L’ANTHROPOLOGIE, SCIENCE CONCRÈTE
étrangers aux deux et constituent la biologie, qui n’est que de la physiologie mais de la physiologie générale.
On sait que l’anatomie se divise en générale — lorsqu’elle considère les éléments histologiques, les tissus, les organes, les appareils dans leur ensemble sans s’attacher à un animal de préférence — et spéciale, lorsqu’elle ne se préoccupe que d’une espèce comme le Cheval, l’Homme. De même, la physiologie est générale lorsqu’elle considère les phénomènes et cherche leur explication chez tous les êtres ou dans un embranchement, une classe; elle est spéciale, lorsqu’elle étudie les formes particulières qu’ils présentent chez un animal donné. L’une et l’autre montrent les deux faces de l’animalité, se complètent par conséquent, et ne sauraient donc être tenues indéfiniment séparées. Les faits d’ordre statique ou dynamique conduisent à des vues générales fort intéressantes par elles-mêmes, mais qui ont besoin ensuite d’être vivifiées par la biologie; réciproquement les raisonnements, les théories ne peuvent entrer en jeu s’ils ne s’appuient sur des faits, recueillis sans parti pris, en nombre suffisant, coordonnés et classés ensuite.
On a donc quelque motif de s’étonner qu’il se soit trouvé non des hommes de science, mais des philosophes pour séparer les deux ordres de choses, distinguer les siences en concrètes et abstraites et mettre à part d’un côté la zoologie, de l’autre la biologie, synonyme de physiologie générale. Ce qu’on comprend moins encore, c’est qu’ils aient placé les sciences abstraites au premier rang pour ne regarder les sciences concrètes que d’un œil dédaigneux. Que ces philosophes s’intitulent positivistes ou matérialistes, ce sont des descendants de l’école de Schelling, créant avec leur imagination au lieu de déduire tout des faits. Un cas unique les frappe ; par un éclair de génie leur rêve à eux, ils en font jaillir une loi. Ils procèdent par a priori tandis qu’il ne doit y avoir dans la science que des a posteriori : « Numerandœ et perpendendæ observationes ». Aug. Comte, pendant une partie de sa vie, se refusait systématiquement à lire des ouvrages de science de crainte de se laisser détourner de ses conceptions abstraites.
Sans aucun doute il est nécessaire qu’en vertu de la division du travail on se répartisse la besogne, qu’on sépare l’anatomie, qui a ses façons de procéder et scs vues particulières, de la physiologie pure, qui elle aussi a scs méthodes, ses expériences exigeant une éducation parti-
l’anthropologie, SCIENCE ANATOMIQUE. 15
culière. Il faut qu’il y ait des anatomistes d’une part et des physiologistes de l’autre, travaillant à leur gré, mais se consultant, fusionnant à un certain moment leurs travaux et concourant fraternellement à leur but commun, la connaissance des êtres, ou de l’un d’eux plus particulièrement, au double point de vue du corps inerte et du corps en mouvement. On comprendrait à la rigueur que l’anatomie s’isole, se contente de décrire les rouages des organismes sans avoir la curiosité d’aller plus loin ; mais on ne peut concevoir le biologiste se passant de l’anatomie sans laquelle il n’échafaude que sur le sable.
En anthropologie donc, l’anatomie prenant les devants et la physiologie jetant la lumière et apportant l’intérêt doivent aller de concert. Dans les moindres détails celle-ci intervient, on ne peut apprécier le plus mince caractère sans songer au vivant. Un caractère est-il accidentel ou permanent, le produit de l’hérédité accumulée, du milieu, du genre de vie, de la croissance, d’un croisement? Est-il isolé ou sous l’influence directe ou indirecte soit d’un organe ou d’une fonction, soit d’une cause générale remontant dans le passé? Lorsqu’on a déterminé les types de race, le type général de l’Homme, sa place dans la classification, vingt problèmes se présentent. Comment les types se sont-ils produits, par quel mécanisme? La discussion des monogénistes et des polygénistes, des classiques et des transformistes porte sur la biologie autant que sur la morphologie. Pour se convaincre du rôle de la biologie, il n’y a qu’à parcourir les mémoires de Broca sur l’ Hybriclité, sur le grand lobe limbique, sur les caractères de perfectionnement et les ouvrages de M. de Quatrefages, où sans cesse le savant professeur conduit de front les faits et les théories, posant les lois chez les animaux et les transportant à l’Homme.
Concluons que l’anthropologie est essentiellement une science concrète, spéciale, anatomique, portant sur les faits, tandis que la biologie est une science abstraite, générale, fournissant les explications; qu’elles doivent s’entr’aider, se consulter, se réunir parfois sur le terrain de l’Homme; mais aussi qu’elles doivent demeurer indépendantes, autonomes, libres chacune dans leur esprit et leurs méthodes.
éléments de travail de l’anthropologie. — NOUS VCllOnS de
présenter les faits comme le terrain par excellence de l’anthropologie. Celle-ci embrasse ainsi tout ce qui concourt