B PL
Fig. 55. — Face externe de l’hémisphère du Macaque (Pithécien).
A, scissure de Sylvius; B, scissure de Rolando; G, scissure occipitale ; FL, lobe frontal;
PL, lobe pariétal; OL, lobe occipital; TSL, lobe temporo-sphénoïdal. sf, sillon frontal supérieur en fl de Broca; if, sillon frontal inférieur ou f2 de Broca; ap, sillon prérolandique ou f de Broca. Fl, F2, F3, première, seconde et troisième circonvolutions frontales; AF, circonvolution frontale ascendante; ip, sillon interpariétal; AP, circonvolution pariétale ascendante; PPL, circonvolution pariétale supérieure; AG, circonvolution pariétale inférieure ou angulaire ou pli courbe ; o' et o3, premier et second sillon occipital; O1, O3 et O3, première, seconde et troisième circonvolution occipitale ; l' et t-, premier et second sillon temporal ; T1, T3 et T3, première, seconde et troisième circonvolutions temporales.
le reflet de la phylogénie, il est utile d’indiquer l’ordre dans lequel se montrent les principaux sillons sur le fœtus humain. C’est indiquer en même temps leur importance relative. Ils se succèdent comme il suit : la scissure de Sylvius, les scissures occipitale interne et calcarine, la scissure de Rolando, le sillon frontal inférieur, le sillon intra-pariélal, le sillon parallèle, etc.
Il reste à se demander quelle importance relative présentent dans la série des Primates les degrés de la fin, qui
nous intéressent le plus : celui qui conduit des Pithéciens aux Anthropoïdes et celui qui conduit de ceux-ci a Homme. La réponse n’est pas douteuse suivant Broca. Il y a plus de distance du cerveau des Cynocéphales, par exemple, a celui des Anthropoïdes que de ce dernier à celui de l’Homme.
Je ne puis faire mieux ici que de rapporter un passage de Broca emprunté à son mémoire sur les Primates.
Fig. 56. — Face externe de l’hémisphère gauche du Cynocéphale papion
(Pilhécien).
SS, scissure de Sylvius ; RR, scissure de Rolando; 00, scissure occipitale externe; F, lobe frontal; p, sillon interpariétal; P1, première circonvolution pariétale; P2, secande circonvolution pariétale; t't1, premier sillon temporal; T1 et T2, première et seconde circonvolution temporale.
« Le type des circonvolutions simples se maintient dans la série des PithécienS; il n’est pas encore modifié sensiblement chez les Semnopithèques où il ne l’est guère plus que chez les Gibbons. La transition s’opère chez les Gorilles1; en arrivant au Chimpanzé et à l’Orang, nous voyons apparaître le type supérieur. Par la complication de leur cerveau, la
1. Il y a dans le texte ; « C’est donc presque sans transilion qu’on arrive... » et en note « Cette transition sera sans doute fournie par le Gorille ». Or depuis, Broca a écrit un Mémoire sur le Cerveau du Gorille, Ce qu’il avait prévu s’est vérifié.
profondeur de leurs sillons, le nombre des circonvolutions secondaires, l’étendue relative de leur surface, ces deux Anthropoïdes se séparent tout à fait des Pithéciens et ils se rapprochent tellement de l’Homme qu’il faut l’œil exercé d’un anatomiste pour distinguer leurs cerveaux des cer-
Fig. 57. — Face interne de l’hémisphère droit du Cynocéphale papion
CC'C", circonvolution du corps calleux; IIH', circonvolution de l’hippocampe; ab, scissure sous-frontale; SP, scissure sous-pariétale; O, scissure occipitale interne; K, scissure calcarine; FF, face interne de la première circonvolution frontale; PP, face interne delà première circonvolution pariétale ou lobule quadrilatère; Cm, cuneus ou lobule triangulaire occipital.
veaux humains sur des dessins ramenés à la même grandeur. »
Caractères distinctifs des circonvolutions de I Homme et
des Anthropoïdes. — Voici les caractères plus ou moins distinctifs entre l’Homme et les Anthropoïdes sur lesquels l’attention s’est principalement portée : lu le reste du sillon limbique des non-Primates, entaillant le sommet du lobe temporal, il persiste chez tous les Singes, à un moindre degré chez l’Homme de race noire ou jaune et fait défaut sur la généralité des Européens (voir page 185); — 2° le sillon calcarin interrompant la continuité de la 5e temporale avec la circonvolution du corps calleux moins souvent chez
(Pilhécien).
