CHAPITRE VIII
CARACTÈRES ANTHROPOMETRIQUES. — l'eRREUR PERSONNELLE, LA MÉ- THODE DES INDICES, LA MÉTHODE DES PROJECTIONS, LES MÉTHODES DE LA SÉRIATION ET DES MOYENNES, LES COURBES GRAPHIQUES.
Méthode anthropoméiriqae. — Les caraclères répondant à ce nom sont, comme il a été dit, ceux qu'on obtient el exprime à Taide de chiffres susceptibles d*ôlre additionnés, divisés et maniés à volonté comme toute valeur numérique. Ils concernent le cadavre autopsié ou disséqué et le squelette, ou bien le cadavre entier et le vivant. Tous les organes, les os longs ou courts, les parties extérieures, les viscères se prêtent à la mensuration et à la pesée. L'ensemble de cette branche porte le nom d'anthropométrie et ses divisions ceux de craniométrie (crâne), céphalométriè (tête), encéphalométrie (cerveau), pelvimétrie (bassin), ostéomélrie (os longs).
La mensuration a été pratiquée sur les animaux dès les temps reculés de la zoologie. A la fin du siècle dernier et après, Cuvier en faisait grand usage. La première idée de son application au crâne humain remonte à Bernard de Palizzi en 1563, dans une dissertation philosophique, le premier système de mesures à Spiegel vers 1600. D'autre part, les premières mesures sur le vivant sont de Rollin, le chirurgien de Lapeyrouse, en 1786, et les premières mesures systématiques du cerveau de Sœmmering, en 1778.
Le mot même d'anthropométrie est deQuétetet, qui en 1870 le prit pour titre de son traité sur les proportions du corps aux différents âges. Quoique le sens en soit général, il s'est maintenu plus particulièrement dans l'acception de mensuration du vivant. Les premiers travaux considérables dans cette voie sont ceux de l'expédition autrichienne de la Novara en 1857-59 et de la guerre de la sécession dans l'Amérique du Nord; les Inshuctions anthropométriques de Broca, les premières émises, datent de 1865.
Inutile d'insister sur la supériorité de la méthode des men-
surations sur la mélhode descriptive, chaque fois qu'elle est applicable dans de bonnes conditions. Elle transcrit les moindres nuances des caractères ou des éléments des caractères et en conserve la transcription indéfiniment, sans que les changements dans les habitudes de langage en altèrent le sens. Elle est l'instrument par excellence de l'analyse, quoique aboutissant à des synthèses rigoureuses.
Toutefois, elle a des brutalités que les caractères, relevés par les yeux et corrigés par l'inlelligence, avec plus ou moins de bonheur, ne présentent pas ; elle exige, pour être absolument exacte, une attention infinie, des instruments bien construits et une unité parfaite de méthode et de procédé. C'est dire que merveilleuse en principe, elle laisse souvent à désirer dans Tapplication, par suite de la difficulté même du sujet, de la minutie qu'exigent les opérations et de diverses causes d'erreurs inévitables.
Causes d'erreur. — La première,trop oubliée, est l'erreur ou ïécart personnel. Considérable, mais passant inaperçu ou difficile à vérifier dans la méthode descriptive, il devient palpable et parfois troublant dans la méthode anthropométrique.
Chacun sait ce qu'on appelle l'erreur personnelle. 400 observateurs relèvent la position d'une étoile à un moment donné; les résullals ne sont pas identiques, il y a des variations minimes, mais qui ont une importance eu égard au sujet. La valeur probable est dans ce cas celle qui se répèle le plus souvent et qui est le cenlre autour duquel oscillent les autres observations. Cette erreur personnelle est faible en craniométrie. Les deux diamètres principaux de 100 crdnes mesurés par quatre personnes différentes nous ont donné 52 fois un écart moyen de 1 millimètre, 32 fois 2 millimètres, plus 5 fois 1/2 et l'identité 10 fois 1/2 seulement. Ici, pour l'indice céphalique résultant du rapprochement de ces deux diamètres, l'écart est négligeable. Mais pour des mesures plus petites, telles que les deux éléments de l'indice nasal ou de l'indice orbllaire, il devient sérieux; on recommande alors de mesurer à un demi-millimètre près. Pour le cubage de la cavité crânienne, l'écart permis est de 5 centimètres cubes. Sur le vivant il est plus fort, en général. Pour la plupart des grandes proportions du corps, on doit savoir se contenter d'une approximation de 1 centimètre.
Il en résulte que dans les moyennes et à plus forte raison
dans les cas individuels, il est parfaitement inutile d'indiquer la seconde décimale.
Les causes principales de cette erreur sont les suivantes : la vision même de l'opérateur, le plus ou moins de lumière projeté sur Tendroit où la mesure se lit, l'élasticité de l'instrument que l'on met en jeu par une pression inhabile, mais surtout des différences insensibles dans l'application de l'instrument au point voulu, le degré de pression opéré par cet instrument sur le vivant et l'attitude mauvaise donnée au sujet ou variant imperceptiblement au moment décisif.
Ce qui fait que l'erreur personnelle a de l'importance, c'est que souvent les différences cherchées ne portent que sur des quantités égales à cette erreur. Des anthropologistes ont voulu parer à cette objection grave, ils ont calculé l'erreur probable très exactement pour certaines mesures importantes, comme la circonférence de la tête sur le vivant, , et ont proposé de ne tenir compte des différences que lorsqu'elles dépassent les limites de cette erreur probable. La vérité est qu'il n'y a de remède que dans l'augmentation du nombre des sujets et dans le système des moyennes où les erreurs dans un sens sont compensées par celles dans un autre.
Il y a ensuite des causes d'erreur spéciales, liées à telle mesure, à telle partie du corps. Ainsi, pour la taille, si simple semble-l-il, la mesure varie du matin au soir, après un long séjour au lit, après avoir porté des fardeaux : tous les conscrits savent cela. Elle varie même sous l'équerre réappliquée de 5 en 5 minutes, selon que le sujet inconsciemment se tient plus ou moins ferme. Ainsi pour les os, pour les crânes, les mesures changent suivant qu'ils sont plus ou moins secs ou humides, c'est-à-dire qu'ils ont été extraits depuis plus ou moins de temps de la terre, ou qu'ils sont conservés depuis plus longtemps dans les armoires sèches d'un musée.
Mais les causes les plus désolantes d'erreur, parce qu'elles ne devraient pas exister, sont : l'erreur de méthode, l'erreur par ignorance et ce que j'appellerai l'erreur internationale.
Il y a deux façons générales de comprendre la craniométrie, deux écoles. L'une dans laquelle, poursuivant une idée personnelle, on apprécie au jugé les endroits sur lesquels on croit préférable d'appliquer les pointes du compas, en corrigeant ce qu'on considère comme des accidents locaux de morphologie; l'autre dans laquelle, effaçant sa