‹ L'homme dans la nature (volume 2)Chapitre 70 sur 176 · BROC A · texte numérisé non relu

BROC A

lirer parli de ses mesures que lorsqu'elles s'étaient accumulées et que les moyennes et indices en étaient calculés. Il en dressait alors de longues listes du plus au moins, et alors seulement méditait sur ce qui s'en dégageait.

Cependant les idées élevées ne lui manquaient pas; il avait l'imagination vive, mais il s'en défendait comme d'un ennemi, ne voulant jamais, dans ses inductions, dépasser la limite des faits froidement recueillis. S'il était évolutionniste, c'était à la façon de ceux qui, ne croyant pas à une origine surnaturelle des êtres, sont fortement frappés par le grand principe de Geoffroy Saint-Hilaire, de l'unité de composition dans le règne animal et spécialement chez les Vertébrés, auxquels il limitait ses recherches. Mais il n'allait pas au delà et avouait son ignorance sur les voies et moyens de descendance que la nature a suivis. C'est dire qu'il n'était pas darwiniste.

L'influence de Broca en craniométrie a été immense. S'il n'est pas parvenu à déraciner complètement le système des approximations dans les mesures, il a forcé chacun à se rendre un compte exact de ses opérations et de ses méthodes. Il est mort dans toute la plénitude de son activité et de ses facultés extraordinaires. Mais son influence survit, les améliorations qu'on a apportées depuis à sa craniométrie se sont opérées dans le sens de ses enseignements. On ne s'astreint généralement plus à donner la seconde décimale dans les indices et les moyennes, mais tous les craniologistes d'expérience reconnaissent qu'il était dans le vrai et que la craniométrie ne peut exister en dehors des principes qu'il a posés.

La craniométrie issue de Camper, de Morton et de Baer, unie à la craniologie issue de Blumenbach, avait donné avant Broca une série d'ouvrages déjà fort remarquables, parnii lesquels les Crania americana et egypliaca de Morton aux États-Unis, le Crania selecta de Baer en Russie, le Crania britannica de Thurnam et Davis en Angleterre, le Crania germanica de Ecker dans le duché de Bade, le Crania helvetica de His et Rutimeyer en Suisse. Dans la période de Broca, le nombre des œuvres et des noms à citer est immense. Nous nous bornons à indiquer, avec Broca et ses élèves dont les travaux de craniométrie remplissent une partie des Bulletins de la Société d'anthropologie et de la Revue d'anthropologie, les auteurs du Crania ethnica de Quatrefages et Hamy en France, Bogdanoff et Anoutchiue en Rus-

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sie, Mantegazza en Ilalie, Busk, Flower et Turner en Angleterre, Virchow, Welcker, Schmidt et Ranke en Allemagne, Kopernicki, Torok et Benedikt en Autriche-Hongrie, Carr aux États-Unis, Moreno dans la République Argentine, etc.

Actuellement on est absolument débordé, le mouvement en faveur de la craniométrie s'accélère, des collections se créent dans tous les centres et se remplissent de crânes, le Musée d'anthropologie du Jardin des Plantes et le Musée Broca en comptent réunis plus de 12 000.

Le succès croissant de la craniométrie et de la craniologie, qui en estle complément, se conçoit. Le squelette est la seule partie de l'Homme qui se conserve dans les sépultures, et le crâne celle qui se recueille le plus facilement. Avec quelques cerveaux dans l'alcool et quelques moulages sur le vivant, c'est ce qui arrive dans les musées et sur quoi les anthropologistcs de profession travaillent le plus aisément dans les laboratoires. Les os seuls nous mettent en présence des populations disparues, des races éteintes. Jamais, avec les renseignements descriptifs, l'anthropologie physique n'eût atteint sa prospérité actuelle. La craniométrie et l'ostéométrie sont à l'anthropologie ce que la dissection est à la médecine.

Cette surabondance de travaux a eu ses inconvénients. A côté des analomisles qui font de la craniométrie une étude suivie il y a les travailleurs d'occasion qui n'ont pas le temps d'apprendre et ne font qu'apporter de la confusion. Des mesures jetées dans la science ne sont pas indifférentes; il faut qu'elles soient bonnes ou bien elles sont nuisibles.

Depuis vingt ans la craniométrie est dans une phase de transition, de tâtonnements, d'essais dans toutes les directions, elle assure ses méthodes, cherche les meilleures mesures et indices aboutissant à des caractères. Certains craniologisles élèvent leurs mesures à 100, 150 et plus; il ne serait pas difficile, je crois, de montrer qu'il y a plus de vingt systèmes qui ont la prétention d'être supérieurs aux autres. Le moment est arrivé de faire un choix, de renoncer au superflu, de dresser le bilan de ce qui donne des résultats réels, des différences dépassant ce qu'on peut attribuer aux écarts personnels inévitables. Broca a laissé des registres de mensuration de tous les crânes présents à Paris ou qui ont passé par son laboratoire. Il en a extrait d'excellents caractères qu'il a publiés; assurément, avec la lucidité qui lui était propre, il en eût découvert d'autres. Mais, j'en

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