l’Homme cjue chez les Anthropoïdes, ces deux parties étant, on se rappelle, la représentation du grand lobe limbique des Osmatiques; — 3° les tubercules mamillaires, organes insignifiants situés à la base du cerveau, rares chez les Pithéciens, et constants chez les Anthropoïdes et l’Homme; — 4° le nombre des circonvolutions temporales, qui de 3, puis de 4 chez les Pithéciens, s’élève à 5 chez les Anthro-
Fig. 58. — Face externe de l’hémisphère droit de I’Orang, inédit (1).
B, scissure de Rolando; S, scissure de Sylvius; O, scissure occipitale ou perpendiculaire externe; f1, premier sillon interfrontal ; f 2, second sillon interfrontal; f, sillon prérolandique; S', branche antérieure ascendante de la scissure de Sylvius (Pas de branche horizontale, donc pas de cap.); E, sillon orbitaire externe (La surface sous-orbitaire est ici déployée.); I, sillon orbitaire interne; P', sillon interpariétal; p°, sillon postrolandique; K, scissure calcarine ; P, premier sillon intertemporal ou parallèle; t2, deuxième sillon intertemporal; <3, troisième sillon intertemporal.
poïdês, et à 5 aussi chez l’Homme; — 5° la saillie antéro-postérieure de la circonvolution la plus interne du lobule orbitaire, exagérée par la concavité voisine qu’offre ce même lobule. Cette disposition, à laquelle Broca a donné le nom de bec de V encéphale , forte chez les Pithéciens, diminue chez les Anthropoïdes et disparaît chez l’Homme où la surface orbitaire est absolument plane; — 6° l’asymétrie ou la symétrie des circonvolutions en général; — 7° l’insula de Reil ; — 8° les plis de passages pariéto-occipitaux; — 9° la troisième circonvolution frontale.
(I) Nous devons à l’obligeance de M. Tramont ce cerveau d’Orang, dont la description n’a pas encore été publiée.
Nous avons déjà parlé des deux premiers caractères; les trois suivants sont jugés. Voyons les autres.
Les sillons et circonvolutions seraient symétriques chez les Singes, les Anthropoïdes compris, et asymétriques chez 1 Homme. Le fait est exact chez les premiers, à la condition de ne pas y regarder de trop près. La symétrie diminue chez les Anthropoïdes. Chez l’Homme, l’asymétrie est d’au-
Fig. 59. — Face interne de l’hémisphère droit d’un Orang, inédit.
A, genou du corps calleux; B, bourrelet du corps calleux; C, circonvolution du corps calleux; D, face interne des couches optiques ; M, corps pituitaire ; FF, face interne du lobe frontal; J, pli de passage prélimbique ; P, scissure sous-frontale; S, lobule triangulaire; O, scissure occipitale interne; N, lobule du cuneus; Iv, scissure calcarine; T5) circonvolution de l’hippocampe ou cinquième temporale; T4, quatrième circonvolution temporale.
tant plus prononcée qu’on a affaire à une race plus élevée, à un homme ayant plus travaillé par son cerveau. La cause en est toute naturelle: les deux hémisphères, tout en associant leurs effets, travaillent inégalement; on est gaucher ou droitier des hémisphères comme on l’est des mains. Or, comme, dans le circonvolutionnement, il faut distinguer ce cpii appartient au type ou à l’hérédité accumulée, et ce qui est secondaire, s’est produit pendant la vie de l’individu et varie avec l’activité qu’il a développée, les deux côtés ne peuvent pas être semblables.
L’insula de Reil donne une gradation dans les derniers degrés de l’échelle des Primates comme les circonvolutions temporales et les autres caractères déjà cités. Il est situé à
l’enlrée de la vallée de Sylvius, au carrefour des lobes frontal, pariétal el temporal, d’autant plus caché que ces lobes sont plus développés, par conséquent caché chez
■CtQ
Fig. 60. — Face externe de l'hémisphère du cerveau de l’Homme.
