BROC A
suis convaincu, — je les ai maniés de toutes les manières après sa mort, — il eût renoncé à beaucoup de mesures qui, à Torigine, lui avaient paru bonnes et qu'il a continué à prendre espérant toujours dans la grandeur des nombres, lesquels tendent à effacer les contradictions pour ne laisser subsister que la vérité. Il n'est pas de craniologistes qui n'aient eu des déceptions, mais à côté d'elles il y a de grandes joies. On proclame les unes, il faut avouer les autres.
La craniométrie, en somme, est un précieux moyen de recherche. Les caractères qu'elle fournit ont une valeur de premier ordre et dépassent comme facilité de maniement les meilleurs caractères descriptifs. Mais elle ne répond pas à tout et est impuissante parfois à rendre d'une façon satisfaisante des traits qui, cependant, frappent les yeux et distinguent parfaitement les races humaines. Ou bien elle les relève si mal que les données fournies par la vue sont préférables. Dans la détermination des types crâniens de races, elle intervient souvent d'une façon décisive avec ses moyennes et montre comment et de combien un crâne reconnu typique diffère d'un autre d'un type différent. Mais seule elle ne permet pas de démêler, de dégager les dilférents types qui s'entre-croisent dans une série, elle n'apporte que des malériaux que l'esprit aidé de la vue met à profit.
Les objectifs généraux que poursuit la craniométrie sont réductibles à trois : 1° l'étude morphologique du crâne et de ses caractères en eux-mêmes, sans se préoccuper des applications qui en seront faites à la distinction de l'Homme et des animaux ou des races entre elles ; et par conséquent des causes intrinsèques des variations de ces caractères, de l'influence que celles-ci exercent les unes sur les autres, de leurs différences suivant les âges, les sexes, les individus, le mode de vie et au besoin la profession, des déformations artificielles et pathologiques du crâne, des maladies altérant sa forme, etc. ; c'est la craniologic généraley dans laquelle rentrent aussi les questions de méthodes ; 2° l'étude comparée des groupes humains dans le but d'en dégager les types de race, c'est la craniologie spécmle; 3^ l'étude comparée des animaux, l'Homme n'étant que l'un d'eux; c'est la cramoZo^te zoologique ou comparée. Les mêmes mesures ne conviennent pas toujours aux trois, chacune a les siennes propres. Telle mesure, bonne au point de vue des races, ne vaudra rien au point de vue zoologique ; la réciproque est moins vraie.
136 CRANIOMÉTRIE
Laissant de côté la craniométrie générale, les craniométries spéciale et zoolof^ique gravitent autour de trois idées : rîdée zoologique, Tidée cérébrale et Tidée empirique. La première est celle d'une progression, ou inversement d'une régression, des formes s'opérant par degrés chez les animaux, aboutissant à THomme et se continuant dans ses divers types. La seconde est celle d'une correspondance entre le contenant et le contenu de la boîte cérébrale, plus ou moins grande. La troisième a trait à des différences qui se constatent, mais ne s'expliquent pas.
Cranlomélrle zoologlqne on comparée. — H Y aurait fort
à dire sur ce sujet. Dans cette voie les uns, anthropologistes purs, ont imaginé des mesures convenant à la distinction des races humaines et les ont appliquées sans changement aux animaux; les autres, en petit nombre, zoologistes purs, ont cherché des mesures s'adaplant aux animaux et les ont étendues à l'homme. Ceux-ci sont dans la vraie voie.
Les différences morphologiques entre les classes, puis entre les ordres et môme entre les familles, par exemple le Cheval, le Chien, le Maki, le Gorille, l'Homme, 'sont trop grandes, l'architecture fondamentale de chacun de leurs types est trop radicalement différente pour que les mêmes règles, les mômes points de repère conviennent. Or si Ton change ces règles, ces points, il n'y a plus de comparaison de chiffres possible. Dans un môme genre, comme le genre humain, dans lequel l'unité du type est très grande, que l'on en discute ou non le plus ou moins, les différences entre races et individus n'étant que des degrés de variations dans un petit nombre de sens opposés, et les réactions des caractères les uns sur les autres ne s'exerçant que dans d'étroites limites, les chiffres sont parfaitement valables. Il en est de même, d'une façon déjà moins satisfaisante, lorsqu'on compare les genres dans une môme famille, comme les quatre Anthropoïdes ou les divers Singes. Mais dès qu'on veutrapprocher des familles, l'Homme, l'Anthropoïde, le Singe ou le Maki, les notes fausses se mulliplient. Les points de repère, ici mauvais, bons ailleurs, cessent d'avoir la même signification, ils changent de place sous des influences autres que celle que Ton veut connaître. A lout instant il faut se défier, se demander si la mesure n'est pas faussée, si elle n'exprime pas autre chose. A plus forle raison lorsqu'on met en parallèle des animaux d'ordres différents, qui souvent
ZOOIXJGIOUE OU COMPARÉE.
n'ont d'autre trait commun que d'avoir une cavilé cérébrale située en liaut et en arrière et une face s'allongeant en museau en avanl.
