base, pour pivot et pour but, la connaissance de l'Homme, c'est-à-dire l'Anthropologie ou la science gêné-

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