F, lobe 'frontal ; P, lobe pariétal; O, lobe occipital; T, lobe temporal; C, scissure de Rolando ; S, entrée dans la scissure do Sylvius ; S', sa branche postérieure ou longue ; S", sa branche antérieure, courte et verticale; S'", sa branche antérieure courte el horizontale (la lettre fait défaut : S’" fait avec S" un V à sommet postéro-inférieur qui constitue le cap de Broca); po, scissure occipitale ; f' et f-, premier et second sillons frontaux horizontaux; f3, sillon frontal ascendant ou prérolandique; ip, sillon interpariétal; o1 et o1, premier et second sillons occipitaux ; l' et 1°, premier et second sillons temporaux; Fl,F2et F3, les trois circonvolutions frontales horizontales; A et B, circonvolutions ascendantes pré et postrolandiques; PletPit, les deux circonvolutions pariétales horizontales; O1, Os, O3, circonvolutions occipitales: Tl, T2, T3, circonvolutions temporales.
l’Homme, mais aussi chez les Anthropoïdes. Lisse chez les Cébiens, les Pithéciens et le Gibbon, il a trois plis radiés chez le Gorille et l’Orang, 4 chez le Chimpanzé et 5 chez l’Homme.
204 LE cerveau dans la série animale.
Les plis de passages, iaisanl communiquer les première et deuxieme circonvolutions pariétales avec les première et deuxième circonvolutions occipitales à travers la scissure occipitale, n ont plus 1 intérêt que leur attribuaient Gratiolet et Broca en 1870. Très développés ils sont dits superficielspeu développés ils laissent la scissure entr’ouverte et sont, dits profonds. Or l’Homme seul aurait les deux plis, tous
Fig. 61. — Face interne de l’hémisphère droit de l’Homme. (La partie hachée fait partie de la face inférieure.)
CC, corps calleux; GF, circonvolution du corps calleux, ou calloso-marginale, ou fornicatus; cm, sillon sous-frontal; Fl, face interne de la première circonvolution frontale; C, extrémité supérieure de la scissure de Rolando, limitée par les deux circonvolutions ascendantes A et B frontale et pariétale ; Pt, face interne delà circonvolution pariétale supérieure ou lobule quadrilatère; po, scissure occipitale interne; Os, face interne du lobe occipital ou cuneus; oc, scissure calcarine; UH, circonvolution en crochet ou de l’hippocampe, ou cinquième temporale ; T4, quatrième circonvolution temporale.
deux superficiels. Mais, d’une part ils existent, superficiels chez l’Atèle parmi les Singes américains, de l’autre ils existent, superficiels ou profonds, d’un seul côté ou des deux chez plusieurs Pithéciens et chez les Anthropoïdes. Ils sont moins accusés ou moins constants chez ces derniers, voilà tout. Du reste l’un ou l’autre peut manquer sur l’Homme, chez l’Européen même. Asseüne, l’un des fondateurs de la Société d’aulopsie mutuelle, était dans ce cas.
Le lobe occipital, grand chez les Cébiens et Pithéciens,
diminue chez les Anthropoïdes et plus encore chez l’Homme. En revanche il se circonvolutionne déplus en plus. Presque lisse chez les premiers, ne présentant qu’un à deux plis transverses à sa face externe et contrastant avec le lobe pariétal voisin très plissé, il a été comparé par Gratiolet à une calotte coiffant l’arrière de l’hémisphère. Cette calotte disparaît chez les Anthropoïdes etplus encore chez l’Homme.
Fig. 62. — Seconde et troisième circonvolutions frontales de l’hémisphère
droit de Gambetta.
R, scissure de Rolando; S, scissure de Sylvius; f, sillon frontal ascendant ou prérolandique premier sillon frontal ; f-, second sillon frontal; S', branche antérieure verticale de, la scissure de Sylvius; S", branche antérieure horizontale de la scissure de Sylvius; 0\ sillon orbitaire externe ; 0, sillon orbitaire interne ; x, incisure légère qui, sur l’hémisphère gauche, s’allonge et détache une sorte de second cap.
La troisième circonvolution frontale est la partie comprise entre f* et SS d’une part et f et O' de l’autre. La partie de la figure qui est en dedans de la ligne ponctuée fait partie de la face inférieure de l’hémisphère.
Gambetta peut être cité comme une merveille de circonvolutionnement du lobe occipital, et inversement Asseline comme une exception par la calotte dont il conservait des traces (Mathias-Duval, etc.).
