‹ L'homme dans la nature (volume 2)Chapitre 58 sur 176 · METHODE DES MOYENNES · texte numérisé non relu

METHODE DES MOYENNES

probabilités à corriger ces irrégularités et à obtenir la courbe idéale probable; ils ont été peu suivis; les groupes humains sont trop mélangés pour que cette courbe idéale soit autre chose qu'une résultante artificielle.

Les courbes graphiques ne s'appliquent pas en anthropométrie aux sériations seulement. Elles sont employées dans de nombreuses circonstances et variées de vingt façons suivant ce qu'on en veut obtenir. Elles permettent de comparer le rythme de croissance d'un caractère dans deux séries différentes, de voir la relation entre deux caractères comme la taille et le poids du cerveau, etc. Nous en donnons deux exemples empruntés à nos Éléments d'anthropologie générale (pages 161 et 215, fig. 30 et 65).

Méthode des moyennes. — C'est la pluS employée, la pluS

simple, elle permet de résumer d'un mot le Irait qui distingue deux populations opposées. Broca faisait usage de l'ordination, ainsi que le prouvent les notes et essais que nous avons trouvés dans ses papiers après sa mort, mais il donnait la préférence à la moyenne. Elle se définit une valeur exactement intermédiaire à plusieurs autres plus ou moins divergentes et se répétant plus ou moins souvent. Elle s'obtient par une opération arithmétique simple et ne tient pas dans les livres la place considérable des mises en série. Avec le système des proportions pour cent des divers degrés des caractères observés dans une population, système usité surtout en Allemagne, on arrive à ne plus savoir sous quelle dénomination ranger cette population, tandis que la moyenne lui donne comme une étiquette indiquant ce qui y domine. J'ai beaucoup cultivé la sériation, je reviens toujours aux moyennes comme le dernier mot du sujet.

Nos savants voisins ne doivent pas se dissimuler pourtant que toute sériation, composée de nombres suffisants pour ne pas donner lieu à des irrégularités généralement dues au hasard qui a rassemblé les cas, présente une monotonie de croissance et de décroissance qui ne laisse place à aucun enseignement. Suivant le module accepté, cette croissance et cette décroissance se font plus ou moins rapidement. On a distingué autour du maximum^ des degrés comprenant la moitié des cas donnant les variations immédiates communes, puis au delà des variations rares et au delà des variations exceptionnelles. Soit! mais ces coupures sont arbitraires, il

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y a passage insensible des unes aux autres. Toutes les séries suffisantes se 'ressemblent. Il n'y a de décisif que le chiffre qui se répète le plus, c'est-à-dire le centre des variations, le sommet du cône. MM. Lagneau et Bertillon ont insisté sur la présence dans certaines sériations de taille portant sur les départements français, de deux sommets qu'ils attribuent à la superposition de deux cônes l'un tenant à une race, l'autre tenant à un autre. Ce n'est qu'une vue de l'esprit. Le fait existerait-il passagèrement que les types répondant à ces deux populations ne larderaient pas, en se croisant et se fusionnant, à donner un intermédiaire. Mais ces deux sommets manquent dans d'autres départements de France où l'existence de deux races est non moins certaine. Pour notre part nous n'y voyons qu'un hasard et une simple indication de chercher dans ces cas à découvrir par le calcul des probabilités le sommet vrai ou plutôt le sommet virtuel.

La véritable valeur de lasériationestdonc dans son maximum, c'est-à-dire dans le groupe renfermant le chiffre qui se répète le plus. Or il concorde généralement, à très peu de chose près, avec la moyenne obtenue à l'aide des mêmes cas, si bien que dans les recherches où l'un des deux, maximum ou moyenne, est seul donné, on peut prendre indifféremment l'un ou l'autre. La moyenne est donc, comme le disait Broca, le système qui doit passer en première ligne; c'est le pivot de l'anthropométrie.

Les seules recommandations sont que les cas ou sujets que l'on réunit soient d'une même catégorie, aussi circonscrite que possible; que les cas visiblement anormaux ou trop contradictoires, isolés dans leur genre, soient mis de côté; que les sexes soient séparés, les enfanls et les vieillards traités à part; et par-dessus tout que le nombre des cas soit aussi considérable que l'on pourra, le degré de certitude obtenu étant proportionnel à ce nombre.

L'anthropométrie, en somme, quel que soit son objet, le crâne ou le squelette, le cadavre ou le vivant, n'est qu'un instrument d'étude qui aux données vagues et souvent sentimentales, substitue des données certaines se prêtant à l'analyse. Mais ce qui (ait sa qualité, fait aussi ses défauts. Avec elle les illusions ne sont plus permises, elle pousse à aller au fond des choses, il faut procéder mathématiquement ou renoncer. Comme toute branche nouvelle

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