Autrement dit, telle mesure prise suivant un procédé, tels points de repère excellents pour les Hommes entre eux, peuvent n'êlre que passables lorsqu'on les applique aux Anlliro-
Fir,. 27. — Face tatémle du crâne. — Nomcnclatui-e et lignes cnniométriques. Os. — Fr. rroalal; Po.psriélal; Oc. occipiul ; Sp, gtandta ailes de sphénoïde; Te, temilif; PI, plé'ri
C, csndjledel'occïpitsl; D, trou su
Points cmniomiitpiques. — A, point
nasion; G, glabelle; Of, ophrpn
L, lambda; I, inion; Op, opisthioi
Lignes. — BB, pli
Brocs; H. métopion; B >, opistDion; Al, astérion; SI, sl«ph3D lo-condfUen d« Brocs; W. W, plan s an: Or, plan d» orbites; Gtl, diam i, diamètre antéro-postèrifiur dit jnaii:
poïdes ou à tous les Primates et être décidément trop approximatifs ou mauvais, lorsqu'on les applique aux autres Mammifères. Les règles adoptées en craniométrie humaine ne sauraient donc toujours convenir à ta craniométrie comparée des Primates, et à plus forte raison à la craniométrie comparée des Mammifères. Si l'on veut fonder la craniométrie zoologique, il faut ne considérer l'Homme que comme un animal, au même titre que les autres, et ne pas tout lui
138 CRANIOMÉTRIE.
sacrifier. Il doit y avoir des mesures de classe, d'ordre, de famille, de genre, sinon d'espèce, absolument distinctes. Encore ne faut-il pas oublier que si les différences de taille et de volume sont parfois bien gênantes dans le sein des espèces, elles le sont bien davantage entre sujets de divisions zoologiques éloignées. La valeur de la craniométrie, en un mot, est d'autant plus grande qu'elle se concentre dans un groupe plus étroit et d'autant plus incertaine qu'elle s'efforce d'embrasser davantage. Nous comptons préciser et développer ces aperçus dans un ouvrage ultérieur. La suite de ce livre montrera cependant que déjà nous sommes en possession d'assez nombreux caractères zoométriques dignes d'être conservés, sauf à les interpréter correctement. Il ne faut pas oublier que, dans cette voie, le plus petit grain de mil vaut tous les caractères descriptifs.
Correspondance entre le crAne et le cerveau. — G est la
seconde idée présidant au choix des mesures en craniométrie humaine. Cette correspondance entre le contenant et le contenu est-elle aussi étroite que beaucoup se l'imaginent?
Assurément aucun craniologiste digne de ce nom ne croit aujourd'hui à la doctrine des bosses de Gall, l'un des produits les plus étranges de l'imagination humaine. La phrénologie fut une folie épidémique comme celle des tables tournantes. Un jour, par amusement, nous avons cherché la prétendue bosse du meurtre sur 26 crânes d'assassins et sur 24 de Parisiens. Les premiers Tont présentée à un faible degré, 4 fois (en prenant la moyenne des deux côtés) et prononcée 3 fois et demie; les seconds, 6 fois faible et 4 fois prononcée. Cette bosse n'est qu'une saillie de tout ou partie de l'écaillé temporale par accident de croissance.
Voici à quoi se réduit la correspondance du contenant et du contenu de la boîte cérébrale :
De la naissance à Tdge adulte, le cerveau croît rapidement jusqu'à 1 an, moins vile jusqu'à 7 ans, puis très peu jusqu'à 20 ans, l'accroissement ultérieur jusqu'à 30 à 35 ans étant presque insensible. Les parois du crâne munies de sutures ouvertes oui leurnermettentde céder, suivent le mouvement et croissent parallèlement. Le volume et la forme du crâne sont ainsi subordonnés d'une manière générale à la poussée intérieure de son contenu. Crâne et cerveau naissent d'ailleurs prédisposés à acquérir une grosseur et une forme données qui résultent de la somme des influences ancestrales