La troisième circonvolution frontale est la plus petite des trois frontales antéro-postérieures de l’Homme, ainsi que l’y oblige sa situation inférieure; elle donne chez ce dernier le caractère hiérarchique cérébral le plus élevé qu’on lui ait encore découvert. En effet, elle est le siège du langage articulé
qui est propre à l’Homme; dans les lésions de cette circonvolution, l’articulation est d’autant plus abolie que celte lésion est plus en arrière.
La troisième circonvolution frontale, ou F3 dans le mode de notation adopté en France, pourrait être appelée aussi marginale inférieure du lobe frontal. Chez les Pilhéciens, elle court en ligne droite du pied de la circonvolution frontale ascendante ou F., à l’angle externe et postérieur du lobule ou de la surface orbitaire (Broca). Chez les Anthropoïdes elle est déjà flexueuse. Chez l’Homme elle est plus flexueuse encore, spécialement chez les sujets dits distingués. Le premier pli qui s’y montre est ce qu’on appelle la branche horizontale antérieure de Sylvius : il est constant chez tous les Anthropoïdes et chez tous les Hommes. Le second est ce que l’on appelle la branche verticale antérieure de la scissure de Sylvius : il manque chez le Gibbon, est vaguement indiqué chez le Gorille, existe parfois d’un seul ou des deux côtés chez l’Orang et le Chimpanzé et ne fait jamais défaut chez l’Homme normal. Entre les deux est un promontoire appelé le cap de la troisième frontale qui existe par conséquent toujours chez l’Homme et parfois (Broca) chez l’Orang et le Chimpanzé. D’autres plis, dils de perfectionnement, y apparaissent, mais chez l’Homme seulement. Sur quinze hommes supérieurs, Rudinger a trouvé la branche antérieure de Sylvius sept fois double et huit fois triple du côté gauche. Sur le cerveau de Gambetta, de ce même côté la racine de la troisième frontale est dédoublée par un sillon vertical supplémentaire (fig. 62).
En somme, parmi les caractères mis en avant pour distinguer l’Homme des Anthropoïdes, aucun n’est absolu, tous se réduisent à des questions de degré d’évolution, le degré supérieur se retrouvant quelquefois chez les Anthropoïdes, le degré inférieur quelquefois chez l’Homme. Le plus important. comme perfectionnement, est le cap de la troisième circonvolution frontale.
En résumé, les Primates, — auxquels il faut réunir ici les Lémuriens, — se séparent des autres Mammifères par les caractères ci-après :
lu Atrophie relative de l’arc antérieur du grand lobe 1 imbique, et complète de scs arcs supérieur et inférieur qui s’annexent au manteau de l’hémisphère;
2° Développement considérable du lobe frontal ;
3U Division du lobe pariétal en trois sous-lobes;
4° Lobe occipital caractérisé par la corne occipitale du ventricule, le pied d’hippocampe, la scissure calcarine et les deux scissures occipitales ;
5° Type spécial de circonvolutions esquissé dans les degrés inférieurs, atteignant son entier développement chez les Anthropoïdes et l’Homme.
Entre les Primates il y a, sous ce dernier rapport, une gradation ascendante, chaque groupe étant la suite du précédent. Les Anthropoïdes en sont le degré le plus élevé parmi les Singes, l’Homme actuel le degré immédiatement supérieur. Le type cérébral des Anthropoïdes est un type humain non complètement développé, comme le type cérébral de l’Homme est un type simien développé.
Par conséquent, l’Homme, par son type cérébral général, est bien un Primate, et l’opposition de ce type avec celui des autres Mammifères est si décisif que nul autre argument ne peut le primer : l’Homme doit se résigner à rester dans l’ordre des Primates.
Le type spécial de circonvolutions que l’Homme possède, bien accusé dans ses traits généraux en commun avec les Anthropoïdes, le réunit à eux dans un même groupe familial, comme le veulent Linné et, dans sa seconde manière, Broca. Mais il a une moindre portée; ce n’est qu’une question de degré qui s’accentue en passant des Pithéciens aux Anthropoïdes, spécialement à l’Orang. 11 a un grand poids, mais il ne saurait déterminer à lui seul la place à donner à l’Homme dans la classification.
Il reste à parler de deux autres facteurs intervenant pour difierentier le cerveau des Mammifères : la forme et le volume de cet organe. Ce sera l’objet du chapitre suivant.